Le Mont Everest perd de la glace, et l’être humain y contribue directement. C’est la conclusion d’une nouvelle étude, dont l’auteur principal est le géoscientifique Khim Lal Gautam : chaque année, les milliers d’alpinistes qui gravissent le toit du monde laissent des traces mesurables sur le glacier de Khumbu, celui qui borde le camp de base.
Le simple confort offert aux visiteurs a un coût glaciaire. Selon l’étude, la dépense énergétique nécessaire pour chauffer, cuisiner et éclairer le camp de base fait fondre chaque printemps environ 3 000 000 kg de glace et de neige. En 2023, ce campement d’altitude a consommé 824 bouteilles de gaz liquéfié, 18 935 litres de kérosène et 5 130 litres d’essence, de quoi alimenter environ 1 600 tentes.
Le New York Times rapporte que le site dispose désormais de bars à espresso, de téléviseurs grand écran, d’un wifi rapide et de douches chaudes.
L’urine des grimpeurs accélère la fonte
Plus de 6 000 litres d’urine sont produits chaque jour au camp de base par les alpinistes et les guides. Une grande partie de ce liquide finit directement sur le glacier de Khumbu, qui sert pourtant de source d’eau potable aux communautés environnantes. Les chercheurs estiment que cette urine contribue à la fonte d’environ 154 tonnes de glace équivalente, soit entre 5 et 6 % du phénomène observé.
Les excréments suivent un circuit un peu mieux organisé : ceux d’environ 2 000 personnes présentes au camp de base sont collectés dans des latrines à fosse, puis redescendus dans la vallée. Mais beaucoup d’alpinistes font encore leurs besoins à même le glacier.
Des tentes et des bouteilles d’oxygène abandonnées s’ajoutent à ces déchets. En 2026, selon le portail The Great Outdoors, la route traversant la chute de glace de Khumbu vers le Camp 1 est devenue de plus en plus instable, ce qui a allongé les temps d’attente et accru les quantités de déchets et d’excréments laissés sur place.
Le grimpeur britannique Kenton Cool, qui a gravi l’Everest 20 fois, dit son inquiétude face à l’afflux croissant de visiteurs. Dans un entretien accordé à The Great Outdoors, il raconte : « Lorsque j’ai débuté ma carrière d’alpiniste, les déchets étaient considérés comme un sous-produit regrettable. Aujourd’hui, il est impossible de les ignorer. ».
Il ajoute que même avec les meilleures intentions, la masse humaine laisse des traces : campements piétinés, équipement abandonné, excréments.
Le réchauffement climatique reste le principal responsable
Pour établir leurs constats, les chercheurs ont combiné les données des exploitants du camp de base avec des images satellite couvrant la période 1991 à 2023. Résultat : les températures au camp de base ont augmenté environ deux fois plus vite que celles des zones enneigées du glacier, sans compter la chaleur dégagée par les hélicoptères, les trekkeurs et les yaks, non intégrée à l’étude.
Le changement climatique demeure toutefois le moteur principal de la fonte. Depuis 2009, le taux d’amincissement de la glace sur les glaciers de l’Everest a presque doublé. Khim Lal Gautam met en garde contre les conséquences de ce réchauffement dans l’Himalaya, en particulier le risque accru d’inondations provoquées par des ruptures de lacs glaciaires, comparables à celles récemment survenues au Népal.




