Des chercheurs de l’université de Kobe, au Japon, ont découvert qu’un vaste réservoir de magma est en train de se remplir sous la caldeira de Kikai, un supervolcan situé au sud de l’archipel. Il y a environ 7 300 ans, ce volcan avait provoqué la plus puissante éruption connue de l’Holocène, l’ère géologique actuelle.
L’équipe, dirigée par le géophysicien Nobukazu Seama, a profité d’un avantage rare : Kikai est en grande partie sous-marin. Les chercheurs ont utilisé des réseaux de canons à air comprimé pour générer des ondes sismiques artificielles, captées ensuite par 39 sismomètres posés au fond de l’océan, alignés sur 175 kilomètres à travers le volcan. Cette technique de réfraction sismique a permis de cartographier les structures cachées sous la caldeira.
Le résultat est net : une zone riche en magma se trouve exactement sous le secteur responsable de l’éruption d’il y a 7 300 ans, à une profondeur comprise entre 2,5 et 6 kilomètres. « Compte tenu de son étendue et de sa localisation, il est clair qu’il s’agit du même réservoir de magma que lors de l’éruption précédente », affirme Seama.
Un dôme de lave trahit l’arrivée de magma
La preuve que ce magma n’est pas un simple reliquat vient d’ailleurs : un dôme de lave se forme au centre de la caldeira depuis près de 3 900 ans. Sa composition chimique diffère de celle des roches expulsées lors de la grande éruption.
Pour Seama, cet écart signifie que le magma présent dans le réservoir, sous ce dôme, est « probablement du magma nouvellement injecté » depuis les profondeurs de la Terre, et non un vestige figé depuis des millénaires.
Cette découverte, publiée dans la revue Communications Earth & Environment, n’annonce pas pour autant une éruption imminente. Elle offre en revanche un cas d’observation rare pour comprendre comment ces géants volcaniques se reconstituent après une catastrophe.
« Nous devons comprendre comment de telles quantités de magma peuvent s’accumuler pour comprendre comment se produisent les éruptions géantes de caldeiras », a expliqué le géophysicien dans un communiqué. Il ajoute que la position sous-marine de Kikai a permis des relevés systématiques à grande échelle, dans un environnement homogène et accessible aux instruments, ce qui manque souvent aux volcans terrestres.
Selon lui, ce modèle de réinjection de magma est cohérent avec l’existence de grands réservoirs peu profonds sous d’autres caldeiras géantes comme Yellowstone, aux États-Unis, et Toba, en Indonésie. L’équipe entend désormais affiner ses méthodes de mesure pour saisir les cycles de réapprovisionnement en magma de ces systèmes.
« Notre objectif ultime est de mieux surveiller les indicateurs cruciaux des futures éruptions géantes », a précisé Seama. Les processus qui précèdent ce type d’éruption restent largement incompris, ce qui complique toute stratégie de prévention à long terme.




