Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, a annoncé le vendredi 4 septembre 2026, à l’ouverture de La Fabrique de la diplomatie, à Paris, que la France abandonne la projection cartographique dite de Mercator. Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères lui substituera des représentations « adaptées aux usages, plus fidèles aux superficies réelles et conformes aux prescriptions des cartographes et des scientifiques », a précisé le ministre.
Sur les futurs planisphères officiels, la France apparaîtra donc plus petite qu’elle ne l’était jusqu’au 4 septembre 2026. Les États-Unis, la Russie, la Chine et une grande partie de l’Europe verront eux aussi leur superficie visuelle réduite. Barrot a résumé le problème en expliquant que les États-Unis, la Russie et la Chine prennent une importance visuelle démesurée par rapport à l’Asie du Sud-Est, à l’Afrique ou à l’Amérique du Sud.
Le ministre a défendu un choix qui dépasse, selon lui, la simple technique. « Notre diplomatie doit mener deux combats : porter notre propre récit et toujours veiller à représenter le monde avec justesse », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « Ces déformations finissent par s’installer dans les perceptions. Le moment est venu pour nous de le corriger. »
Une résolution votée 164 voix contre 1 à l’ONU
Le même jour, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté un texte de quatre pages portant sur des projections cartographiques plus fidèles à la taille réelle des continents. Porté par le Togo et l’Union africaine, coparrainé par la France, ce texte s’inscrit dans une campagne baptisée « CorrectTheMap ». Le vote s’est soldé par 164 voix pour, 6 abstentions et une seule voix contre, celle des États-Unis.
La résolution encourage l’usage de la carte Equal Earth, publiée en 2018 par une équipe internationale de cartographes et proche de la projection Eckert IV désormais adoptée par la France.
Robert Dussey, ministre togolais des Affaires étrangères, a défendu le texte lors d’un briefing du Groupe africain à l’ONU, rapporté par The Guardian. « Une carte n’est jamais neutre », a-t-il lancé. Pour lui, ce débat n’est pas politique mais scientifique : « il existe des preuves scientifiques et nous devons tous accepter cette réalité », a-t-il ajouté.
Dussey a précisé que la résolution est soutenue par les 54 autres États membres de l’Union africaine, sans donner le nombre total de signataires. « L’Afrique ne demande pas de traitement de faveur. L’Afrique demande que sa réalité, ses aspirations et sa contribution au système international soient dûment prises en compte », a-t-il affirmé.
Conçue au XVIe siècle par le cartographe flamand Gerardus Mercator pour faciliter la navigation maritime, cette projection agrandit visuellement les territoires les plus éloignés de l’équateur. L’Afrique, qualifiée de terra incognita à l’époque de Mercator, y apparaît encore à peu près de la même taille que le Groenland, alors qu’elle est en réalité environ quatorze fois plus vaste.
Des historiens et géographes estiment depuis longtemps que cette carte reflète des conceptions occidentales du monde; certains militants parlent de colonialisme cartographique, selon The Independant.
Une source diplomatique française voit dans cette bascule « l’illustration très concrète du changement d’époque qu’on veut marquer », s’inscrivant dans le renouveau des relations entre Paris et les pays africains. Barrot a résumé la portée qu’il donne à sa décision en affirmant que changer de carte ne change pas le monde, mais que corriger une représentation qui le déforme, c’est déjà faire Å“uvre de vérité.
Aucune projection géométrique ne permet de représenter parfaitement à plat une terre sphérique. C’est donc un choix politique, assumé par Paris comme par l’ONU, qui a tranché entre les différentes cartes possibles.

