En 2017, Maggie Johnson, 14 ans, creuse une mare dans le jardin familial, dans la vallée de Shenandoah, en Virginie. Le devoir vient de son professeur d’agriculture. Elle délimite d’abord un cercle, puis s’attaque à la terre à la pelle.
Son père, Steven David Johnson, photographe professionnel, raconte cette histoire dans le magazine National Wildlife, publié le 26 mars 2026 et rapportée par Futura Sciences. Il en a documenté chaque étape, image après image.
Les premiers crapauds arrivent avant même la fin des travaux
Une fois le trou creusé, Maggie dépose une bâche au fond pour retenir l’eau. La famille aménage ensuite les contours avec de la terre, des pierres et des plantes, puis ajoute des nénuphars blancs pour offrir des abris aux amphibiens et aux petits invertébrés aquatiques. Au printemps 2018, la mare se remplit au rythme des pluies.
Les premiers crapauds d’Amérique détectent l’habitat quelques semaines plus tard et s’y installent pour pondre, alors que l’aménagement des berges n’est pas encore terminé. Personne n’a introduit le moindre animal dans l’eau. Au fil des mois, des grenouilles vertes rejoignent la mare, puis des rainettes versicolores, ces petits amphibiens capables de changer de couleur pour se camoufler, colonisent les plantes alentour.
Maggie sélectionne elle-même des plantes d’eau douce et des variétés mellifères, pendant que ses parents, Anna Maria et Steven David Johnson, apprennent à utiliser des espèces indigènes pour attirer la faune. Les fleurs cardinales et les lobélies font venir papillons et colibris : Steven David Johnson a photographié un colibri à gorge rubis en train de se nourrir, un papillon sphinx butinant une lobélie, et même une araignée pêcheuse à la surface de l’eau.
Avant l’aménagement, le jardin n’était qu’une pelouse clairsemée, surtout animée par le chant des grillons. Neuf ans plus tard, en 2026, ce sont les coassements qui dominent.
Une mare sans filtre, mais pas sans entretien
L’écosystème s’équilibre naturellement, au point que la mare fonctionne en 2026 sans filtre. Cela ne veut pas dire sans frais. L’aménagement initial a coûté environ 160 dollars pour la bâche, les plantes et les outils de jardinage, et la famille ajoute chaque année près de 100 dollars de végétaux supplémentaires.
En 2025, les Johnson déboursent 600 dollars pour installer une clôture protectrice. Objectif : tenir les chats du voisinage à distance des petites grenouilles. Selon Steven David Johnson, cette clôture a bel et bien aidé la population à se maintenir.
Ce type de milieu est précieux pour une raison précise : les amphibiens ont besoin de mares pour le développement de leurs larves. Sans point d’eau, pas de reproduction possible.
Une mare ne vit cependant jamais totalement isolée de ce qui l’entoure. Dans une thèse soutenue le 2 octobre 2020, le chercheur Marceau Minot a suivi 20 mares normandes pendant les trois années suivant leur création ou leur restauration. Ses observations montrent une colonisation rapide dès la première année, dominée par des espèces généralistes, tandis que les espèces plus exigeantes s’installent avec le temps.
La composition des communautés de libellules varie aussi selon que le milieu voisin est forestier ou ouvert, et leur abondance dépend directement de la densité des plans d’eau alentour : plus il y a de mares à proximité, plus les populations deviennent nombreuses et résistantes aux perturbations.
Une étude dirigée par Bella Davies, publiée en 2008 et portant sur cinq paysages agricoles européens dont la France, allait déjà dans ce sens : à l’échelle régionale, les mares comptaient parmi les habitats aquatiques les plus riches en espèces, y compris en espèces rares.
Le texte ne permet pas d’établir avec certitude que les grenouilles de Maggie aient profité d’un tel voisinage, faute d’inventaire publié sur le secteur. Mais l’hypothèse reste cohérente avec ce qu’observe Marceau Minot sur les mares normandes : la colonisation va vite, les habitants les plus exigeants viennent ensuite.
Le jardin des Johnson ne prouve pas qu’une telle opération fonctionne partout de la même façon. Il montre en revanche qu’un trou, une bâche, quelques pierres et des plantes locales suffisent à faire naître, en quelques semaines, un point de reproduction pour des espèces qui, ailleurs en Europe, peinent de plus en plus à en trouver.



