« On n’avait jamais vu ça en 60 ans de suivi » : la plus grande colonie de manchots d’Antarctique s’effondre sous les yeux des chercheurs, et la glace n’est pas la seule cause

500 000 manchots envolés en quinze ans sur une seule île. La cause ? Un crustacé minuscule qui fuit vers le sud, et tout un écosystème qui vacille comme une tour de Jenga.

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« On n'avait jamais vu ça en 60 ans de suivi » : la plus grande colonie de manchots d'Antarctique s'effondre sous les yeux des chercheurs, et la glace n'est pas la seule cause
« On n’avait jamais vu ça en 60 ans de suivi » : la plus grande colonie de manchots d’Antarctique s’effondre sous les yeux des chercheurs, et la glace n’est pas la seule cause © RSE Magazine

Norman Ratcliffe, écologue à l’Institut britannique des recherches antarctiques (British Antarctic Survey) et auteur principal d’une étude publiée dans la revue Current Biology, résume qu’il s’agit d’un effondrement démographique énorme, équivalant à la disparition de 500 000 individus reproducteurs sur cette île. Le constat porte sur l’île Zavodovski, en Antarctique, qui abrite la plus grande colonie de manchots au monde et dont la population de manchots à jugulaire a chuté des deux tiers depuis 2011.

L’île, la plus septentrionale des îles Sandwich du Sud, comptait alors 600 000 manchots à jugulaire. Ce chiffre s’est effondré en quinze ans, au point que l’espèce pourrait selon l’étude être classée en voie de disparition si le rythme actuel du déclin se maintient. L’île abritait aussi, en 2011, 90 000 manchots macaroni. Cette autre espèce a pris le chemin inverse : sa population a augmenté de 30 % sur la même période.

Le krill a fui vers le sud

La différence tient à l’alimentation. Le manchot à jugulaire se reconnaît à la ligne noire qui traverse son bec d’une joue à l’autre, et se nourrit presque exclusivement de krill antarctique, un petit crustacé proche de la crevette. L’espèce chasse de préférence dans les eaux froides au nord-ouest de l’île, là où le krill se trouvait habituellement.

Avec le réchauffement des eaux, ce dernier s’est déplacé vers le sud, rendant la quête de nourriture plus difficile. Le manchot macaroni, moins exigeant sur ce plan, s’en sort mieux.

Les chercheurs ont écarté d’autres explications possibles. Ni la prédation, ni la compétition entre espèces pour la nourriture, ni même l’éruption volcanique de 2016, un temps soupçonnée d’avoir asphyxié les oiseaux, n’expliquent la baisse. Les données montrent au contraire un déclin régulier et linéaire, corrélé à la hausse des températures et à la fonte des glaces.

Un déclin similaire avait déjà été observé en 2020 sur l’île Low, dans les Shetland du Sud, selon un article du Guardian relayé par Slate.

Le phénomène s’inscrit dans un réchauffement particulièrement rapide de la péninsule antarctique, où les hivers se sont réchauffés jusqu’à 5 °C au-dessus des niveaux préindustriels. La base argentine Esperanza avait enregistré, le 6 juin, un record hivernal, soit environ 20 °C au-dessus des normales saisonnières.

Pour Ratcliffe, les conséquences dépassent le seul sort des manchots à jugulaire. Si les tendances actuelles de réchauffement se poursuivent, les animaux finiront, selon lui, par manquer d’espace. L’écologue compare la situation à un jeu bien connu : chaque écosystème peut être comparé à une gigantesque tour de Jenga, et chaque élément que l’on retire augmente le risque d’effondrement total de l’écosystème.

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