Le 8 septembre 2026, Réseau Action Climat a publié un rapport critiquant la stratégie de la France visant à attirer des touristes lointains. Pour les entreprises et décideurs du secteur touristique, cette évaluation rigoureuse représente une opportunité de réorientation stratégique plutôt qu’une menace.
Un appel à la transformation selon Réseau Action Climat
Le rapport des ONG environnementales souligne une contradiction flagrante. Le tourisme, qui ne contribue qu’à 3,8% du PIB, est responsable de 11% des émissions de gaz à effet de serre. La stratégie actuelle favorise les touristes extra-européens, qui ne constituent que 2% des visiteurs mais génèrent 20% des émissions du secteur. Un touriste asiatique ou nord-américain émet dix fois plus de gaz à effet de serre qu’un touriste français.
Alexis Chailloux, responsable Transport et Climat du Réseau Action Climat, déclare : « La stratégie gouvernementale privilégie les touristes lointains, au détriment du climat et du marché domestique. » Le rapport montre que les touristes français représentent les deux tiers de la consommation touristique intérieure, soit 135 milliards d’euros. Cependant, la montée en gamme de l’offre hôtelière et son internationalisation marginalisent la clientèle locale.
Stratégie gouvernementale et engagements climatiques
En juillet 2025, le gouvernement Bayrou avait fixé un objectif de 100 milliards d’euros de retombées touristiques d’ici 2030. Le 25 août 2026, Emmanuel Macron saluait la possible ouverture d’un parc Dragon Ball Z près de Paris, financé par l’Arabie Saoudite. Réseau Action Climat critique ce projet, le considérant comme un exemple de vision à court terme. De plus, 62% des nuitées des touristes américains en été 2024 ont eu lieu en Île-de-France, accentuant la pression foncière et la hausse des loyers via les locations de courte durée.
Vers une stratégie touristique responsable
Pour réagir au diagnostic, les entreprises touristiques peuvent s’appuyer sur trois axes majeurs, conciliant rentabilité et responsabilité climatique.
Selon Réseau Action Climat, « Le tourisme de proximité est le premier pilier de l’économie touristique française, et le moins contributeur au réchauffement climatique. » En se concentrant sur les clientèles françaises et européennes, les entreprises hôtelières bénéficient d’une fidélisation accrue et de coûts d’acquisition réduits. Des initiatives comme le label Accueil Vélo des hôtels Ibis montrent la viabilité de ce modèle.
Avec des prix d’hébergement ayant doublé par rapport à l’inflation en vingt ans et près de la moitié des Français ne partant pas en vacances, une offre axée sur la sobriété carbone attire une clientèle croissante. Le record de chaleur en 2026 (+3,6°C en France) renforce l’urgence climatique. Intégrer des critères d’empreinte carbone dans les stratégies tarifaires devient un avantage compétitif.
La concentration des bénéfices touristiques sur quelques régions pose problème. Les entreprises qui encouragent la désaturation en valorisant des destinations secondaires ou en collaborant avec des territoires ruraux renforcent leur légitimité. Le rapport souligne que 48% des croisiéristes font escale à Marseille, causant des impacts environnementaux significatifs. Diversifier les flux réduit les tensions locales et répartit mieux la valeur.
Les risques de ne pas agir
Les entreprises qui persistent dans une stratégie axée sur le tourisme aérien lointain risquent de ternir leur réputation face aux campagnes des ONG environnementales et de subir des contraintes réglementaires en raison des efforts de décarbonation. Anticiper ces évolutions par une transformation volontaire offre un avantage stratégique. Alexis Chailloux souligne l’urgence d’adapter le tourisme, alors que près de la moitié des Français ne partent pas en vacances.
Réseau Action Climat propose plusieurs mesures : réorienter le marketing vers les clientèles domestiques et européennes, intégrer des critères d’empreinte carbone dans les indicateurs de performance, développer des partenariats territoriaux pour répartir les flux touristiques, et ajuster les tarifs pour favoriser l’accessibilité sociale. Ces actions ouvrent de nouveaux segments de marché sans compromettre la rentabilité. En 2025, le tourisme français a accueilli 102 millions de visiteurs pour 77,5 milliards d’euros de recettes internationales. Réorienter une partie de cette dynamique vers la proximité permettrait de concilier performance économique et responsabilité climatique.




