Un phénomène climatique hors norme se prépare dans l’océan Pacifique. Selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), des conditions El Niño sont déjà apparues dans le Pacifique tropical et vont se renforcer rapidement dans les prochains mois. L’organisation table sur une « forte intensité », soit le niveau 3 sur une échelle qui en compte 4, entre juillet et septembre. De quoi augmenter la probabilité de vagues de chaleur, de sécheresses, de fortes pluies et d’autres phénomènes météorologiques extrêmes dans de nombreuses régions du monde. Vendredi, l’ONU avait déjà alerté sur ce renforcement rapide.
En France, les canicules se multiplient depuis fin mai. Un contexte qui, s’il n’est pas directement causé par El Niño, s’ajoute à un tableau climatique déjà tendu.
Un phénomène « jamais vu » selon les scientifiques
El Niño est une variation naturelle du climat qui réchauffe les températures de surface dans le centre et l’est du Pacifique équatorial, bouleversant à l’échelle mondiale les vents, la pression atmosphérique et les régimes pluviométriques. Le phénomène revient généralement tous les deux à sept ans et dure entre neuf et douze mois, avec une influence maximale sur les températures mondiales l’année suivant son apparition, soit 2027 pour l’épisode actuel.
Ce qui change cette fois, c’est l’ampleur annoncée. Lors d’une conférence de presse tenue mardi 7 juillet, Tim Stockdale, expert d’El Niño au Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (CEPMMT) fort de plus de trois décennies d’études du phénomène, a été catégorique : « Je pense qu’il est tout à fait juste de dire que nous n’avons jamais eu de prévision d’un El Niño aussi puissant. », rapporte RTL. Il s’attend à ce que le phénomène « batte des records », précisant que tous les modèles de prévisions climatiques convergent en ce sens, tout en rappelant que « rien n’est garanti ».
Début juin déjà, Météo-France évoquait la possibilité d’un « super El Niño ». Le CNRS confirme la tendance : ses prévisions pour juin 2026 donnent deux tiers de chance qu’El Niño soit intense et un tiers de chance qu’il soit modéré à fort. Pour le météorologue et océanographe Yann Amice, cité par actu.fr, la question ne se pose même plus en ces termes : « La question n’est plus de savoir si l’épisode sera fort, c’est acquis. La question est désormais de savoir jusqu’où il ira dans la catégorie « très fort » sans précédent climatologique et combien de temps il s’y maintiendra. »
Des océans déjà à leur plus haut niveau
Ce futur El Niño ne se forme pas sur une base neutre. En ce début juillet 2026, les températures de surface des mers et des océans mondiaux atteignent les niveaux les plus élevés jamais enregistrés. L’épisode se développe ainsi sur un niveau thermique de fond qualifié de « sans précédent dans l’ère moderne », ce qui devrait amplifier ses expressions potentielles. Les bases de 2026 s’annoncent déjà « historiques ».
Des effets contrastés selon les régions du globe
Les conséquences varieront fortement d’un continent à l’autre, d’après le CNRS. « En Indonésie et dans le nord de l’Australie, il pleuvra beaucoup moins et ces pays souffriront de sécheresses importantes », prévient l’organisme. À l’inverse, sur les côtes du Chili et du Pérou, « les pluies augmenteront avant de se propager aux autres régions des Tropiques et jusqu’en Californie ». En Polynésie française, les ouragans et les pluies devraient augmenter, tandis que le nombre de cyclones diminuera dans les Antilles. L’Afrique de l’Est subira des inondations, et l’agriculture en Afrique centrale en subira les effets.
Le CNRS reconnaît toutefois une incertitude scientifique de taille : impossible pour l’heure de savoir si le réchauffement climatique influe sur El Niño lui-même, sur sa fréquence ou sur son intensité. Certains événements extrêmes liés au phénomène, comme les inondations, seraient en revanche accentués par le dérèglement climatique.
L’Europe pas épargnée, la France sous surveillance
El Niño concernera aussi l’Europe dans les prochains mois, durant l’hiver et jusqu’en 2027. Un contraste nord-sud est attendu : davantage de précipitations au sud du continent, moins au nord. Les prévisions restent toutefois moins fiables pour l’Europe que pour de nombreuses autres régions du monde.
Une étude publiée dans la revue Nature en 2023 apporte un éclairage utile : les phénomènes météorologiques extrêmes à travers le monde sont liés entre eux par des « téléconnexions », s’influençant mutuellement même à distance géographique importante. Un événement climatique survenu à l’autre bout de la planète peut donc se répercuter en Europe. Impossible, selon cette lecture, d’échapper aux effets d’El Niño sur le continent.
Blé australien, farines de poisson : des marchés déjà organisés
Les répercussions ne se limitent pas à la météo. Le CNRS rappelle que si l’Australie produit moins de blé, cela aura une incidence directe sur les cours mondiaux. La pêche au Pérou et au Chili, elle, est directement impactée par le phénomène, alors qu’elle représente la moitié de la production mondiale des farines issues de poissons. Grâce aux prévisions disponibles, les marchés sont toutefois parvenus à s’organiser face au phénomène : « El Niño est désormais intégré à notre économie mondialisée », résume le CNRS.
Combiné au réchauffement d’origine humaine, le dernier épisode El Niño avait déjà contribué à faire de 2023 la deuxième année la plus chaude jamais enregistrée, puis de 2024 l’année la plus chaude de tous les temps. Selon Météo-France, la superposition d’un « super El Niño » au réchauffement de long terme pourrait contribuer à atteindre à l’échelle planétaire en 2026-2027 une valeur de température moyenne proche ou supérieure au record de 2024.






