Elles ne sont pas menacées d’extinction pour le moment, mais les experts s’accordent à indiquer que leur taux de mortalité augmente significativement lorsque les rivières se tarissent en été

Population d’anguilles en chute de 90 % depuis 1970, mais toujours pêchée légalement. Dans les rivières valenciennes Canyoles et Albaida, la sécheresse piège et tue les derniers survivants. Le paradoxe qui inquiète les écologistes.

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Elles ne sont pas menacées d'extinction pour le moment, mais les experts s'accordent à indiquer que leur taux de mortalité augmente significativement lorsque les rivières se tarissent en été
Elles ne sont pas menacées d’extinction pour le moment, mais les experts s’accordent à indiquer que leur taux de mortalité augmente significativement lorsque les rivières se tarissent en été © RSE Magazine

Le collectif écologiste Acció Ecologista-Agró a alerté la semaine du 17 septembre 2026 sur les difficultés que rencontre l’anguille dans les rivières Canyoles et Albaida, deux des principaux cours d’eau de la comarque valencienne de la Costera. Le suivi de terrain effectué par l’association a permis de constater, ces dernières années, plusieurs épisodes de forte mortalité chez ce poisson migrateur.

Le problème se concentre surtout en été. Certains tronçons de rivière perdent alors leur continuité et se réduisent à de simples mares isolées, les fameuses pozas. Les anguilles s’y retrouvent piégées et beaucoup meurent, faute d’oxygène ou parce que la température de l’eau grimpe trop, rapporte OkDirario.

Agró réclame que les administrations garantissent un débit écologique minimal pendant les mois les plus secs. Selon le collectif, un flux constant, même modeste, éviterait que les poissons ne se retrouvent coincés dans des tronçons sans issue.

Une espèce menacée mais toujours pêchée légalement

L’anguille reste présente dans les fleuves et zones humides de Valence et fait encore partie de la pêche traditionnelle. Mais chaque été, la sécheresse provoque des épisodes de mortalité massive lorsque les cours d’eau perdent de l’eau et piègent les individus restants.

Le paradoxe tient dans le statut légal de l’espèce. L’anguille ne figure toujours pas, techniquement, dans le Catalogue espagnol des espèces menacées, ce qui permet à la pêche de se poursuivre sous régulation et quotas spécifiques. Pourtant, l’Union internationale pour la conservation de la nature a classé dès 2008 l’anguille européenne comme espèce en danger critique d’extinction, le niveau d’alerte le plus élevé avant la disparition. Les études calculent que sa population a chuté de plus de 90 % depuis les années 1970.

Le gouvernement central espagnol a tenté à plusieurs reprises d’inscrire l’espèce dans le catalogue de faune menacée, ce qui obligerait à interdire sa pêche. Plusieurs communautés autonomes, dont la valencienne, ont rejeté cette mesure, estimant qu’elle aurait un fort impact économique et culturel dans les zones où l’anguille fait partie de la tradition pêchière.

La dernière réunion entre le ministère pour la Transition écologique et les communautés autonomes s’est conclue par un accord pour créer un groupe de travail, chargé d’élaborer un plan stratégique pour l’anguille et d’autres espèces migratrices comme le saumon ou l’esturgeon. Le débat sur la protection légale de l’espèce reste, pour l’instant, reporté.

D’autres facteurs pèsent sur le déclin de l’anguille dans la région. La fragmentation des rivières par les barrages et les seuils interrompt son parcours naturel, alors que l’espèce a besoin de circuler entre la rivière et la mer pour accomplir son cycle vital. Ces barrières fluviales empêchent de nombreux individus d’atteindre la mer des Sargasses, où l’anguille se reproduit.

La qualité de l’eau joue aussi un rôle : dans certains systèmes fluviaux et zones humides valenciennes, l’excès de nutriments issus de l’agriculture favorise des épisodes d’eutrophisation, où les algues consomment l’oxygène disponible et créent des conditions difficiles pour de nombreux poissons.

À cela s’ajoute la pression de la pêche : la capture des civelles, les jeunes de l’espèce, conserve une forte valeur économique et alimente à la fois le marché légal et le trafic illégal vers l’Asie.

Dans les rivières Canyoles et Albaida, qui ont historiquement abrité des populations stables de ce poisson, Agró dresse ce constat local.

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