Ce site cache plus de 20 œuvres qui redessinent l’histoire de la résistance aborigène.

Un serpent peint sur 6,1 mètres, une baleine engloutissant une femme, un géant à trois orteils : Awunbarna cache 29 œuvres qui redessinent l’histoire de la résistance aborigène.

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Ce site cache plus de 20 œuvres qui redessinent l'histoire de la résistance aborigène.
Ce site cache plus de 20 œuvres qui redessinent l’histoire de la résistance aborigène. © RSE Magazine

Le professeur Paul Taçon, de l’université Griffith, qui a dirigé l’étude, décrit ainsi sa découverte au plafond du site AW5, dans le Territoire du Nord australien, selon des propos rapportés par l’équipe de recherche de l’université : lorsqu’il a vu pour la première fois le Serpent Arc-en-ciel d’Awunbarna, long de 6 mètres, sur le site AW5, il s’est dit que c’était l’une des plus grandes peintures de Serpent Arc-en-ciel qu’il ait vues en 40 ans de travail de terrain sur l’art rupestre d’Arnhem Land, et qu’il fallait regarder ces dents et cette langue.

La peinture mesure 6,1 mètres en ligne droite, 6,88 mètres en suivant la courbe du corps. Une tête de type crocodile, une langue entre dix dents supérieures et huit inférieures, des nageoires de poisson : la figure domine tout ce qu’on connaissait jusqu’ici sur ce petit territoire du Pays Amurdak.

Awunbarna concentre près de quatre serpents récents sur dix

L’étude, publiée dans la revue Australian Archaeology, a recensé 29 peintures de Serpents Arc-en-ciel sur 21 sites d’art rupestre à Awunbarna, aussi appelé Mount Borradaile. Les chercheurs estiment que 20 d’entre elles ont été réalisées après le contact avec les Européens, soit après environ 1640. Sur l’ensemble de la Terre d’Arnhem occidentale, seules 52 peintures récentes de ce type sont recensées : Awunbarna en concentre 38,5 %.

La comparaison avec les sites voisins donne la mesure du phénomène. À Namunidjbuk, au nord-est, deux peintures seulement figurent parmi 352 sites répertoriés. À Injalak Hill, près de Gunbalanya, deux peintures apparaissent sur 232 sites, dont une représentation de Yingarna, l’Être Ancestral décrit dans les récits locaux comme la première mère.

En ajoutant ces échantillons à celui d’Awunbarna, le total connu pour la région atteint 139 peintures, dont 70 de style Yam, plus ancien, 52 récentes et 17 de transition. Les 29 peintures d’Awunbarna représentent à elles seules 20,9 % de ce total.

Géographiquement, elles tiennent dans une zone de 27 km², soit environ 4,5 kilomètres sur 6, alors que les 32 autres serpents récents connus sont dispersés sans former de concentration comparable.

Une datation sans radiocarbone

Aucune date directe n’a été obtenue sur ces peintures. L’attribution post-contact repose sur un faisceau d’indices : le style régional le plus récent, la position en couche supérieure quand des panneaux se superposent, et surtout l’usage de l’argile blanche, ou pipe clay, pour sept des peintures.

Ce pigment se dépose sur la roche plutôt que de la teindre, et survit généralement quelques siècles, parfois seulement quelques décennies. Les chercheurs ont recoupé ces observations avec une séquence de 500 ans établie à Nawarla Gabarnmang, en Terre d’Arnhem centrale-occidentale, appuyée par des datations au radiocarbone. L’échantillon reste modeste : neuf peintures anciennes contre vingt récentes, sur un seul site.

Des serpents devenus géants au moment de la chasse au buffle

Les neuf Serpents Arc-en-ciel de style Yam à Awunbarna mesurent de 0,32 à 2 mètres, pour une moyenne de 1,14 mètre. Tous ont une tête de macropode et un remplissage en lignes. Les vingt peintures récentes, elles, mesurent de 0,9 à 6,1 mètres, avec une moyenne de 2,4 mètres, et se diversifient en couleurs, en emplacements et en types de têtes : huit à tête de macropode, huit à tête de serpent, deux de type crocodile, une de type goanna, une à double tête.

Pour les auteurs, ce grossissement n’a rien d’un hasard. En peignant à répétition l’Être de Création le plus puissant de la région à une taille inédite, les artistes seniors auraient réaffirmé leur pouvoir sur un territoire bouleversé, à l’époque où la chasse au buffle s’étendait en Pays Amurdak à la fin du XIXe siècle.

Une image plus grande coûte davantage de temps et de pigment, elle est plus difficile à ignorer et plus facile à désigner lors de l’enseignement aux jeunes. Cette lecture s’articule aussi au Mardayin, cérémonie majeure célébrant les liens entre les personnes, les sites et le monde Ancestral : le défunt aîné Mawng Lazarus Lamilami rapportait qu’une créature exceptionnellement grande, un gros poisson ou un varan, est elle-même comprise comme maraiin. L’étude présente toutefois cette explication comme une interprétation, sans test indépendant possible de la motivation des artistes.

Une baleine et un géant inattendus

Un autre site abrite une peinture blanche à contour rouge, de un peu plus de 2 mètres sur 1, figurant une baleine en train d’avaler une femme, avec un motif évoquant des fanons pendant de sa gueule. Les auteurs pensent qu’il s’agit d’une baleine à bosse et n’en connaissent aucune autre sur un site d’art rupestre de Terre d’Arnhem occidentale : ce serait la seule représentation rupestre connue en Australie d’une baleine à fanons.

Un autre site conserve la plus grande figure humaine d’Awunbarna, un géant masculin allongé de un peu plus de 2,1 mètres, cinq doigts à chaque main, quatre orteils à un pied et trois à l’autre.

Un serpent de pierre de 124 mètres

Un arrangement de pierres couvre 38,2 mètres sur 37,5, formé de 124 mètres de roche disposée à dessein : un cou sinueux de 16 mètres relie un corps circulaire à un rocher en forme de tête de crocodile. Les chercheurs le classent parmi les trois seuls arrangements en forme de Serpent Arc-en-ciel connus en Australie, les deux autres se trouvant au Queensland.

Charlie Mungulda, Traditional Owner Amurdak senior et co-auteur de l’étude, explique que ce terrain servait à une cérémonie d’initiation appelée Morak, tenue en fin de saison sèche pour les jeunes hommes d’environ dix-huit ans et plus. Selon Mungulda, cette cérémonie a cessé dans les années 1970, mais le plafond du site AW5, avec son serpent de 6,1 mètres, restait l’endroit où l’on racontait aux jeunes les récits préparant certains aspects du Morak.

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