En mai 2024, l’énergie solaire a franchi un seuil historique aux États-Unis : avec 12,8% de la production électrique nationale, elle a dépassé le charbon, relégué à 12,2%. Ce basculement survient alors que l’administration Trump multiplie les mesures pour sauver l’industrie charbonnière, illustrant la puissance des forces économiques face aux volontés politiques.
Selon Ember, think tank énergétique mondial, le solaire devient ainsi la troisième source d’électricité aux États-Unis, derrière le gaz naturel et le nucléaire. Nicolas Fulghum, analyste senior chez Ember, observe : « Pendant des années, l’énergie solaire a progressé dans le mix électrique américain. Parallèlement, le charbon a perdu son statut, d’abord comme première source du mix américain, puis a graduellement chuté encore davantage. »
Le solaire dépasse le charbon pour la première fois dans l’histoire américaine
Les chiffres témoignent d’une dynamique puissante : le solaire et le stockage par batteries représentent 91% de toutes les nouvelles capacités installées au premier trimestre 2026. La Solar Energy Industries Association (SEIA) confirme que l’énergie solaire reste la première source de nouvelles capacités depuis cinq années consécutives.
Martin Pochtaruk, PDG du fabricant canadien de panneaux solaires Heliene, résume la réalité économique : « Trump peut dire que le charbon revient, mais les investisseurs placeront leur argent là où ils obtiendront le meilleur retour. Pour la production d’électricité, c’est le solaire, ce qui en fait le combustible à la croissance la plus rapide. »
L’Arizona illustre parfaitement ce mouvement. L’État a ajouté 340 mégawatts de capacité solaire au premier trimestre, suffisant pour alimenter plus de 50 000 foyers. Avec près de 12 000 mégawatts installés, il se classe au quatrième rang national, loin derrière la Californie et le Texas qui dominent avec environ cinq fois cette capacité.
Le charbon résiste malgré son déclin structurel
La production charbonnière a atteint un minimum historique mensuel en avril avant de ne se redresser que modestement en mai. Le déclin se poursuit malgré les efforts considérables de l’administration Trump. Le secrétaire à l’Énergie Chris Wright a récemment émis un ordre d’urgence pour maintenir en activité une centrale à charbon d’Orlando, en Floride, initialement programmée pour fermer l’année précédente.
Trump a annoncé un plan d’investissement de près de 700 millions de dollars pour soutenir les centrales à charbon et leurs exportations. Lors d’un événement à la Maison Blanche, il a déclaré : « Le charbon est une excellente affaire » et « en termes de puissance, il n’y a vraiment rien de tel. » Une porte-parole de l’administration défend ces politiques comme orientées vers le renforcement de la sécurité énergétique du pays.
La surproduction solaire, nouveau défi du secteur
Le succès du solaire génère paradoxalement de nouveaux défis. Dans plusieurs régions, la surproduction pendant les heures de pointe d’ensoleillement provoque des prix négatifs. L’Espagne a enregistré 800 heures de prix nuls ou négatifs en 2025, tandis que le premier trimestre 2026 a établi un nouveau record trimestriel avec 397 heures de prix négatifs.
BloombergNEF (BNEF) projette un ralentissement potentiel pour 2026, marquant la première année de baisse des installations de panneaux solaires en deux décennies. Jenny Chase, analyste solaire chez BNEF, identifie le stockage d’énergie comme la clé de la prochaine phase de développement. Après un déploiement record de 112 GW / 307 GWh en 2025, une hausse de 41% est attendue en 2026 avec 158 GW / 459 GWh.
Une mutation énergétique irréversible
Au niveau national, les énergies renouvelables transforment radicalement le paysage énergétique. L’Agence internationale de l’énergie prévoit que les renouvelables deviendront la plus grande source d’énergie mondiale, utilisée pour près de 45% de la production d’électricité d’ici 2030.
L’analyse de BNEF suggère que malgré les prix bas du charbon et du gaz, le solaire pourrait dépasser 30% de l’électricité mondiale d’ici 2050. Dans son scénario Net Zero, la capacité solaire cumulée pourrait atteindre 30,8 TW, soit une croissance de 900% par rapport aux 3 TW actuels. Une transformation qui rappelle l’ampleur des défis environnementaux que nous observons également dans d’autres domaines, comme l’évolution de notre système climatique global.
Les véhicules électriques et les centres de données émergent comme nouveaux moteurs de la demande. BNEF estime que les centres de données consommeront 1 114 TWh d’ici 2035, soit 3,6% de l’électricité mondiale, nécessitant entre 250 et 450 GW de capacité solaire supplémentaire.
Taylor Rogers, porte-parole de la Maison Blanche, a tenté de défendre la stratégie énergétique de Trump : « Le président a inversé les politiques dévastatrices de la gauche, sauvé l’industrie américaine du charbon, empêché la fermeture de plus de 17 gigawatts de puissance et sauvé des vies pendant les périodes de forte demande. » Néanmoins, les chiffres démontrent que la transition vers le solaire se poursuit inexorablement, portée par des forces économiques plus puissantes que les orientations politiques.



