Ces banquettes brunes que les communes retirent pour séduire les touristes protégeaient leurs plages : les conséquences sont catastrophiques

Saviez-vous que les banquettes de posidonie stockent jusqu’à 300 litres de sable par mètre cube ?

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Ces banquettes brunes que les communes retirent pour séduire les touristes protégeaient leurs plages : les conséquences sont catastrophiques
Ces banquettes brunes que les communes retirent pour séduire les touristes protégeaient leurs plages : les conséquences sont catastrophiques © RSE Magazine

Chaque automne, les plages de la Méditerranée se couvrent d’un matelas brun et froissé : les « banquettes de posidonie ». Formé par les feuilles mortes de la plante Posidonia oceanica, il passe souvent pour un déchet aux yeux des touristes. Cette confusion a pourtant des conséquences écologiques lourdes sur le littoral méditerranéen.

La posidonie, une protection qu’on connaît mal

Malgré sa ressemblance avec une algue, la posidonie est une plante sous-marine endémique de la Méditerranée, qui pousse jusqu’à 40 mètres de profondeur. Une fois mortes, ses longues feuilles sont emportées par les courants jusqu’aux plages, où elles s’accumulent en banquettes. Ces banquettes protègent le rivage : elles amortissent les vagues et freinent l’érosion des plages. Un mètre cube de posidonie retient ainsi entre 100 et 300 litres de sable. Les herbiers, eux, stockent trois fois plus de carbone, un atout dans la lutte contre le changement climatique.

Ce que cause le nettoyage intensif

Pendant des décennies, les communes du littoral ont nettoyé leurs plages au tractopelle, retirant ces banquettes pour les rendre plus attirantes pour les touristes, rapporte Sciencepost. La pratique se poursuit malgré l’interdiction en vigueur depuis 1988. Or chaque pelletée enlève une part de la protection contre la mer, et les plages perdent plusieurs mètres de sable par saison. Le rechargement artificiel, à base d’un sable de carrière abrasif, coûte cher pour un résultat médiocre : les tempêtes emportent vite ce sable rapporté.

Des initiatives locales qui changent la donne

Certaines communes ont changé de méthode. À Marseille, la posidonie autrefois évacuée sert désormais à une expérimentation baptisée le « mille-feuille » : on alterne des couches de sable et de posidonie pour former une barrière contre l’érosion. Sur la plage du Prophète, le procédé a permis de récupérer plusieurs mètres de sable et de préserver des installations côtières comme les parkings à bateaux. Marseille sert aujourd’hui d’exemple à d’autres communes.

Au Lavandou, dans le Var, les banquettes de posidonie sont conservées toute l’année. Les agents municipaux y pratiquent un nettoyage manuel qui ménage cet écosystème, tout en limitant la pollution des plages perçue par les visiteurs. Cette approche prouve qu’on peut concilier respect de l’environnement et gestion des écosystèmes marins.

Faire évoluer les mentalités

Le principal obstacle reste culturel : faute d’information, baigneurs et touristes jugent souvent ces banquettes peu engageantes. La Charte d’engagement « Pour des plages de caractère en Méditerranée » cherche à convaincre les élus de laisser ces matelas végétaux en place jusqu’au mois de mai. Encore peu suivie, elle pourrait s’intégrer à la Stratégie nationale Biodiversité 2030, qui prévoit de mieux protéger les herbiers de posidonie.

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