Près de deux siècles après les faits, une étude scientifique vient de percer un mystère climatique qui intriguait les chercheurs depuis 1831. Le responsable identifié est le volcan Zavaritskii, situé sur l’île Simushir, dans l’archipel russe des Kouriles. Les résultats de cette enquête ont été publiés dans la revue PNAS.
L’affaire remonte à août 1831. En août 1831, les habitants de l’hémisphère Nord ont observé au réveil un étrange phénomène de « soleil bleu ». Il a été suivi d’une vague de froid inhabituelle en plein été, qui a duré plusieurs mois et mis à mal les récoltes.
Des famines ont frappé l’Inde et le Japon. Le refroidissement du climat, de l’ordre de 1 °C dans l’hémisphère Nord, s’est prolongé entre 1831 et 1833.
Des cendres qui trahissent leur origine
L’origine volcanique de cet épisode ne faisait guère de doute : une éruption explosive avait injecté d’importantes quantités d’aérosols soufrés dans la stratosphère. Mais identifier le volcan précis relevait jusqu’ici de l’énigme. L’enquête s’est appuyée sur l’analyse de carottes de glace prélevées au Groenland et en Antarctique, où les sulfates retrouvés se sont révélés formés dans la stratosphère à partir d’aérosols volcaniques, ce qui suppose une éruption d’une puissance importante.
C’est l’analyse chimique des minuscules particules de cendre qui a permis de resserrer l’étau. Les résultats ont montré un faible taux de potassium, une signature chimique habituellement associée aux volcans japonais et à ceux des Kouriles. Or, aucune archive ne témoigne d’une éruption au Japon en 1831.
Les recherches se sont donc concentrées sur l’archipel russe. La comparaison chimique des cendres avec celles de plusieurs volcans des Kouriles a fini par désigner le Zavaritskii comme suspect numéro un.
- Deux autres pistes avaient été envisagées avant que les chercheurs ne resserrent leur enquête.
- Le volcan Babuyan Claro, aux Philippines, avait été suspecté.
- Le Ferdinandea, en Sicile, l’avait été également : une éruption y a bien eu lieu en août 1831, mais son activité, plutôt modérée, ne correspond pas à l’ampleur du bouleversement climatique observé.
Le Zavaritskii, lui, reste peu connu. Ce volcan, décrit comme isolé, a laissé une caldera visible au centre de l’île Simushir. Les reconstructions de magnitude et de forçage climatique réalisées par les chercheurs indiquent qu’il pourrait être responsable du refroidissement de 1831-1833. L’identification de ce volcan comme source de la catastrophe n’a été établie que récemment, grâce notamment à cette analyse fine des carottes de glace polaires.
Un épisode climatique documenté depuis longtemps, une signature chimique enfin lue correctement : l’énigme du « soleil bleu » de 1831 trouve son origine sur une île de l’archipel des Kouriles, responsable des famines qu’elle a provoquées en Inde et au Japon.




