Des archéologues ont trouvé une dent et des os qui bouleversent les croyances établies sur le christianisme

Enchaînée volontairement sous un monastère de Jérusalem pendant 1 600 ans, cette femme bouleverse l’histoire de l’ascétisme chrétien. Une simple dent a suffi à percer un mystère resté enfoui depuis le Ve siècle.

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Des archéologues ont trouvé une dent et des os qui bouleversent les croyances établies sur le christianisme
Des archéologues ont trouvé une dent et des os qui bouleversent les croyances établies sur le christianisme © RSE Magazine

Un squelette a été mis au jour sous les vestiges d’un ancien monastère byzantin à Jérusalem, dans le site de Khirbat el Masani, situé dans la partie nord de la ville. Des chercheurs ont annoncé cette découverte en janvier 2023, lors de fouilles menées à l’intérieur du bâtiment.

Les restes étaient ornés de plusieurs kilogrammes de bijoux et d’objets ornementaux, un détail qui avait d’abord conforté l’idée qu’il s’agissait d’un moine. L’enterrement, daté du Ve siècle, se trouvait dans un édifice que les archéologues situent entre 350 et 650 après J.-C. Seules quelques vertèbres et une dent étaient exploitables, les os du bassin, habituellement déterminants pour établir le sexe d’un squelette, ayant été détruits par des racines d’arbres.

Ce qui restait parfaitement visible, en revanche, c’était les chaînes : les ossements en étaient enveloppés, signe d’une pratique ascétique poussée à l’extrême.

Dans le même monastère, deux cryptes avaient permis de classer sans difficulté la plupart des corps par sexe, hommes, femmes et enfants confondus. Seul ce squelette enchaîné posait problème.

Ce que révèle une protéine de l’émail dentaire

Faute d’ADN exploitable après environ 1 600 ans d’enfouissement, les chercheurs ont eu recours à une méthode alternative, développée par la Dr Paula Kotli et son équipe pour étudier la domestication animale ancienne. Elle avait notamment permis d’élucider le sexe de restes de bovins pour mieux comprendre l’évolution des pratiques d’élevage.

Le principe repose sur l’amélogénine, une protéine de l’émail dentaire dont la composition diffère légèrement selon le sexe biologique. Paula Kotli explique que les humains possèdent deux copies du gène de l’amélogénine, l’une sur le chromosome X et l’autre sur le chromosome Y. Les individus porteurs de deux chromosomes X ne produisent que l’amélogénine liée à l’X, tandis qu’une amélogénine liée à l’Y signale un sexe masculin.

L’analyse de la deuxième prémolaire supérieure gauche, dont la structure et l’usure suggèrent un âge d’environ 30 ans au moment du décès, n’a révélé aucune trace d’amélogénine liée à l’Y. Seuls des peptides AmelX, associés aux chromosomes XX, ont été détectés.

Les auteurs restent prudents : selon les conclusions de l’étude, l’absence d’un spectre unique d’AmelY a permis de classer les restes comme très probablement ceux d’une femme. Une marge d’incertitude demeure, puisque chez un homme l’amélogénine liée à l’Y aurait pu disparaître avec la dégradation du temps sans jamais avoir été absente à l’origine.

L’étude, publiée en avril 2025 dans le Journal of Archaeological Science, est présentée comme la première preuve solide que des femmes, dans la chrétienté primitive, se livraient elles aussi à des pratiques d’auto-punition.

Cette conclusion contredit directement l’hypothèse qui prévalait jusqu’ici chez les historiens, selon laquelle l’auto-punition à l’époque byzantine restait, selon un article de 2025 publié par Haaretz, « le fief de l’homme exalté ». L’ascétisme chrétien, qui recouvre des pratiques allant du jeûne à la méditation, connaît depuis le IIe siècle des formes extrêmes bien documentées : corps enchaînés volontairement à des rochers, auto-flagellation, privations poussées jusqu’à la réduction à l’état de peau et d’os.

Des figures de l’Église comme Saint Barsanuphe et Jean le Prophète avaient condamné ces excès en leur temps. Le cas le plus célèbre reste celui de Siméon le Stylite, resté 36 ans au sommet d’un pilier, un épisode repris plus tard dans un poème d’Alfred, Lord Tennyson, et porté à l’écran en 1965 par le cinéaste mexicain Luis Buñuel.

L’histoire des premières nonnes chrétiennes demeure largement associée aux figures féminines des Évangiles canoniques, comme Marie-Madeleine ou Lydie, décrites comme des disciples dévouées. Mais retrouver une tombe du Ve siècle abritant le corps d’une femme, enterrée dans des conditions typiquement associées aux moines ascétiques, reste exceptionnel. Le squelette de Khirbat el Masani, seulement trois vertèbres et une dent pour toute archive osseuse, pourrait bien compter parmi les premières nonnes chrétiennes jamais identifiées.

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