Avec 52% des Français qui ressentent des gênes ou des troubles dus à la pollution de l’air, les entreprises doivent répondre à une nouvelle attente de leurs salariés : assurer une qualité de l’air acceptable sur le lieu de travail. Le baromètre 2026 de l’ADEME, publié le 14 octobre, met en évidence un paradoxe : malgré la baisse des émissions de polluants depuis les années 2000, la perception de la pollution se dégrade. Les responsables RSE et les dirigeants doivent donc agir face à cet écart entre les mesures objectives et le ressenti des salariés.
La qualité de l’air au travail : une préoccupation croissante des salariés
Selon le baromètre ADEME 2026, élaboré par OpinionWay du 16 juillet au 2 août 2026 avec 1 596 participants, 52% des personnes interrogées déclarent ressentir des gênes dues à la pollution, ce qui représente une hausse de 4 points par rapport à 2025. De plus, 97% des Français sont maintenant conscients des effets sanitaires de la pollution de l’air, comme l’indique le communiqué de l’ADEME.
Les habitants des zones sous Plan de Protection de l’Atmosphère (PPA) ressentent davantage ces gênes : 60% contre 44% dans les autres zones. Ces PPA incluent de nombreux sièges sociaux, et les salariés à Paris, Lyon ou Marseille expriment des inquiétudes supérieures à la moyenne nationale. Dans les grandes agglomérations, seuls 59% des résidents jugent la qualité de l’air bonne, contre 70% au niveau national.
Impact sur la productivité et l’absentéisme
Les effets de la pollution ne se limitent pas au ressenti. Une étude de The Lancet Planetary Health d’octobre 2026 montre que la pollution de l’air réduit la performance cognitive au travail de 5 à 8% lors des pics de particules PM2,5. Les maux de tête, irritations oculaires et fatigue chronique, souvent évoqués, augmentent l’absentéisme.
Les jeunes salariés, particulièrement sensibles aux questions climatiques, constatent une qualité de l’air dégradée : seulement 47% la jugent bonne en France, contre 59% pour l’ensemble de la population. Cette génération intègre la qualité de l’air dans ses critères de choix d’employeur, créant un risque réputationnel pour les entreprises qui ignorent cette attente.
Obligations légales et réglementaires pour les entreprises
Les Plans de Protection de l’Atmosphère (PPA) imposent des contraintes spécifiques aux entreprises dans les grandes agglomérations, telles que la restriction de circulation ou le renouvellement des flottes de véhicules. Les employeurs à Paris, Lyon, Marseille et Grenoble doivent adapter leurs plans de mobilité en conséquence.
Dans les zones PPA, 60% des employés rapportent des gênes, contre 44% ailleurs. Les actions des responsables RSE doivent tenir compte de la localisation des sites. Le télétravail devient un outil de protection dans les zones les plus exposées.
Responsabilités des employeurs en matière de qualité de l’air intérieur
Le Code du travail oblige les employeurs à garantir la sécurité et la santé des salariés, incluant la qualité de l’air intérieur. Depuis janvier 2023, la surveillance de cette qualité est obligatoire dans certains locaux professionnels. Les entreprises doivent mesurer les niveaux de CO2, de COV et de particules fines.
L’ADEME note qu’il subsiste un besoin de sensibilisation, car les sources de pollution, comme le chauffage au bois responsable de 60% des émissions de particules fines PM2,5, ne sont identifiées que par 11% des Français. Les entreprises doivent donc informer leurs employés sur les véritables sources de pollution.
Stratégies RSE : adapter les espaces de travail
Des solutions techniques telles que la ventilation mécanique contrôlée (VMC) double flux avec filtres HEPA et des capteurs de CO2 permettent d’améliorer la qualité de l’air. Certaines entreprises optent pour des murs végétaux, dont l’effet psychologique positif est reconnu.
Le télétravail, bien que partiellement efficace, doit être complété par des pratiques de réduction des émissions dans les foyers, surtout ceux chauffés au bois. La sensibilisation et l’information des salariés demeurent essentielles pour transformer l’inquiétude en engagement.



