Dans la nuit du 30 au 31 août 2026, une attaque de loups a frappé un troupeau installé sur les hauteurs de la commune de Bouvante, dans le massif du Vercors (Drôme). Le bilan est lourd : 64 brebis ont été retrouvées mortes et une vingtaine d’autres reste introuvable.
Le troupeau, qui comptait au total 580 bêtes en alpage, appartient à l’éleveur Sébastien Robert. Celui-ci avait d’abord évoqué ce bilan auprès de la radio Ici et du Dauphiné Libéré, avant de le confirmer à l’AFP. Le maire d’Oriol-en-Royans, Jean-Jacques Dallon, commune où réside l’éleveur, a qualifié l’épisode de « chiffre jamais vu a priori pour une attaque en plein air ».
Le loup confirmé, la piste des jeunes loups incertaine
Élément qui a nourri les commentaires locaux : les brebis n’ont pas été mangées. Jean-Jacques Dallon a avancé l’hypothèse de mâles « apprenant aux jeunes à chasser, ce qui explique le caractère très meurtrier » de l’attaque.
Sollicitée par l’AFP, la direction de l’Office français de la biodiversité tempère cette lecture, indiquant qu’il s’agit bien d’une attaque de loup selon le constat, mais que rien ne permet de dire que des jeunes loups étaient présents.
Des mesures de protection déjà en place
Le mardi 8 septembre 2026 au soir, la préfecture de la Drôme a réagi par communiqué. Elle rappelle que l’exploitation avait mis en place des mesures de protection contre la prédation, avec la présence de chiens de protection et l’installation de filets électriques. L’éleveur bénéficiait par ailleurs, depuis la mi-août 2026, de la possibilité d’effectuer des tirs de défense.
La préfecture a souligné la gravité de cette attaque et affirmé qu’une indemnisation rapide des pertes subies était mise en œuvre. Le matin même, le maire s’était rendu auprès de l’éleveur, accompagné d’autres élus locaux et du représentant des Jeunes agriculteurs.
Sébastien Robert et les élus locaux réclament, une nouvelle fois, une régulation plus importante du loup. Pour Jean-Jacques Dallon, la fréquence des attaques dans le secteur ne laisse plus de doute : « Nous disons depuis une décennie qu’il faut réguler le loup beaucoup plus que ça. Ce n’est plus possible, là… Tous les trois jours, nous avons des attaques dans le Vercors et les Baronnies ! »
En France, l’abattage de loups reste encadré par la loi. Il est interdit en milieu naturel, sauf aux fins de défense des troupeaux. Une procédure spécifique existe par ailleurs pour les tirs de prélèvement, réalisés indépendamment d’une attaque en cours ; un quota de loups pouvant être abattus est fixé chaque année.
La population de loups est estimée à un peu plus d’un millier d’individus, sur des territoires passés de moins de 10 départements à plus de 60 en 10 ans.
Un communiqué envoyé le 9 septembre 2026 par l’Association pour la protection des animaux sauvages (ASPAS) et la Frapna Drôme Nature Environnement vient brouiller ce récit. Les deux associations interpellent les services de l’État pour demander que toute la lumière soit faite sur cette attaque.
Selon elles, aucune des centaines d’attaques typées loup recensées dans la Drôme depuis plus de 10 ans ne ressemble à celle-ci. Les brebis ont été dispersées dans tous les sens, sur plusieurs kilomètres selon plusieurs sources de terrain, et la plupart de celles qui ont été retrouvées ont dû être euthanasiées. L’extrême dispersion des bêtes et le grand nombre d’animaux blessés non consommés ne trouvent, disent-elles, aucun équivalent dans leur expérience.
Les deux associations avancent une hypothèse alternative : celle d’un groupe de chiens. À cette période de l’année, expliquent-elles, les louveteaux sont généralement trop jeunes pour suivre la meute à la chasse, cette capacité s’acquérant plutôt fin septembre voire en octobre. Le scénario de jeunes loups en apprentissage leur paraît donc peu plausible.
Elles pointent aussi la présence, dans le secteur, de nombreux chenils de chiens de traîneau de type husky, des canidés génétiquement proches du loup, puissants et dotés d’une forte capacité prédatrice. « Cette hypothèse est plausible et n’a rien d’extravagant », estiment l’ASPAS et la Frapna, qui s’interrogent sur une possible évasion de ces chiens.
Un simple examen des morsures, selon elles, ne permettrait pas de distinguer une attaque de loup de celle d’un husky ou d’un malamute : seules des analyses génétiques salivaires réalisées sur les poils bordant la morsure permettraient de trancher.
Les associations précisent qu’il est tout à fait exceptionnel qu’elles remettent en cause une prédation typée loup. Elles demandent à la préfecture de communiquer, en toute transparence, tous les éléments de l’enquête ayant permis d’écarter la piste des chiens, et posent une question simple : des analyses génétiques ont-elles seulement été réalisées sur les prélèvements ?

