La Bièvre a longtemps marqué la géographie de Paris et de sa région. On l’oublie souvent aujourd’hui, alors que son histoire est longue. Sa source se trouve entre Bouviers et Guyancourt, dans les Yvelines. Elle parcourt 35 kilomètres avant de rejoindre la Seine à Paris. Aujourd’hui enterré sur presque tout son tracé parisien, ce cours d’eau attire de nouveau l’attention : plusieurs projets envisagent de le faire réapparaître, à la fois comme milieu naturel et comme élément du patrimoine.
Un passé médiéval et industriel
Dès le XIe siècle, la Bièvre fait tourner de nombreux moulins à eau. On en a recensé jusqu’à 120. Parmi les aménagements médiévaux figure une « Bièvre vive », bras usinier parallèle creusé trois mètres au-dessus du lit naturel. Son eau, réputée sans calcaire, convenait au travail des teintureries, des mégisseries et des tanneries. Elle a aussi servi la manufacture des Gobelins, connue dès le XVe siècle.
Les entreprises installées dans le 13e arrondissement profitaient d’un avantage fiscal, ce qui attirait l’industrie. Grâce à son emplacement et à la qualité de son eau, ses berges ont accueilli ce que l’on tient pour la première zone industrielle de Paris.
Déclin et enfouissement
Ce rôle économique a eu un revers. La Bièvre est vite devenue un égout à ciel ouvert, chargé de détritus, d’excréments et des produits toxiques rejetés par les usines. Les odeurs et les risques sanitaires ont augmenté, auxquels s’ajoutaient des inondations.
Dès 1860, Haussmann et l’ingénieur Belgrand ont conclu qu’il fallait canaliser entièrement la rivière, rapporte Sciencepost. Les premiers travaux remontent à 1828, mais la Bièvre n’a disparu des rues de Paris qu’en 1912.
Un projet de renaissance urbaine
En 2001, une étude de l’APUR envisage de rouvrir un tronçon de la Bièvre à Paris. Elle propose de faire de nouveau couler 2 300 mètres à ciel ouvert sur trois secteurs : le parc Kellermann, le square René-Le-Gall et les abords du Muséum national d’Histoire naturelle. Elle s’appuie sur l’amélioration récente de la qualité de l’eau, qui rend ce projet réaliste. Comme le rappellent les conseillers EELV de Paris, la pollution passée « ne justifie plus que l’eau de la rivière coule dans les égouts ».
En banlieue, des réouvertures ont déjà eu lieu. En 2002, le parc des Prés de la Bièvre a remis un tronçon à l’air libre, où l’on retrouve aujourd’hui des libellules et des grenouilles. Arcueil et Gentilly ont elles aussi remis la rivière dans son lit naturel. Ces chantiers ont coûté 10 millions d’euros au total et réuni le Département du Val-de-Marne, la Métropole du Grand Paris, l’Agence de l’Eau Seine-Normandie et la Région Île-de-France. Ils montrent l’intérêt des initiatives environnementales pour la ville.
Les enjeux aujourd’hui et l’espoir d’un futur plus vert
Faire revenir la Bièvre à Paris oblige à composer avec les contraintes de la ville. Mais chaque projet de transformation urbaine est l’occasion d’adopter un urbanisme durable.
La rivière pourrait aider à s’adapter au changement climatique, à réduire les îlots de chaleur et à développer la biodiversité en ville. Elle faciliterait aussi la réappropriation du fleuve par les habitants. En la réintégrant dans la ville, on transformerait un ancien problème sanitaire en atout pour l’environnement. Habitants et collectivités ont là l’occasion de repenser la place de la Bièvre à l’heure du réchauffement.



