Les habitants de l’île de Pâques disaient que les Moaï « marchaient » tout seuls : des physiciens viennent de prouver qu’ils avaient raison depuis le début

Et si les légendes rapanuies disaient vrai depuis le début ? Une réplique de 4,35 tonnes vient de prouver que les moaï marchaient réellement, guidés par 18 personnes et quelques cordes.

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Les habitants de l'île de Pâques disaient que les Moaï « marchaient » tout seuls : des physiciens viennent de prouver qu'ils avaient raison depuis le début
Les habitants de l’île de Pâques disaient que les Moaï « marchaient » tout seuls : des physiciens viennent de prouver qu’ils avaient raison depuis le début © RSE Magazine

Une étude scientifique explique enfin comment les moaï de l’île de Pâques (Rapa Nui) ont pu être déplacés jusqu’à leurs emplacements cérémoniels : debout, par un mouvement d’oscillation latérale, et non traînés à plat sur le sol. Les travaux, menés par Carl Lipo, chercheur à l’Université de Binghamton, et Terry Hunt, de l’Université de l’Arizona, ont été publiés dans le Journal of Archaeological Science.

Sculptées entre le XIIIe et le XVIe siècle par les habitants de Rapa Nui, ces statues sont souvent réduites à l’image de simples têtes de pierre. La plupart possèdent pourtant un corps entier, partiellement enterré, et certaines pèsent jusqu’à 80 tonnes. Près d’un millier d’entre elles ont été taillées dans le tuf volcanique de l’île, pour incarner des ancêtres vénérés et symboliser le prestige des clans.

Comment un peuple isolé, sans roue ni animal de trait, sur un terrain accidenté, a-t-il pu acheminer des masses pareilles ? La question occupe les archéologues depuis plus d’un siècle. Traîneaux, rondins, rampes : chaque hypothèse s’est heurtée à la topographie de l’île, au manque de bois et aux traces d’usure relevées à la base des statues.

Certaines théories allaient jusqu’à invoquer une civilisation disparue. Pourtant, les légendes orales de Rapa Nui racontaient depuis toujours que les statues marchaient jusqu’à leur place, guidées par la force des ancêtres.

Une base en forme de D et une réplique de 4,35 tonnes

L’équipe a analysé des scans 3D haute résolution de 962 statues, dont 62 retrouvées le long d’anciennes routes. Deux détails se sont révélés décisifs : une base en forme de D et une légère inclinaison vers l’avant. Ces caractéristiques placent le centre de gravité de manière à permettre un balancement rythmique, d’un côté à l’autre, plutôt qu’un glissement à plat.

Pour vérifier l’hypothèse, les chercheurs ont construit une réplique grandeur nature de 4,35 tonnes. Avec trois cordes et 18 personnes tirant en alternance, la statue s’est mise à avancer en oscillant, parcourant 100 mètres en 40 minutes. Le poids se déplaçait d’un pied à l’autre sans jamais glisser.

Cette mécanique éclaire aussi la forme des anciennes routes de l’île, légèrement concaves : elles auraient été conçues pour stabiliser ce mouvement pendulaire. Les bâtisseurs façonnaient donc à la fois les statues et les voies sur lesquelles elles allaient marcher.

Carl Lipo compare le procédé à un geste domestique : « comme un réfrigérateur qu’on déplace ». Une fois la bascule enclenchée, l’effort devient minime. « Dès qu’elle se met en mouvement, elle prend vie. On tire des deux côtés, et elle avance d’elle-même », a-t-il expliqué.

Il oppose cette explication aux récits fantaisistes qui ont longtemps entouré les moaï : « On a inventé toutes sortes d’histoires, plus ou moins plausibles, mais l’on n’avait jamais évalué les preuves permettant de comprendre scientifiquement le passé et d’expliquer les données observées ».

L’étude confirme un mythe que les Rapanuis transmettaient depuis des générations. Elle dessine le portrait d’une communauté capable d’exploiter la gravité et le rythme comme outils d’ingénierie, plutôt que celui d’une main-d’œuvre servile ou d’une civilisation perdue. « Les sociétés anciennes n’étaient pas primitives. Elles étaient des scientifiques de leur monde, des ingénieurs de leur environnement et des conteurs de leur propre histoire », affirme Lipo.

La découverte ne ferme pas tout le dossier. Toutes les statues n’ont probablement pas voyagé selon cette méthode, et certains exemplaires retrouvés renversés le long des routes restent, pour l’instant, inexpliqués.

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