Une femme traversait un champ fraîchement labouré près de Kutná Hora, dans le centre de la République tchèque, lorsqu’un éclat métallique a attiré son regard dans la terre retournée. Elle a aussitôt prévenu des archéologues. Ce qu’ils ont récupéré dans les jours suivants dépasse tout ce que la région avait livré jusqu’ici : plus de 2 150 deniers d’argent, la plus grande découverte monétaire du haut Moyen Âge jamais mise au jour dans le secteur, raconte Popular Mechanics.
Les pièces avaient été scellées à l’origine dans un récipient en céramique. Des années de labours ont fini par détruire l’essentiel du contenant, n’en laissant que la base, tandis que les deniers se retrouvaient éparpillés en surface et enfoncés dans le sol.
Une équipe de l’Institut d’archéologie de l’Académie tchèque des sciences, à Prague, a passé le terrain au détecteur de métaux pièce par pièce, marquant chaque emplacement d’un drapeau jaune avant de fouiller et d’enregistrer sa position exacte. Cette cartographie minutieuse doit servir à l’analyse en cours.
Un trésor de guerre entre princes rivaux ?
Les experts de l’Institut et du Musée tchèque de l’argent, à Kutná Hora, ont identifié des frappes remontant à trois souverains Přemyslides : le roi Vratislas II, et les princes Břetislav II et Bořivoj II, dont les règnes couvrent environ la période 1085-1107. Tout indique un atelier monétaire pragois de la fin du XIe siècle, et un enfouissement survenu durant le premier quart du XIIe siècle.
Ces deniers, de petites pièces d’argent héritées dans leur forme de la monnaie romaine, sont frappés dans un alliage mêlant argent, cuivre, plomb et traces d’autres métaux. Selon Lenka Mazačová, directrice du Musée tchèque de l’argent, les pièces ont très probablement été frappées à l’atelier monétaire de Prague, en utilisant de l’argent qui était importé vers les terres tchèques à cette époque.
Des analyses spectrales et par rayons X doivent encore préciser la composition exacte et, si possible, retracer l’origine géographique du métal.
La période correspond à l’un des moments les plus agités de l’histoire politique de Bohême : au début du XIIe siècle, des membres de la dynastie Přemyslide se sont affrontés à plusieurs reprises pour le trône de Prague, et des armées ont traversé à répétition la région, empruntant les mêmes routes qui en faisaient un point stratégique.
L’archéologue Filip Velímský, de l’Institut d’archéologie, et ses collègues n’excluent pas que ce magot ait constitué une caisse de guerre, de l’argent mis de côté pour payer des soldats, ou un butin pris pendant les combats. Quelqu’un l’a enterré avec, semble-t-il, l’intention de revenir le chercher. Cela ne s’est jamais produit.
Il reste impossible de convertir cette somme en valeur actuelle. Velímský reconnaît que l’on manque malheureusement de données précises sur le pouvoir d’achat au tournant du XIe au XIIe siècle. Il compare néanmoins l’ampleur du magot à un gain équivalent à un million au jackpot, une fortune totalement hors de portée pour un habitant ordinaire de l’époque.
Les pièces sont désormais entre les mains des spécialistes du musée, qui les catalogueront, les nettoieront et les photographieront une par une, avant d’attribuer à chacune une identification numismatique précise. L’Académie tchèque des sciences range cette trouvaille parmi les découvertes monétaires les plus importantes de la dernière décennie dans le pays.
L’objectif affiché reste une présentation au public dans la galerie de frappe monétaire du musée, situé dans une ville qui, des siècles plus tard, deviendrait l’un des centres d’exploitation d’argent les plus productifs de l’Europe médiévale.






