En 1978, la Chine a lancé dans le nord du pays le Three-North Shelter Forest Program, plus connu sous le nom de « Grande Muraille Verte ». Ses promoteurs le présentent comme « l’un des projets écologiques les plus ambitieux de l’histoire humaine ». Il vise à enrayer la dégradation des écosystèmes, avec des effets attendus en Chine, mais aussi à l’échelle de la planète. Au moment où les problèmes environnementaux s’aggravent partout, l’initiative pèse dans les stratégies climatiques mondiales.
Le pari d’une reforestation massive
Le projet cherche avant tout à stopper l’avancée des déserts de Gobi et du désert du Taklamakan, rapporte Ouest France. Ces étendues arides pèsent sur les écosystèmes et sur le quotidien des habitants : elles accélèrent l’érosion des sols et nourrissent les tempêtes de poussière, dont Pékin reste l’une des premières victimes. Pour les contenir, le programme veut planter 34 milliards d’arbres d’ici 2050 et relever la couverture forestière du pays, voire au-delà. Le long d’une bande de 4 506 km, cet effort pourrait porter cette couverture à plus de 25 %, contre un niveau nettement inférieur à la fin des années 1970.
Since 1978, China has been carrying out one of the most ambitious ecological projects in human history: the Three-North Shelter Forest Program, often called the Great Green Wall.
The goal is to halt the relentless advance of the Gobi and Taklamakan deserts. So far, China has… pic.twitter.com/qA7TYHs4I0
— Massimo (@Rainmaker1973) June 8, 2026
Ce qui a été planté, et les limites techniques
Des millions d’arbres poussent déjà, souvent des espèces à croissance rapide comme le peuplier et le saule. Les avancées sont réelles, mais le projet a essuyé des critiques. Les plantations reposent souvent sur des monocultures, qui appauvrissent la biodiversité et fragilisent ces forêts artificielles face aux ravageurs. Dans une région, les autorités ont perdu plus d’un milliard d’arbres à cause de ces insectes.
Certaines espèces plantées consomment aussi beaucoup d’eau. Elles peuvent abaisser des nappes phréatiques déjà fragiles et aggraver la désertification que le programme prétend combattre. Des scientifiques et des responsables publics réclament donc des ajustements, vers des essences plus variées et locales. Les images satellites et les modèles climatiques détectent même une influence sur les régimes météorologiques régionaux, signe que le projet pèse sur le cycle de l’eau.
Retombées sociales, économiques et environnementales à long terme
La « Grande Muraille Verte » a aussi des effets socio-économiques marqués. Dans des zones comme le désert de Kubuqi, le projet a créé des dizaines de milliers d’emplois et aidé à faire reculer la pauvreté, ce qu’une agence des Nations unies a salué en 2015. Tout n’est pas idyllique pour autant. L’interdiction du libre pâturage et les restrictions imposées aux éleveurs ont provoqué des tensions, jusqu’à des manifestations et des arrestations.
Des voix critiques, dont celle d’Enghebatu Togochog, militant mongol en exil, pointent les atteintes aux libertés individuelles dans un développement piloté par des entreprises comme Elion Resources Group. Les bénéfices économiques et écologiques se heurtent ici à des enjeux sociaux que le projet ne règle pas.




