Pourquoi la Méditerranée n’aurait jamais dû exister : comment s’est-elle formée il y a 5,3 millions d’années ?

Saviez-vous qu’une inondation gigantesque a remodelé la Méditerranée en quelques années, il y a 5,3 millions d’années ?

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Pourquoi la Méditerranée n'aurait jamais dû exister : comment s'est-elle formée il y a 5,3 millions d'années ?
Pourquoi la Méditerranée n’aurait jamais dû exister : comment s’est-elle formée il y a 5,3 millions d’années ? © RSE Magazine

Une nouvelle étude éclaire la formation de la Méditerranée après la crise de salinité messinienne. Publiée dans le Scientific Reports, elle montre qu’une inondation, la « mégainondation zancléenne », a rempli le bassin il y a 5,3 millions d’années.

Les auteurs ont combiné des données géophysiques, sismiques et géologiques pour reconstituer cet épisode. Des mouvements tectoniques avaient isolé la Méditerranée de l’océan Atlantique et asséché le bassin. Ce déséquilibre hydrologique, accentué par un climat aride, a transformé la mer en une cuvette salée parsemée de lacs hypersalins, l’une des variations géologiques qui ont marqué le bassin.

La mégainondation zancléenne : comment ça s’est passé

La reconnexion avec l’Atlantique, par le détroit de Gibraltar, a déclenché une inondation massive. Ce phénomène, le « Zanclean Megaflood », aurait rempli la Méditerranée en quelques années.

La différence de niveau, estimée à 1 400 mètres, a provoqué des courants extrêmes, au-delà de 40 mètres par seconde. Les chercheurs ont modélisé un débit de 13 000 000 m³/s (soit 13 Sverdrups), sans commune mesure avec les cours d’eau actuels. L’inondation a démarré à l’ouest de la Méditerranée, puis s’est propagée vers l’est.

Ce que ça a laissé sur les roches et les sédiments

Selon Daniel Garcia-Castellanos, l’eau est entrée à des vitesses comparables à celles d’un « ouragan continu », ce qui a entraîné une forte érosion. Le courant a creusé un large chenal sous-marin, cisaillé les roches calcaires et arraché des blocs entiers qu’il a transportés sur de longues distances.

En Sicile, des travaux dirigés par Antonio Caruso en 2024 ont mis au jour plus de 300 crêtes allongées dans le sud-est de l’île, orientées à 40° nord-est, marques directes des forces hydrodynamiques qui ont façonné le relief. Des profils sismiques révèlent aussi un canal enfoui, interprété comme une surface érosive de marge, large de 8 à 20 km et profond de 270 mètres au maximum.

Un bouleversement géologique majeur

Cette reconstitution remet en cause les modèles antérieurs sur l’histoire de la Méditerranée. Le canyon de Noto, avec une pente locale qui atteint 70° et une forme en amphithéâtre large de 6 km, donne la mesure de l’inondation. La zone a servi de conduit naturel et a entraîné les sédiments vers les profondeurs du bassin.

Les chercheurs ont identifié un dépôt massif, l’« unité 2 », qui couvre 15 000 km² entre les anciennes évaporites messiniennes et les sédiments plus récents et atteint 860 mètres d’épaisseur. C’est le plus grand dépôt jamais attribué à une inondation terrestre, l’équivalent d’un fleuve mille fois plus puissant que l’Amazone.

Ces résultats reposent sur une collaboration entre l’université de Southampton, le Monterey Bay Aquarium Research Institute et l’université de Catane. Micallef, A., Barreca, G. et Hübscher, C. les ont publiés dans l’article « Land-to-sea indicators of the Zanclean megaflood ».

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