L’intensité du travail recule en France pour la première fois

Après des décennies de hausse, l’intensité du travail diminue. Plus de 25 300 questionnaires ont été collectés entre juillet 2024 et avril 2025, révélant une baisse de 5 points des salariés soumis à au moins trois contraintes de rythme

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L’intensité du travail recule en France pour la première fois © RSE Magazine

Pour la première fois depuis les années 1980, l’intensité du travail recule en France selon l’étude de la Dares publiée en septembre 2026. Néanmoins, les contraintes physiques restent élevées, les employés peu qualifiés voient leur situation se dégrader et 41 % des salariés ne se sentent pas capables de tenir jusqu’à la retraite, soit 3 points de plus qu’en 2016.

Un recul inédit de l’intensité du travail, mais des inégalités qui se creusent

L’enquête 2024-2025 sur les Conditions de travail et risques psychosociaux, réalisée par la Dares, marque une première en France. Après des décennies de hausse, l’intensité du travail diminue. Plus de 25 300 questionnaires ont été collectés entre juillet 2024 et avril 2025, révélant une baisse de 5 points des salariés soumis à au moins trois contraintes de rythme, passant de 43 % en 2016 à 38 % en 2024.

Cependant, la Dares souligne que cette inflexion est modeste comparée à l’augmentation des dernières décennies. Les indicateurs restent élevés et varient selon les catégories socioprofessionnelles. Le recul s’observe dans toutes les catégories, sauf chez les employés peu qualifiés, où les contraintes de rythme sont stables ou augmentent. Cette réalité s’ajoute à la précarité croissante de nombreux travailleurs en France, pour qui le travail seul ne garantit plus un niveau de vie acceptable.

Le télétravail profite surtout aux cadres

La pression temporelle diminue, notamment chez les cadres, qui restent cependant les plus touchés. En 2024, 39 % d’entre eux travaillent souvent sous pression, contre 43 % en 2016. Globalement, le nombre de salariés pressés recule de 4 points, avec une amélioration notable chez les cadres (41 %, soit une baisse de 8 points). En revanche, pour les employés peu qualifiés, la situation empire : 44 % se dépêchent, soit 3 points de plus qu’en 2016.

Le télétravail est identifié comme un facteur d’amélioration pour les cadres. En 2024, 44 % des cadres télétravaillent régulièrement, et 20 % occasionnellement. Ceux qui télétravaillent plus fréquemment voient leurs conditions de travail s’améliorer sensiblement. À l’opposé, les autres cadres subissent une légère dégradation de leur sécurité au travail (+0,3 point) et de l’intensité (+0,1 point).

Pénibilité physique : une stabilité en trompe-l’œil

La pénibilité physique reste inchangée, avec quatre salariés sur dix exposés à au moins trois contraintes physiques (comme rester debout longtemps ou porter des charges lourdes). Ce chiffre, stable depuis 2016, masque des disparités accrues : l’exposition augmente pour les professions intermédiaires (+2 points), les ouvriers (+1 point) et les employés qualifiés (+4 points). Les employés peu qualifiés subissent la plus forte hausse, avec 61 % exposés en 2024 contre 54 % en 2016. Seuls les cadres voient une légère baisse de leur exposition (-1 point).

Les hommes, souvent ouvriers, signalent plus de contraintes physiques que les femmes, bien que l’écart se réduise (de 10 à 8 points entre 2016 et 2024). Cette stabilité apparente résulte de l’augmentation des expositions pour certaines catégories et de la hausse de la part des cadres, peu exposés, qui passe de 18 % à 24 %.

Des comportements hostiles en hausse, surtout envers les femmes

Malgré des améliorations, les comportements hostiles augmentent : 31 % des salariés les subissent en 2024, soit une hausse de 2 points depuis 2016. Les employés peu qualifiés sont particulièrement touchés (+8 points). Les blagues blessantes (+3 points) et les propos obscènes (+2 points) sont en hausse. Les femmes, plus ciblées que les hommes, voient l’écart se creuser (de 3 points en 2016 à 5 en 2024).

Le niveau de satisfaction est en hausse, avec 82 % des salariés fiers de leur travail, soit 10 points de plus qu’en 2016. Toutefois, un quart des salariés jugent manquer de temps pour bien faire leur travail, et un tiers manquent de collègues. Les femmes ressentent plus ce manque de moyens : 36 % manquent de collègues contre 29 % des hommes, et 28 % manquent de temps, contre 20 % des hommes.

41 % des salariés ne se voient pas tenir jusqu’à la retraite

Malgré un bilan globalement positif, 41 % des salariés ne se sentent pas capables de travailler jusqu’à la retraite, contre 38 % en 2016. Cette hausse est de 6 points pour les employés peu qualifiés, les plus touchés. Ce sentiment, lié aux conditions de travail et à la santé, s’intensifie en 2024, un an après une réforme des retraites suspendue qui repoussait l’âge de départ et augmentait la durée de cotisation pour un taux plein. 

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