New Horizons, lancée par la NASA en 2006, continue de susciter l’intérêt des scientifiques et du public. Conçue au départ pour explorer Pluton et ses lunes en 2015, la sonde a ensuite poursuivi sa route au-delà de la bordure du Système solaire. En 2019, elle a survolé un objet de la ceinture de Kuiper, et elle s’apprête aujourd’hui à quitter le Système solaire : elle sera le cinquième vaisseau robotique à le faire. Elle vient surtout de réaliser une observation rare depuis l’espace lointain, celle de la parallaxe stellaire.
Une avancée notable en astronomie
New Horizons a observé la parallaxe, c’est-à-dire le déplacement apparent des étoiles selon le point d’observation, ce qu’aucune sonde n’avait fait, relève le Sciencepost. Cette méthode sert à mesurer des distances à grande échelle. En avril 2020, elle a visé deux cibles lointaines : Proxima Centauri, à 4,2 années-lumière, et Wolf 359, à 7,86 années-lumière. Ces deux naines rouges, séparées de près de 90 degrés dans le ciel, ont permis une triangulation précise.
Les 22 et 23 avril 2020, avec sa caméra télescopique à longue portée LORRI (Long Range Reconnaissance Imager), la sonde a pris des images montrant le déplacement apparent de ces étoiles. Transmises vers la Terre en 6,5 heures, ces photos ont confirmé que les étoiles paraissaient positionnées différemment par rapport aux observations faites depuis le sol.
Mesures de référence et méthode
Au moment des observations, la sonde se trouvait à plus de 7 milliards de kilomètres de la Terre, soit 47,1 unités astronomiques du Soleil. Cette position offrait une ligne de base de parallaxe de plus de 6,4 milliards de kilomètres, un record historique atteint grâce aux nouvelles technologies d’exploration spatiale. Avec une base aussi large, New Horizons a montré qu’on peut observer la parallaxe stellaire depuis une sonde lointaine, ce qui confirme une méthode utile pour la navigation spatiale à venir.
Appliqué à l’échelle intersidérale, ce principe a fait apparaître le décalage visuel de Proxima Centauri et de Wolf 359, ce qui a permis de situer précisément le vaisseau. À partir de l’astrométrie du catalogue Gaia DR3, les parallaxes ont été mesurées avec une précision inédite : la direction angulaire était précise à 0,4 degré, et les parallaxes atteignaient 32,4 secondes d’arc pour Proxima Centauri et 15,7 secondes d’arc pour Wolf 359.
La part humaine et la symbolique de la mission
La mission porte aussi une dimension symbolique. Cette réussite a été dédiée à Chad Kālepa Baybayan, maître navigateur polynésien, en écho aux anciennes techniques de navigation. Tod Lauer, astronome au NOIRLab de la NSF (National Science Foundation), a dirigé l’étude et a salué ce rapprochement : « Prendre simultanément des images depuis la Terre et depuis le vaisseau, nous espérions que cela rendrait le concept de parallaxe stellaire immédiatement et clairement visible. »
