40 000 pièces romaines dormaient sous un village français depuis 1 800 ans : les habitants marchaient dessus sans le savoir

40 000 pièces romaines dorment sous une maison de la Meuse depuis 1 800 ans. Trois amphores, trois maisons, un mystère : pourquoi l’une d’elles n’en contenait que trois ?

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40 000 pièces romaines dormaient sous un village français depuis 1 800 ans : les habitants marchaient dessus sans le savoir
40 000 pièces romaines dormaient sous un village français depuis 1 800 ans : les habitants marchaient dessus sans le savoir © RSE Magazine

Plus de 40 000 pièces romaines, réparties dans trois dépôts monétaires distincts, ont été découvertes à Senon, un village de la Meuse situé à une vingtaine de kilomètres de Verdun. Enfouies depuis environ 1 800 ans, ces monnaies ont été mises au jour lors d’une fouille menée par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), dont les résultats ont été présentés en novembre 2025. L’opération avait été déclenchée par un projet d’extension de maison.

La parcelle explorée, longue de 1 500 m², a révélé un quartier entier de l’agglomération antique de Senon, situé à proximité immédiate de l’esplanade publique où s’élevaient autrefois temples et théâtre. La ville comptait probablement plusieurs milliers d’habitants et disposait de thermes, avant d’être abandonnée durant l’Antiquité tardive, après une série d’incendies.

Deux rues empierrées ont été dégagées, bordées d’au moins trois unités d’habitation. Ces maisons comportaient des pièces de séjour au sol en béton de chaux, un chauffage par hypocauste, des caves accessibles par des escaliers en calcaire, ainsi que des cours et des jardins spacieux. Des traces de production céramique montrent que leurs occupants étaient des commerçants et artisans suffisamment prospères pour accumuler des réserves monétaires importantes.

Trois amphores, un déséquilibre inexpliqué

Le premier dépôt a été repéré lors d’un suivi de travaux préalable ; les deux autres sont apparus au cours de la fouille elle-même. Chacun se trouvait dans une cruche-amphore, un récipient ordinairement destiné au stockage de liquides. La première amphore contenait environ 37 kilogrammes de pièces, soit entre 23 000 et 24 000 monnaies.

La deuxième en renfermait environ 50 kilogrammes, soit 18 000 à 19 000 pièces supplémentaires. La troisième, en revanche, n’en comptait que trois, un contraste qui reste l’un des points les plus intrigants de la découverte : dépôt inachevé, contenant symbolique ou logique encore non identifiée, l’équipe n’a pas tranché.

Les monnaies datent du dernier quart du IIIe siècle et de la première décennie du IVe, entre 280 et 310 après notre ère, soit environ 1 700 à 1 800 ans. Parmi elles figurent de fausses pièces ainsi que des émissions à visée propagandiste à l’effigie de l’empereur Claude II, frappées après sa mort.

Les vases, enfouis dans des fosses encadrées de gros blocs de pierre au sein même des habitations, ont protégé les monnaies de la corrosion : certaines conservent des effigies impériales parfaitement lisibles. Les trois dépôts, composés de pièces différentes, se trouvent dans trois maisons distinctes, à une cinquantaine de mètres les uns des autres.

Une épargne plutôt qu’un dépôt d’urgence

L’équipe scientifique refuse d’employer le mot trésor pour qualifier la découverte. Elle privilégie l’hypothèse d’une gestion domestique active de liquidités, comparable à un compte courant antique, plutôt qu’une cachette d’urgence. Rien n’indique une dissimulation hâtive : les vases ont été installés avec soin dans des fosses aménagées, à faible profondeur, le goulot possiblement visible ou accessible depuis le sol.

Des pièces retrouvées collées à l’extérieur des récipients renforcent cette lecture : elles y auraient été ajoutées après l’enfouissement initial, avant le remblaiement définitif de la fosse, ce qui suggère un accès répété plutôt qu’un dépôt unique. Deux des trois ensembles se trouvaient dans ce qui semble avoir été une pièce de vie, un emplacement propice à des retraits réguliers par les propriétaires.

Une fortification militaire datant de la même période, entre 280 et 310, a par ailleurs été identifiée à seulement 150 mètres du site. L’Inrap explore un lien possible entre ces réserves d’argent et la présence de troupes stationnées à proximité, sans certitude à ce stade.

Selon le numismate de l’Inrap Vincent Geneviève, l’ensemble dépasserait les 40 000 pièces. Simon Ritz, responsable scientifique de la fouille, souligne que l’intérêt de la découverte tient moins au nombre de monnaies qu’à la possibilité d’étudier ces dépôts dans leur environnement archéologique complet, avec le type d’habitation et l’emplacement précis de chaque cachette.

Des dépôts monétaires ont déjà été signalés à plus d’une trentaine de reprises dans la Meuse depuis le XVIIIe siècle. Une étude post-fouille de vingt-quatre mois doit désormais permettre d’analyser les liens entre les trois ensembles de Senon et d’éclairer leur fonction exacte.

Senon fut l’une des principales cités des Médiomatriques, peuple gaulois dont le chef-lieu était Metz, déjà présent lors des guerres des Gaules, entre 57 et 50 avant notre ère. L’ancienneté des pièces retrouvées laisse penser que la fondation de la ville est antérieure à la conquête romaine elle-même. Le site a connu deux incendies destructeurs, avant d’être reconstruit au début du IVe siècle.

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