Le concept de « Terre étuve » (ou « Hothouse Earth ») alimente les débats chez les scientifiques et les décideurs. Dévoilé pour la première fois en août 2018 dans la revue PNAS, ce scénario décrit un avenir où des processus climatiques se renforcent mutuellement et finissent par échapper à notre contrôle, avec des catastrophes qui se succèdent de manière quasi autonome. Une nouvelle étude dirigée par William J. Ripple de l’Oregon State University, publiée en février 2026 dans la revue One Earth, actualise ces connaissances et repère de nouveaux seuils critiques préoccupants.
Le scénario « Terre étuve », en bref
Au cœur du scénario se trouvent les rétroactions positives du système climatique : des boucles qui s’amplifient elles‑mêmes et peuvent accélérer le changement climatique. Par exemple, le dégel du pergélisol arctique libère du méthane et du dioxyde de carbone, qui chauffent davantage l’atmosphère et favorisent encore plus de dégel. Les seize seuils critiques identifiés comprennent :
- la disparition des calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique,
- le dépérissement de la forêt amazonienne,
- le blanchissement des coraux,
- et la perturbation de l’AMOC (Atlantic Meridional Overturning Circulation).
La nouvelle étude met en lumière des points de bascule possibles, comme la perturbation des grandes circulations océaniques et le dépérissement de l’Amazonie. Depuis les années 1950, l’AMOC s’est nettement affaiblie. Cette circulation océanique joue un rôle majeur pour réguler les précipitations et les températures dans l’hémisphère Nord. Parallèlement, la déforestation et les sécheresses répétées fragilisent l’Amazonie, qui risque de passer d’un puits de carbone à une source nette d’émissions, ce qui aggrave la situation climatique, soulignant l’importance des forêts tropicales.
Réduire les émissions de gaz à effet de serre doit rester une priorité. Mais cette mesure seule pourrait ne pas suffire à stopper la dynamique engagée. Comme le rappelle William J. Ripple : « Les choix que nous ferons dans les prochaines années détermineront largement l’ampleur du réchauffement à venir ». Cela montre à quel point notre engagement collectif sera déterminant pour atténuer ces effets.
Ce que disent les projections et ce qu’on met en place
Les données paléo‑climatiques montrent que les températures actuelles sont les plus élevées des 125 000 dernières années, avec des concentrations de dioxyde de carbone sans précédent depuis au moins 2 000 000 d’années. Cette tendance, combinée à une hausse mesurée récemment de 0,31 °C par décennie, dépasse régulièrement les objectifs de l’Accord de Paris et risque d’installer durablement des températures mondiales élevées.
Des initiatives internationales comme l’Alliance of World Scientists cherchent à alerter décideurs et grand public sur ces risques systémiques. Il n’est peut‑être pas encore trop tard pour infléchir la trajectoire, mais une prise de conscience immédiate et des actions rapides restent urgentes pour éviter la réalisation complète du scénario de la « Terre étuve ».








