Le Guatemala réalise la première reproduction en captivité d’une espèce datant de 100 millions d’années

Un poisson vieux de 100 millions d’années, menacé de disparition, vient de renaître sous nos yeux au Guatemala. Entre cannibalisme et sécheresses, sa survie ne tient qu’à un fil. Son histoire mérite d’être lue.

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Le Guatemala réalise la première reproduction en captivité d'une espèce datant de 100 millions d'années
Le Guatemala réalise la première reproduction en captivité d’une espèce datant de 100 millions d’années © RSE Magazine

Le Centro de Conservación Marina (CCM) et le zoo La Aurora ont réalisé, début septembre 2026, la première reproduction en captivité du pejelagarto au Guatemala. Des centaines d’alevins ont ensuite été transportés par bateau jusqu’à un canal d’eau douce entouré de mangroves, à Taxisco, au sud du pays.

Les petits sont nés dans des bassins des installations du centre, situées sur une plage de la côte pacifique guatémaltèque, raconte Infobae. Ils ont ensuite été transférés avec précaution dans d’autres récipients pour le trajet jusqu’à leur habitat naturel.

Les spécimens libérés seront suivis afin d’évaluer leur croissance et leur survie dans ce nouvel environnement. L’équipe espère tirer de ces observations des données utiles pour de futurs programmes de repeuplement dans les rivières et mangroves du Pacifique guatémaltèque.

La pêche illégale et les sécheresses fragilisent l’espèce

Le pejelagarto doit son nom à son corps allongé et à sa mâchoire rappelant celle d’un lézard. Les scientifiques le considèrent comme une espèce préhistorique ayant survécu 100 millions d’années sans changement morphologique, ce qui lui vaut d’être qualifié de fossile vivant. À l’âge adulte, il peut atteindre plus d’un mètre de long et peser environ 10 kilogrammes.

Jennifer Hernández, sous-directrice de conservation du zoo La Aurora, estime que l’animal joue un rôle très important dans l’équilibre des rivières, en tant que prédateur carnivore inséré dans la chaîne alimentaire. Mais cette place est menacée. La pêche illégale, la pollution et les sécheresses liées à des phénomènes climatiques comme El Niño pèsent sur les populations.

Pablo Gaitán, vétérinaire du CCM, a averti un groupe d’étudiants que son absence affecterait les écosystèmes et que l’espèce peut, avec le temps, atteindre un état bien plus critique.

Reproduire ce poisson en captivité n’a rien d’évident. Même au Mexique, où l’espèce est appréciée dans la gastronomie de Tabasco et élevée dans des centres de recherche aquacole, les pontes en captivité ont longtemps donné des résultats irréguliers. Au Guatemala, l’équipe est d’abord parvenue à faire se reproduire des adultes, avant de se concentrer sur le défi suivant : assurer la survie des petits.

C’est précisément l’objet d’une étude de l’Universidad de San Carlos de Guatemala, menée pendant 84 jours à la Station Expérimentale de Monterrico, à Taxisco. Les chercheurs ont comparé deux aliments commerciaux, une farine pour truite dosée à 52 % de protéine brute et une farine pour tilapia à 48 %.

Nourris trois fois par jour et mesurés tous les 15 jours, les alevins n’ont montré aucune différence significative de taille ou de poids entre les deux groupes : 6,31 centimètres pour 2,59 grammes d’un côté, 6,76 centimètres pour 3,20 grammes de l’autre.

La différence s’est jouée sur la survie. Le groupe nourri à la farine pour truite a conservé 30 % de ses alevins, contre 16,67 % pour celui nourri à la farine pour tilapia, un écart que l’étude relie à des épisodes de cannibalisme. Avant cette expérience, les petits avaient été nourris à l’Artemia salina, un petit crustacé couramment utilisé comme aliment vivant en aquaculture.

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