Le Canada annonce un investissement historique de 70 milliards de dollars dans les énergies renouvelables, visant à tripler la capacité hydroélectrique et éolienne de l’est du pays. Ce plan ambitieux doit alimenter les trois plus grandes villes canadiennes.
70 milliards de dollars pour l’hydroélectricité et l’éolien dans l’est du Canada
Le gouvernement canadien a annoncé lundi 17 août 2026 un plan d’investissement de 70 milliards de dollars canadiens (environ 43 milliards d’euros) dans les énergies renouvelables. Présenté par le Premier ministre Mark Carney depuis le port de Saint-Jean, à Terre-Neuve-et-Labrador, le projet vise à produire suffisamment d’électricité propre pour alimenter en chauffage, éclairage et climatisation l’ensemble des foyers de Toronto, Montréal et Vancouver, les trois plus grandes métropoles du pays.
Mark Carney a qualifié cette initiative de « plus grand investissement en énergie propre de l’histoire de l’Amérique du Nord ». Le programme repose sur trois piliers : l’expansion de la centrale hydroélectrique de Churchill Falls, la construction d’une nouvelle installation à Gull Island et le développement d’un parc éolien terrestre dans la région du fleuve Churchill, au Labrador. L’État fédéral apportera 10 milliards de dollars canadiens, le reste étant financé par les provinces de Terre-Neuve-et-Labrador et du Québec, ainsi que par leurs sociétés publiques d’électricité.
Churchill Falls et Gull Island au cœur du dispositif
La centrale hydroélectrique de Churchill Falls, actuellement détenue conjointement par Hydro-Québec et Newfoundland and Labrador Hydro, affiche une puissance installée de 5 428 mégawatts (MW). Elle fera l’objet d’une modernisation et d’une expansion substantielles. Parallèlement, une nouvelle centrale de 2 700 MW sera érigée à Gull Island, sur le fleuve Churchill.
Les autorités canadiennes envisagent également une seconde centrale à Churchill Falls et un projet éolien terrestre de 2 000 MW dans la même région. Au total, ces infrastructures devraient générer 14 000 mégawatts d’électricité propre, soit près du triple de la capacité actuelle de Churchill Falls. « Aujourd’hui, nous produirons suffisamment d’électricité propre pour alimenter chaque voiture, camion, moto et bus au Canada », a déclaré Mark Carney lors de l’annonce officielle.
Selon les estimations gouvernementales relayées par Inside Climate News, la phase de construction devrait soutenir 23 000 emplois, de l’ingénierie aux métiers du bâtiment, et contribuer à hauteur de 31 milliards de dollars canadiens au produit intérieur brut du pays jusqu’au début des années 2040.
Une répartition négociée de la production électrique
L’accord-cadre signé entre le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador prévoit une répartition précise de la production. Hydro-Québec recevra environ 8 515 MW provenant de Churchill Falls et de Gull Island, auxquels s’ajouteront 3 850 MW issus des nouveaux projets en cours d’étude, dont le parc éolien. La société québécoise pourrait ainsi bénéficier de près de 10 000 MW.
Terre-Neuve-et-Labrador conservera 2 750 MW, soit 760 MW de plus que prévu dans le protocole d’accord de 2024. Tony Wakeham, Premier ministre de la province, a souligné que cette allocation permettrait à Terre-Neuve-et-Labrador de devenir « le principal bénéficiaire de ses propres ressources », mettant fin à des décennies de frustration liées à l’accord de 1969.
Cet accord historique, en vigueur depuis plus d’un demi-siècle, a longtemps été perçu comme inéquitable par Terre-Neuve-et-Labrador. Hydro-Québec y achetait l’électricité de Churchill Falls à un tarif dérisoire de 0,2 centime par kilowattheure, avant de la revendre à profit. Le nouvel arrangement prévoit une augmentation progressive du prix, débutant à 1,8 centime par kilowattheure en 2027 pour atteindre une moyenne effective de 7,4 centimes sur les 50 prochaines années. Terre-Neuve-et-Labrador anticipe ainsi des revenus de 49 milliards de dollars canadiens sur la durée de l’accord.
Des lignes de transmission pour contourner le Québec
Le projet inclut la construction de nouvelles lignes de transmission. Terre-Neuve-et-Labrador obtiendra le droit de faire transiter jusqu’à 985 MW depuis le Labrador à travers le Québec vers les marchés américains. Une disposition qui répond à une revendication de longue date de la province atlantique, désireuse d’exporter son électricité sans dépendre exclusivement du Québec.
Le gouvernement fédéral a également annoncé son soutien à des projets stratégiques dans la région du Labrador Trough, une zone riche en minerais de fer de haute pureté. Le Major Projects Office (MPO) coordonnera le financement fédéral, accélérera les processus d’autorisation et travaillera avec les peuples autochtones pour établir des partenariats significatifs. Parmi les initiatives financées figure l’expansion de la transmission électrique dans l’ouest du Labrador, destinée à connecter les opérations minières au réseau électrique et à favoriser l’électrification des mines.
Des retombées saluées, mais des incertitudes politiques
Malgré ces contradictions, l’Institut climatique du Canada, organisme de recherche de référence sur les questions climatiques, a salué l’annonce de ces investissements. Ils témoignent, selon l’Institut, du « niveau d’ambition nécessaire pour atteindre l’objectif du Canada de doubler la quantité d’énergie propre » produite. Le Canada se classait en 2023 au troisième rang mondial pour la production d’hydroélectricité, derrière la Chine et le Brésil. L’hydroélectricité représentait alors 60 % de son mix électrique, devant le gaz naturel, le nucléaire, l’éolien et le charbon, selon la Régie de l’énergie du Canada.
Toutefois, la concrétisation de l’accord-cadre reste suspendue aux prochaines élections au Québec. La formation en tête dans les intentions de vote, le Parti Québécois (indépendantiste), a exprimé son opposition aux termes de l’accord. Christine Fréchette, Première ministre du Québec, a mis en garde contre les risques d’un changement de gouvernement. « Je vois que le Parti Québécois souhaite déchirer cet accord. Ils ne veulent pas le mettre en œuvre », a-t-elle déclaré. « Alors, qu’offrent-ils aux Québécois s’ils rejettent cet accord ? Où trouveront-ils les 10 000 mégawatts que nous apportons au Québec ? »
Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti Québécois, a répliqué sur les réseaux sociaux qu’il ne s’agissait pas de « déchirer » l’accord, mais de l’examiner attentivement. « La réalité est que personne n’a lu l’accord », a-t-il écrit. « Si l’accord est positif pour le Québec, alors évidemment, il sera dans l’intérêt d’un gouvernement du Parti Québécois de le maintenir. » Les négociateurs espèrent parvenir à un accord définitif d’ici la fin de l’année 2026, mais l’issue des élections provinciales pourrait bouleverser le calendrier.




