Le courant-jet, cette rivière d’air qui souffle à plus de 200 km/h à une dizaine de kilomètres d’altitude, montre des signes de ralentissement pendant l’été. Longtemps soupçonné par les climatologues, ce phénomène est désormais confirmé par les données rapportées par Sciencepost. Conséquence directe : les canicules, les sécheresses extrêmes et les inondations durent plus longtemps qu’auparavant.
Le jet-stream polaire circule entre 8 et 12 kilomètres d’altitude dans l’hémisphère nord. Il naît de la rencontre entre l’air polaire, froid et dense, et l’air tropical, chaud et léger, et sépare ces deux masses d’air. Plus l’écart de température entre elles est marqué, plus il file droit et vite, comme un train lancé à pleine vitesse sur des rails bien tendus.
Ce courant influence directement la formation, la trajectoire et l’intensité des dépressions : un jet-stream puissant intensifie les vents d’une tempête, tandis qu’un jet-stream affaibli forme des boucles qui piègent les intempéries sur place.
Des ondulations de plus en plus marquées
L’Arctique se réchauffe aujourd’hui bien plus vite que le reste de la planète. Cet écart réduit la différence de température entre le pôle et l’équateur, ce qui affaiblit le courant. Au lieu de filer tout droit, il se met à onduler, formant de larges méandres, un peu comme un fleuve paresseux qui serpente dans une plaine. Depuis plusieurs décennies, ces ondulations, autrefois discrètes, sont de plus en plus amples.
Quand elles deviennent trop importantes, elles finissent par se figer sur place. Un système météo qui traversait autrefois le pays en quelques jours peut désormais stagner une, deux, voire trois semaines. Le jet-stream affaibli laisse s’installer d’immenses dômes de haute pression qui emprisonnent l’air au-dessus d’une région, comme un embouteillage géant dans le ciel. Une fois en place, ces structures résistent : il n’y a plus assez d’énergie dans les courants d’altitude pour les déloger.
En France, un dôme de chaleur qui refuse de bouger provoque des canicules prolongées, avec des températures qui ne redescendent plus, même la nuit. Le sol se dessèche, la végétation grille, les nappes phréatiques peinent à se recharger. À l’inverse, un blocage peut coincer une zone de basses pressions au-dessus d’une même région, avec des pluies interminables et des inondations lorsque le sol ne parvient plus à absorber l’eau. Ce n’est plus l’intensité d’un événement isolé qui pose problème, mais sa durée.
Des boucles à l’origine des extrêmes de 2025
L’été 2025 aux États-Unis illustre ce mécanisme. Le courant-jet a formé une grande boucle vers le sud du pays, dirigeant des systèmes orageux très violents vers les latitudes moyennes. Coincés dans cette boucle, les orages ont provoqué des pluies diluviennes stationnaires, avec des niveaux d’humidité qualifiés « d’extraordinaires » par les services météo américains.
Le réchauffement climatique accentue l’évaporation des eaux du golfe du Mexique, et cette humidité s’est trouvée piégée dans les méandres du jet-stream, alimentant les orages.
La même configuration a paradoxalement épargné les côtes américaines et les Caraïbes lors de la saison cyclonique 2025 dans l’Atlantique nord : l’ondulation vers le sud a favorisé des vents d’ouest qui ont détourné les ouragans vers l’océan.
En France, décembre 2025 a connu une douceur extraordinaire directement liée à ce phénomène. Une gigantesque boucle vers le nord s’est reformée en continu pendant les trois premières semaines du mois, laissant remonter un air très doux. Puis le pays est passé sous l’emprise d’un air polaire de manière brutale, une autre boucle, cette fois vers le sud, ayant permis à l’air glacial de l’Arctique de s’engouffrer sur le territoire.
Le double jet-stream, marqueur des canicules françaises
Un autre phénomène gagne en fréquence sur le territoire : le double jet-stream, qui correspond à la bifurcation du courant en deux branches distinctes, l’une vers le nord, l’autre vers le sud. Cette configuration facilite la remontée d’air chaud tropical vers l’Europe et engendre des épisodes caniculaires. Le consensus scientifique établit un lien entre le réchauffement global et l’affaiblissement du jet-stream, ce qui rend cette division plus probable.
Une étude publiée dans la revue Nature montre que l’Europe connaît une hausse des extrêmes de chaleur trois à quatre fois plus rapide que le reste des moyennes latitudes de l’hémisphère nord, sur une période de 42 ans. Cette accélération serait liée à des changements dynamiques atmosphériques, notamment une fréquence et une persistance croissantes des états de double jet-stream au-dessus de l’Eurasie.
La persistance de ce phénomène expliquerait presque entièrement l’accélération des canicules en Europe de l’Ouest, et environ 30 % de celle observée sur la région européenne élargie, impactant le climat européen.
Ce que dit une étude de 2023 sur les glaces arctiques
Une étude publiée dans Nature Communications en juin 2023 a établi une corrélation entre la disparition des glaces de l’Arctique et les oscillations du jet-stream, sur la période 1979-2022. La couverture de neige et de glace des pôles influence prouvément le comportement de l’atmosphère.
Si la fonte se poursuit, le jet-stream va encore plus dérailler, avec des ondulations toujours plus grandes, en particulier l’hiver, et des blocages météo plus intenses et plus longs. Ces ondulations provoqueront aussi des basculements soudains, un temps hivernal virant au printanier voire à l’estival en quelques jours, et inversement.
Le comportement du jet-stream va largement déterminer la suite de l’année 2026. L’année 2025 a été marquée par des ondulations très importantes, tout comme le début de 2026.




