Vers 2000, un passionné de poissons tropicaux en Floride a accroché des morceaux de corail récupérés à des « arbres » sous-marins, créant une petite pépinière devenue un réseau pour restaurer les récifs

D’un simple passe-temps aquariophile est né un réseau mondial capable de produire 50 000 coraux par an. Comment un fragment de la taille d’un doigt devient-il un ballon de basket en quelques mois ? La réponse surprend.

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Vers 2000, un passionné de poissons tropicaux en Floride a accroché des morceaux de corail récupérés à des "arbres" sous-marins, créant une petite pépinière devenue un réseau pour restaurer les récifs
Vers 2000, un passionné de poissons tropicaux en Floride a accroché des morceaux de corail récupérés à des « arbres » sous-marins, créant une petite pépinière devenue un réseau pour restaurer les récifs © RSE Magazine

Vers 2000, un collectionneur de poissons tropicaux basé dans les Florida Keys, Ken Nedimyer, a commencé à suspendre des fragments de corail sauvés à des structures sous-marines qu’il a appelées « arbres ». Cette petite pépinière artisanale est devenue, des années plus tard, un réseau de restauration récifale qui dépasse largement les côtes de Floride.

L’origine précise du projet varie selon les récits. Un profil du Divers Alert Network (DAN) situe en 2001 le lancement d’une ferme de corail en mer, montée avec sa fille Kelly dans le cadre d’un projet scolaire du réseau américain 4-H.

Nedimyer, également aquaculteur de roche vivante, avait repéré dès 1996 du corail staghorn poussant naturellement sur ses roches d’élevage et rattachait les fragments qui se détachaient. L’objectif était alors commercial : fournir aux aquariophiles une alternative au corail prélevé dans la nature.

Ces coraux n’ont finalement jamais été vendus. Le projet s’est réorienté vers l’éducation puis la restauration, à mesure que les populations de staghorn et d’elkhorn s’effondraient. La NOAA Fisheries a classé les deux espèces comme menacées en 2006.

Nedimyer plonge sur ces récifs depuis l’enfance et en a vu la dégradation d’année en année. Staghorn et elkhorn étaient autrefois si abondants sur le Florida Reef Tract que des plongeurs racontaient nager à travers de véritables fourrés sous-marins. Maladies, blanchissement et dégâts d’ouragans ont ensuite fait chuter ces populations de près de 90 % par endroits, transformant des pans entiers de récif en champs de gravats.

De la pépinière de jardin à la Coral Restoration Foundation

Nedimyer a d’abord fait don de son corail staghorn propagé au Florida Keys National Marine Sanctuary, avant qu’une subvention de The Nature Conservancy ne transforme ce passe-temps de jardin en véritable pépinière. En 2007, il fonde la Coral Restoration Foundation (CRF) à Key Largo.

Quatre ans plus tard, en 2011, Nedimyer publie avec Kevin Gaines et Stephanie Roach un article dans la revue AACL Bioflux qui formalise le concept de « Coral Tree » : un tronc vertical en PVC muni de bras horizontaux, ancré au fond et maintenu droit par un flotteur, qui bouge avec les vagues.

Les coraux, suspendus par fil métallique ou monofilament, échappent ainsi aux algues et aux prédateurs benthiques comme les escargots, tandis que le flux d’eau accru et l’absence de point d’ancrage sur le fond favorisent leur croissance : un fragment de la taille d’un doigt peut atteindre celle d’un ballon de basket en six à neuf mois.

Une méthode qui essaime dans les Caraïbes et le Pacifique

Une étude publiée dans PLOS ONE a suivi les replantations de la CRF entre 2007 et 2015, soit 2 419 colonies placées sur des récifs du sanctuaire. Le taux de survie des cohortes suivies le plus longtemps allait de 4 % à 89 % selon les sites, un écart qui a servi de référence concrète aux équipes de restauration des Caraïbes et du Pacifique.

L’étude a aussi montré que les colonies issues d’un large éventail de génotypes ne survivaient ni moins bien ni moins vite qu’un stock génétique restreint.

En 2012, CNN a désigné Nedimyer « CNN Hero ». Selon NPR, la CRF avait planté plus de 200 000 coraux en 2022, et des colonies restaurées sur des sites comme Carysfort Reef ont commencé à se reproduire naturellement.

La fondation gère quatre pépinières principales dans les Florida Keys, totalisant près de mille arbres à corail. Celle de Tavernier, au large d’Islamorada, s’étend sur environ 0,6 hectare et abrite à elle seule plus de 500 arbres : la CRF la présente comme la plus grande pépinière de corail in situ au monde.

L’ensemble du réseau peut produire plus de 50 000 coraux « prêts pour le récif » chaque année, à partir d’une banque de plus de 600 génotypes répartis sur vingt espèces.

Nedimyer a ensuite contribué à Reef Renewal International, qui a diffusé le modèle bien au-delà de la Floride. L’organisation soutient des pépinières à Bonaire, Curaçao, Saint-Vincent, aux îles Caïmans, à Hawaï, en Polynésie française et en Australie.

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