Pauvreté : le travail ne suffit plus pour 4 Français sur 10

La précarité s’installe durablement en France. Un quart de la population (26 %) se déclare en situation de fragilité économique, soit une progression de 6 points en un an.

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Pauvreté : le travail ne suffit plus pour 4 Français sur 10 © RSE Magazine

Le baromètre Ipsos du Secours populaire 2026 révèle une aggravation sans précédent de la pauvreté en France : 40 % des actifs estiment que leur travail ne couvre plus leurs dépenses, soit 10 points de plus en un an. La France décroche nettement par rapport à ses voisins européens, avec des privations touchant plus d’une personne sur deux.

Pauvreté : 40 % des actifs français ne gagnent plus de quoi couvrir leurs dépenses

Le baromètre Ipsos du Secours populaire, publié le 10 septembre 2026, dépeint une situation préoccupante de la pauvreté en France. Deux décennies après sa première édition, l’enquête montre une détérioration marquée des conditions de vie : 40 % des actifs affirment que leur revenu ne suffit plus à couvrir leurs dépenses, une augmentation de 10 points en un an, illustrant un choc économique et social majeur.

« C’est sans doute le chiffre le plus fort. Il illustre le constat quotidien que font les bénévoles : les personnes accueillies gèrent leur budget, font au mieux, mais gagnent à peine de quoi vivre dignement », souligne Houria Tareb, secrétaire nationale du Secours populaire en charge de la solidarité en France. La hausse des prix de l’énergie, combinée aux tensions géopolitiques du Proche-Orient à l’Afrique de l’Est, affecte lourdement le pouvoir d’achat des ménages.

La précarité s’installe durablement en France. Un quart de la population (26 %) se déclare en situation de fragilité économique, soit une progression de 6 points en un an. Plus inquiétant encore, 18 % des Français vivent à découvert (+ 3 points depuis 2025), pris entre des revenus insuffisants et des dépenses incompressibles.

La France décroche face à ses voisins européens

La pauvreté en France se distingue nettement de celle des autres pays d’Europe occidentale. « Plus d’une personne interrogée sur deux a connu récemment une situation de privation financière, un chiffre supérieur à celui des autres pays d’Europe de l’Ouest », analyse Pierre Latrille, directeur d’études chez Ipsos. L’écart avec l’Italie ou l’Allemagne atteint près de dix points.

Les chiffres sont parlants. Le renoncement aux loisirs familiaux touche 48 % des Allemands et 59 % des Italiens et Britanniques, mais atteint 73 % des Français. L’incapacité à répondre aux besoins essentiels des enfants concerne 11 % des Britanniques, 12 % des Allemands et 13 % des Italiens, contre 23 % des Français. Ces écarts considérables interrogent sur la capacité du modèle social français à protéger ses citoyens.

En Europe, près d’un habitant sur trois (29 %, en hausse de 1 point) estime qu’une dépense imprévue peut le faire basculer. Un tiers des Européens n’a pas de revenu suffisant pour couvrir toutes ses dépenses, une situation moins dégradée qu’en France mais néanmoins préoccupante.

L’alimentation, premier marqueur de la précarité

La pression sur les budgets entraîne des difficultés croissantes d’accès à une alimentation suffisante et de qualité. 37 % des Français ne peuvent pas s’offrir une alimentation saine leur permettant de faire trois repas par jour (+ 4 % en un an). Pour les ménages gagnant au maximum le SMIC, cette proportion atteint 58 %, mettant en péril leur bien-être et leur santé.

Même la quantité pose problème, un phénomène marginal il y a vingt ans : 29 % des Français ont déjà sauté un repas alors qu’ils avaient faim, dont 11 % dans les six mois précédant l’enquête. Les autres Européens sont en moyenne un peu moins exposés (respectivement 26 % et 10 %).

« Nous voyons sans cesse des gens qui, après le 20 du mois, n’ont pas de quoi mettre de l’essence dans leur voiture pour aller travailler et doivent dire « non » à leurs enfants, systématiquement, quand ils font des courses », ajoute Houria Tareb. Un constat qui résonne avec les actions quotidiennes du Secours populaire sur l’ensemble du territoire.

Énergie et logement : des postes budgétaires asphyxiants

La précarité énergétique est un marqueur saillant de la dégradation des conditions de vie. Plus d’un quart des Français (26 %) a dû renoncer à des dépenses essentielles au cours des douze derniers mois pour payer ses factures d’énergie. 28 % ont dû faire de même pour le carburant. La moitié de la population (53 %) a volontairement limité la température de son logement à moins de 18 degrés.

Le logement absorbe une part importante des revenus : 33 % des Français ont du mal à payer leur loyer, leur emprunt immobilier ou leurs charges (+ 5 points). Pour les ménages aux revenus inférieurs à 1 400 euros, les difficultés s’aggravent encore, avec des taux supérieurs de 17 à 20 points pour le transport et le logement. Les arbitrages deviennent impossibles pour les plus modestes, qui doivent choisir entre se chauffer, se déplacer ou se nourrir.

Près d’un Français sur deux ne peut payer les frais d’essence ou les abonnements aux transports en commun (46 %), une hausse de 12 points en un an. Les déplacements en voiture ou en transports collectifs ont dû être restreints pour près des deux tiers de la population (64 %, + 11 points).

Privations culturelles et sociales : l’impossible émancipation

Au-delà des privations matérielles, le baromètre souligne un autre aspect de la pauvreté : le renoncement aux loisirs, aux vacances, aux sorties familiales. Le manque de moyens limite les possibilités de s’émanciper et de vivre pleinement. 55 % des Français peinent à partir en vacances au moins une fois par an (+ 6 points en un an), 66 % ont dû renoncer aux sorties au cinéma ou au restaurant (+ 6 points), 73 % ont fait une croix sur les sorties en famille (contre 64 % il y a un an).

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