Avec une nouvelle démarche baptisée « Chouette ! », Elior veut déplacer le regard porté sur la restauration en établissement spécialisé : il ne s’agit plus seulement de servir un repas adapté, mais de construire une expérience alimentaire avec les personnes concernées. Dévoilée le 3 septembre 2026, elle associe plaisir, repères, autonomie et personnalisation, dans le prolongement d’une politique handicap engagée depuis deux décennies par le groupe.
Elior fait de « Chouette ! » un concept co-construit autour du repas
Le 3 septembre 2026, Elior a présenté « Chouette ! », sa nouvelle démarche de restauration collective destinée aux personnes en situation de handicap. Derrière ce nom volontairement léger se trouve un dispositif travaillé avec des établissements spécialisés et leurs résidents. L’ambition affichée est large : faire du repas un temps de bien-être et de plaisir, mais aussi un support de socialisation, d’autonomie et d’expression individuelle.
L’approche intervient dans un secteur où la restauration ne peut être dissociée des besoins médicaux, nutritionnels, sensoriels ou comportementaux des convives. Elior connaît déjà ce terrain à travers son activité santé et médico-sociale. Le groupe indique y accompagner quotidiennement 475.000 patients et personnes dépendantes à travers 3.500 restaurants et points de vente.
Le premier marqueur de Chouette ! tient moins dans une recette que dans la méthode utilisée pour l’élaborer. Elior explique avoir organisé des échanges directs avec les futurs convives. Des tables rondes ont ainsi été conduites à l’Institut Val Mandé, en Île-de-France, tandis que de nouvelles recettes ont été testées à l’IME La Fontinelle, dans le Nord. L’objectif était d’identifier les attentes des personnes accueillies avant de bâtir l’offre, plutôt que de partir uniquement des contraintes techniques de la restauration collective.
Cette façon de procéder est loin d’être anecdotique dans le champ du handicap. Elle rejoint un principe de plus en plus présent dans les politiques d’inclusion : associer directement les personnes concernées à la conception des réponses qui leur sont destinées. À la veille de la Conférence nationale du handicap du 4 septembre 2026, le mot d’ordre « Rien sur nous sans nous » occupe justement une place centrale dans les échanges annoncés.
Appliquée à la restauration, cette logique change la perspective. Un convive n’est plus seulement le destinataire d’un menu déterminé par des impératifs de nutrition, de production ou de sécurité alimentaire. Ses goûts, ses habitudes, ses difficultés et sa capacité à effectuer certains choix entrent dans la conception même du service. C’est précisément ce qu’Elior tente de traduire dans l’assiette avec cette démarche.
Réconfort, ludisme, plaisir, sur-mesure : les quatre piliers de « Chouette ! »
L’offre repose sur quatre piliers : le réconfort, le ludisme, le plaisir et le sur-mesure. Le premier passe par des recettes connues et rassurantes. Le groupe cite notamment le gratin dauphinois, le croque-monsieur et le moelleux au chocolat. L’idée est de s’appuyer sur des saveurs et des références culinaires familières, susceptibles d’offrir un cadre plus prévisible aux convives.
Le ludisme intervient, lui, dans la présentation : smoothies, brochettes ou légumes découpés sous des formes originales doivent rendre certaines familles d’aliments plus attractives. À cela s’ajoutent trois rendez-vous culinaires fixes chaque semaine, consacrés respectivement à la street food, aux pâtes et aux plaisirs sucrés. Cette régularité poursuit un objectif qui dépasse la seule gourmandise : créer des repères stables afin de limiter l’incertitude et le stress chez des personnes pour lesquelles la prévisibilité de l’environnement peut être particulièrement importante.
Le quatrième pilier, le sur-mesure, est sans doute le plus directement lié aux contraintes du médico-social. Allergies et intolérances sont prises en compte, de même que les régimes culturels. Elior prévoit aussi des adaptations de texture ainsi qu’une densification protéique ou calorique lorsque l’état ou les besoins du convive l’exigent, avec un accompagnement diététique individualisé. Dans ce domaine, la personnalisation n’est donc pas présentée comme une option de confort mais comme une composante de l’offre alimentaire.
Elior ajoute enfin un volet consacré à l’autodétermination. Des ateliers doivent permettre à chaque personne de participer à son repas en fonction de ses capacités. Un bar à fromage blanc et une table à épices font partie des stations interactives imaginées pour laisser davantage de choix dans la composition de l’assiette. Le geste paraît simple, mais il traduit une évolution importante : donner au convive la possibilité de décider, même à petite échelle, plutôt que de lui imposer systématiquement une solution standardisée.
Cette recherche d’adaptation individualisée dépasse d’ailleurs la restauration. Le 31 août 2026, le ministère chargé du Handicap a annoncé 70 nouveaux dispositifs scolaires consacrés aux élèves présentant des troubles du neurodéveloppement pour l’année 2026-2027, dont 16 unités d’enseignement en maternelle, 30 dispositifs en école élémentaire et 24 dispositifs d’autorégulation dans le secondaire. Le champ est différent, mais le mouvement de fond est comparable : remplacer une réponse uniforme par des environnements davantage construits autour des besoins spécifiques.
Elior inscrit le handicap dans une politique RSE de long terme
Elior ne présente pas « Chouette ! » comme un programme isolé. L’entreprise revendique vingt années d’engagement en faveur des personnes en situation de handicap. Le groupe rappelle notamment sa signature de la Charte de la Diversité en 2005. Il indique en outre avoir reçu en 2023 le Prix Activateur de Progrès de l’Agefiph pour son programme Passerelle Handicap.
Cette politique a pris une nouvelle dimension avec le rapprochement des dispositifs sociaux d’Elior et de Derichebourg. Lors des Universités du Réseau des référents handicap organisées les 26 et 27 mars 2026 à Orléans, l’Agefiph avait indiqué que la démarche devait couvrir environ 70.000 salariés et viser un taux d’emploi direct supérieur à 7%. L’événement, qui a réuni 1.200 professionnels sur place et enregistré 4.300 connexions à distance, a notamment servi de cadre à la formalisation de cette politique handicap harmonisée.
En matière d’effectifs, Elior Group emploie désormais 4.300 personnes en situation de handicap. Le groupe travaille également sur le recrutement et le maintien dans l’emploi. En novembre 2024, il a conclu un partenariat avec CHEOPS et France Travail, accompagné de cinq forums locaux pour l’emploi déjà programmés à l’époque, selon Elior Group. L’accord doit notamment mobiliser l’expertise des Cap emploi lorsque le handicap apparaît ou évolue au cours de la carrière. En novembre 2024, Malika Bouchehioua, directrice des ressources humaines du groupe, expliquait alors vouloir « intégrer durablement de nouveaux talents en situation de handicap dans nos équipes ».
Cette dimension sociale s’intègre désormais dans un cadre RSE encore plus large. Le 9 juin 2026, Elior France a adopté le statut d’entreprise à mission et inscrit quatre engagements dans son modèle, parmi lesquels celui de « cultiver les talents et les différences ». « Devenir entreprise à mission, c’est inscrire dans nos statuts ce qui guide déjà notre action au quotidien », déclarait à cette occasion Mickaël Girard.
Handicap et repas : un enjeu d’inclusion qui dépasse l’assiette
La question reste considérable à l’échelle nationale. Le taux de chômage des personnes en situation de handicap se situait autour de 12% en 2024, contre environ cinq points de moins dans l’ensemble de la population. Malgré l’amélioration enregistrée depuis 2017, l’accès à l’emploi continue ainsi de matérialiser un écart d’inclusion important.
Les besoins ne concernent cependant pas seulement l’emploi. Ils touchent l’école, la mobilité, la santé, l’autonomie et les actes ordinaires de la vie quotidienne. En juin 2026, 1,407 million de personnes bénéficiaient de l’Allocation aux adultes handicapés. À la rentrée précédente, 48.726 élèves en situation de handicap étaient par ailleurs signalés sans l’accompagnement attendu. Ces chiffres donnent la mesure d’une population extrêmement diverse, dont les attentes ne peuvent être réduites à une catégorie unique de handicap ou à une réponse standard.
C’est précisément sur cette diversité des besoins que « Chouette ! » cherche à intervenir dans son domaine : le repas. Textures, densité nutritionnelle, habitudes alimentaires, présentation, possibilité de choisir, familiarité des plats et stabilité des rendez-vous sont traitées comme autant de paramètres de l’expérience du convive. Pour Elior France, qui indique compter 18.000 collaborateurs et servir plus de 1,1 million de convives par jour, l’enjeu consiste désormais à transformer cette approche participative en pratiques reproductibles dans la restauration collective, sans perdre la dimension individualisée qui constitue le cœur même du projet.
