Après la canicule de juin, plus de la moitié des nappes phréatiques françaises passent sous les normales : les hydrologues n’avaient pas vu ça depuis 2022

93 % des nappes phréatiques en baisse, 37 départements déjà en crise sécheresse. Après la canicule de juin, la France retient son souffle : l’été s’annonce tendu pour l’eau potable et l’agriculture.

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Après la canicule de juin, plus de la moitié des nappes phréatiques françaises passent sous les normales : les hydrologues n'avaient pas vu ça depuis 2022
Après la canicule de juin, plus de la moitié des nappes phréatiques françaises passent sous les normales : les hydrologues n’avaient pas vu ça depuis 2022 © RSE Magazine

Il y a encore quelques semaines, le tableau paraissait rassurant. Le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), dans son bulletin publié mardi 7 juillet 2026 et portant sur la situation au 1er juillet, dresse aujourd’hui un constat très différent : plus de la moitié des nappes phréatiques métropolitaines affichent des niveaux inférieurs aux normales de saison.

Une dégradation qui s’est accélérée en juin

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Au 1er juillet 2026, 93 % des réserves d’eau souterraine françaises sont en baisse, contre 77 % un mois plus tôt. Seuls 46 % des points d’observation affichent un niveau au-dessus ou comparable aux normales mensuelles, contre 54 % en dessous.

Le détail est plus parlant encore : 22 % des points sont au-dessus de la normale, 24 % comparables, 54 % en dessous. Fin mai, la répartition était bien différente, preuve que le mois de juin a nettement accentué la dégradation.

Il y a un an, au 1er juillet 2025, 58 % des points affichaient un niveau au-dessus ou autour des normales. L’écart avec la situation actuelle est net.

Le BRGM parle d’une « baisse généralisée », qu’il attribue à un déficit de pluies efficaces depuis mai sur tout le territoire, aggravé par une sécheresse plus marquée et des températures élevées en juin. L’organisme pointe aussi l’augmentation des prélèvements liés aux différents usages, notamment agricoles.

Source : capture écran VigieEau

37 départements déjà en crise sécheresse

Les données VigieEau, arrêtées au 7 juillet, montrent l’ampleur des restrictions déjà décidées. 37 départements sont, au moins pour partie, placés en niveau de crise, avec des restrictions importantes pour l’eau potable. 21 autres sont en alerte renforcée, et 20 en simple alerte.

La situation est particulièrement préoccupante dans le Limousin et le Massif central. Le socle limousin figure d’ailleurs parmi les nappes déjà « basses », aux côtés d’une partie des nappes du Grand-Est. Le BRGM prévient : si la sécheresse persiste, la situation des nappes du socle limousin deviendra « préoccupante », une formulation qui traduit la sensibilité particulière de cette nappe réactive à un épisode sec prolongé et intense.

D’autres secteurs résistent mieux. Les niveaux restent hauts sur les formations de la Vistrenque, de l’Astien à Agde, sur les nappes alluviales de la plaine du Roussillon, du Rhône inférieur et de la Garonne amont, ainsi que sur les calcaires de Touraine, de Beauce et de l’Armagnac. Une carte contrastée, donc, entre régions déjà en tension et zones encore préservées.

Le mois écoulé n’est pas anodin. Juin 2026 a été le mois de juin le plus chaud jamais enregistré en France, une canicule d’intensité exceptionnelle ayant frappé durant la deuxième quinzaine du mois. Cet épisode a accru la sécheresse des sols, favorisé l’évaporation et augmenté les prélèvements pour l’irrigation agricole.

Les pluies, quand elles sont tombées, ont souvent pris la forme d’orages violents qui s’infiltrent peu dans les sols. Les températures élevées ont par ailleurs favorisé l’évapotranspiration et accru les besoins en eau des plantes. Localement, tourisme et irrigation ont pu accélérer encore la baisse des niveaux.

La bonne recharge hivernale avait jusqu’ici permis de maintenir le niveau de certaines nappes. Ce mécanisme, selon le BRGM, pourrait ne plus suffire à compenser le déficit actuel. L’organisme qualifie la situation d’ensemble de « contrastée » : une bonne recharge dans les trois quarts sud-ouest du pays a été suivie d’un printemps très sec.

La comparaison avec les années précédentes situe l’ampleur du phénomène. Début juillet 2026 est plus dégradé qu’à la même période en 2025, surtout dans le Nord, le Nord-Ouest et le Limousin. Le BRGM juge toutefois la situation « nettement moins préoccupante qu’en 2022 sauf pour le Massif central », année qualifiée d’historiquement catastrophique en matière de sécheresse.

Pour mémoire, 2022 et 2023 avaient connu des niveaux bas liés à une recharge déficitaire et un printemps sec, tandis qu’au 1er juillet 2024, les niveaux étaient exceptionnellement hauts grâce à une recharge excédentaire et des pluies de printemps abondantes. 2026 se situe donc dans un entre-deux : sensiblement plus favorable qu’en 2023, mais moins bon qu’en 2025.

Pour le reste de l’été, les prévisions restent « incertaines », selon le BRGM. L’organisme souligne des incertitudes sur la répartition et l’efficacité des pluies estivales, qui permettraient de réhumidifier les sols et de limiter les prélèvements pour les différents usages, notamment agricoles. Pour certaines nappes, le niveau sera « nécessairement inférieur à ceux observés en 2025 », en raison d’une recharge 2025-2026 plus modérée. D’autres, encore excédentaires, conservent des perspectives plus favorables.

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