Une nouvelle analyse, publiée le 5 août dans la revue PLOS ONE, avance une hypothèse inédite sur la construction de la pyramide à degrés de Djoser : la tranchée en calcaire qui l’entoure aurait fait partie d’un système hydraulique conçu pour élever les pierres depuis l’intérieur même de la structure.
La pyramide a été bâtie il y a environ 4 700 ans pour le roi Djoser, au 27e siècle avant notre ère. C’est la plus ancienne des sept pyramides monumentales d’Égypte et la première structure au monde entièrement construite en pierre taillée.
Plus de 2,3 millions de blocs de calcaire, pesant en moyenne 300 kilogrammes chacun, ont servi à ériger un édifice culminant à environ 60 mètres. La méthode exacte d’empilement reste un mystère vieux de plusieurs siècles : rampes, grues, cordes et poulies, rondins roulants ont tous été proposés, sans qu’aucun modèle ne fasse consensus, selon les auteurs de l’étude.
La tranchée elle-même, longue d’environ 3 kilomètres et creusée jusqu’à 20 mètres de profondeur dans la roche, intrigue les archéologues depuis des décennies. Sa précision de taille avait déjà mis en difficulté les fouilleurs des années 1930 et 1940, hésitant entre carrière et monument à vocation spirituelle.
L’équipe dirigée par Xavier Landreau, scientifique des matériaux et PDG de l’institut de recherche parisien Paleotechnic, construit son raisonnement en trois étapes. À 400 mètres à l’ouest de la pyramide, l’enceinte du Gisr el-Mudir, longtemps interprétée comme une forteresse ou un enclos à bétail, se trouverait directement sur le passage d’un cours d’eau désertique intermittent.
Sa construction en couches ressemblerait à celle d’un barrage de l’Ancien Empire, capable de retenir les sédiments avant de libérer une eau plus propre vers l’est.
Cette eau aurait ensuite traversé la Douve sèche entourant le complexe funéraire, en particulier sa Tranchée profonde, longue de 27 mètres et large de 3 mètres, reliant plusieurs compartiments taillés interprétés comme un système de traitement séquentiel : décantation, rétention, purification.
Enfin, deux puits verticaux, l’un sous la pyramide, l’autre à 200 mètres au sud, se terminent par des boîtes en granite scellées que l’équipe interprète non pas comme du mobilier funéraire mais comme des vannes. Lorsque l’eau remplissait le puits, elle faisait descendre une plateforme chargée de blocs jusqu’à une zone de chargement au niveau du sol ; puis, en drainant le puits, un flotteur descendant tirait vers le haut cette plateforme et sa cargaison, à chaque nouveau niveau de construction. Landreau qualifie ce principe de construction « façon volcan », la pyramide s’élevant depuis son centre vers l’extérieur.
Un modèle numérique suggère qu’un affluent plus important, le Wadi Taflah, aurait pu fournir entre 4 et 54 millions de mètres cubes d’eau sur une période de construction de 20 à 30 ans, une fourchette jugée compatible avec les 18 millions de mètres cubes qu’exigerait le fonctionnement intégral du système.
Des chercheurs indépendants restent sceptiques
Plusieurs spécialistes émettent des réserves. La géoarchéologue Judith Bunbury, de l’université de Cambridge, relève l’absence de toute trace d’un système de levage hydraulique dans les scènes et textes de tombes de l’Ancien Empire, y compris dans les rouleaux de la mer Rouge qui détaillent pourtant d’autres techniques de construction.
Elle avance un principe proche du rasoir d’Occam : privilégier l’explication la plus simple compte tenu des connaissances actuelles, sans pour autant exclure que le dispositif ait existé.
Oren Siegel, de l’université de Toronto, s’interroge sur la capacité du Gisr el-Mudir à retenir assez d’eau de pluies périodiques pour alimenter un système en continu. Kamil Kuraszkiewicz, de l’université de Varsovie, note pour sa part que des blocs de 300 kilogrammes restaient assez maniables pour que bâtir une telle machinerie hydraulique représente davantage d’efforts que de simplement déplacer les pierres à la main.
L’équipe de recherche reconnaît elle-même des lacunes de taille. Environ 170 mètres de la Tranchée profonde n’ont jamais été excavés, les mastabas construits par-dessus étant trop fragiles pour permettre des fouilles sûres. La section supérieure du puits nord, à l’intérieur du corps de la pyramide, reste elle aussi inexplorée. Sans données supplémentaires, le lien entre la tranchée et les puits intérieurs demeure une déduction, non une preuve.






