La Poste : les postiers empêchés de travailler par les incendies dénoncent une « double peine »

Publié le
Lecture : 5 min
La Poste : les postiers empêchés de travailler par les incendies dénoncent une « double peine »
La Poste : les postiers empêchés de travailler par les incendies dénoncent une « double peine » © RSE Magazine

En Gironde, les incendies de forêt ne se limitent plus aux destructions matérielles. À La Poste, les salariés dont le bureau a fermé ou qui ont dû évacuer leur domicile découvrent qu’ils devront, selon leur situation, récupérer leurs heures ou poser des congés. Une décision vivement contestée par les organisations syndicales.

La Poste face aux incendies : des salariés et des postiers pris entre sécurité et récupération des heures

Les conséquences des incendies qui frappent la Gironde depuis fin juillet 2026 continuent de se répercuter sur le monde du travail. Parmi les entreprises les plus touchées figure La Poste, dont plusieurs sites ont dû fermer, tandis que la plateforme industrielle courrier (PIC) de Cestas, essentielle au tri du courrier de dix départements du Sud-Ouest, a cessé son activité pendant plusieurs jours. Au-delà des perturbations logistiques, c’est désormais la gestion des absences des salariés qui provoque une vive polémique.

Les postiers qui n’ont pas pu travailler en raison des évacuations, des restrictions de circulation ou de la fermeture de leur établissement devront soit récupérer leurs heures, soit poser des jours de congé. Une décision qui suscite l’incompréhension de nombreux agents, estimant subir une sanction alors qu’ils ont eux-mêmes été victimes de la catastrophe.

Les incendies ont profondément désorganisé l’activité du groupe postal en Gironde. Environ 20 bureaux de poste ont été fermés au plus fort de la crise, tandis que la PIC de Cestas, véritable plaque tournante du courrier régional, a interrompu son activité. Cette fermeture a entraîné l’immobilisation de 700.000 plis.

Pour maintenir autant que possible la continuité du service, La Poste a réorganisé ses flux logistiques. Les courriers destinés au Sud-Ouest ont été redirigés vers d’autres plateformes industrielles, notamment Toulouse, Tours et Sorigny, tandis que plusieurs tournées ont été suspendues ou adaptées en fonction des décisions prises par les autorités préfectorales. L’entreprise précise que ces mesures avaient pour objectif prioritaire d’assurer la sécurité des salariés tout en limitant les conséquences sur la distribution du courrier et des colis.

Les difficultés n’ont toutefois pas concerné uniquement les sites fermés. De nombreux postiers ont dû quitter leur domicile après les ordres d’évacuation ou en raison des fumées particulièrement denses qui recouvraient certaines communes. Plusieurs routes étant restées coupées pendant plusieurs jours, certains agents n’étaient tout simplement plus en mesure de rejoindre leur lieu de travail.

C’est précisément cette situation qui alimente aujourd’hui la contestation. Pour les établissements temporairement fermés, La Poste applique le dispositif des « heures perdues », permettant de récupérer progressivement le temps non travaillé, à raison d’une heure par jour au maximum. Pour les salariés évacués de leur domicile et empêchés d’exercer leur activité, l’entreprise demande en revanche de mobiliser des jours de congé lorsque aucune autre solution d’organisation n’est possible.

Selon la direction, chaque dossier est étudié individuellement. Le groupe assure maintenir la rémunération des salariés lorsque les mesures d’évacuation ou les restrictions de circulation rendent effectivement impossible la poursuite de l’activité. Il souligne également avoir adapté les conditions de travail des agents exposés aux fumées, notamment par la limitation des déplacements extérieurs et la mise à disposition de masques FFP2 pour les salariés les plus vulnérables, sur recommandation de la médecine du travail.

La Poste sous la pression des syndicats après les incendies

Ces explications ne convainquent pas les organisations syndicales. La CGT FAPT, Sud PTT et FO Com estiment que les postiers subissent une « double peine » : confrontés à une catastrophe naturelle indépendante de leur volonté, ils devraient ensuite supporter les conséquences administratives de leur absence.

Johnny Perré, secrétaire départemental de la CGT FAPT en Gironde, dénonce un mécanisme assimilable à des heures supplémentaires non rémunérées lorsque les agents doivent récupérer les heures perdues. Interrogé par BFM Business, il résume le sentiment d’une partie des salariés : « Ce qu’on demande c’est un peu d’empathie, un peu de compassion pour nos collègues en difficulté ». Les syndicats estiment que l’absence des salariés ne peut être assimilée à un choix personnel.

Les syndicats réclament des mesures exceptionnelles pour les salariés de La Poste

Au-delà de la critique de la récupération des heures et des congés imposés, les trois principales organisations syndicales avancent des propositions convergentes. La CGT FAPT demande ainsi la neutralisation des absences directement liées aux incendies, afin que les postiers ne subissent aucune perte de droits. Le syndicat réclame également le maintien intégral de la rémunération, la neutralisation des congés et des autorisations spéciales d’absence, ainsi qu’un accompagnement spécifique des agents dont le logement a été touché. Il souhaite aussi que les filiales financières du groupe, La Banque Postale et CNP Assurances, mettent en place des dispositifs exceptionnels pour les salariés sinistrés, comme des reports d’échéances ou des prêts à conditions préférentielles.

Sud PTT défend une ligne comparable. Pour l’organisation, le recours au dispositif des heures perdues est inadapté à une catastrophe naturelle de cette ampleur. Le syndicat considère que les salariés empêchés de travailler en raison des décisions des autorités ne doivent pas avoir à « rembourser » ces journées. Il demande également un renforcement du protocole sinistre afin d’assurer un accompagnement homogène sur l’ensemble du territoire concerné.

FO Com adopte un ton plus institutionnel mais formule des revendications tout aussi précises. Le syndicat demande le déclenchement immédiat du protocole sinistre, refuse explicitement le recours au dispositif des heures perdues et estime qu’aucun congé annuel ne devrait être imposé aux agents au-delà de ceux déjà programmés. Il propose également d’étudier un mécanisme exceptionnel inspiré de ceux mobilisés pendant la crise sanitaire, tout en réclamant l’ouverture de négociations destinées à élaborer une procédure pérenne pour les futurs événements climatiques. FO Com insiste enfin sur la nécessité de faire de la santé et de la sécurité des agents la priorité absolue, notamment face à l’exposition aux fumées toxiques.

Le débat dépasse les incendies et interroge la gestion des crises climatiques chez La Poste

Cette controverse intervient alors que les incendies de Gironde ont déjà profondément désorganisé le fonctionnement du groupe. Selon les données communiquées par La Poste, environ 550 facteurs ont été directement concernés par les conséquences des évacuations. La fermeture de la plateforme industrielle de Cestas, qui traite habituellement le courrier de dix départements, ainsi que celle de onze établissements de distribution et d’une agence Chronopost, illustre l’ampleur des perturbations opérationnelles.

Le différend porte également sur le statut particulier de La Poste. Les syndicats rappellent que de nombreuses entreprises privées implantées dans les zones évacuées ont pu recourir au dispositif d’activité partielle, financé en partie par l’État. Ils estiment que les postiers devraient bénéficier d’un mécanisme équivalent sous la forme d’autorisations spéciales d’absence (ASA), afin que les conséquences d’une catastrophe naturelle ne reposent pas exclusivement sur les salariés. C’est l’un des principaux points de désaccord avec la direction.

Le climat social s’est encore tendu lorsque la CGT FAPT a déposé un préavis de grève et signalé un danger grave et imminent au comité social et économique concernant l’exposition des agents aux fumées. Le syndicat reproche à l’entreprise de ne pas avoir suffisamment protégé certains postiers présents sur le terrain, notamment par l’absence de distribution généralisée de masques FFP2. La direction affirme au contraire appliquer les recommandations des autorités sanitaires, limiter les activités physiques extérieures et fournir des équipements de protection aux salariés vulnérables sur avis de la médecine du travail.

Au-delà du conflit immédiat, cette séquence met en lumière un défi auquel devront désormais faire face de nombreuses entreprises : adapter leurs règles de gestion des ressources humaines à des catastrophes climatiques de plus en plus fréquentes. Les revendications formulées par la CGT, Sud PTT et FO Com dépassent ainsi le seul épisode des incendies de Gironde. Elles ouvrent un débat plus large sur la manière de concilier continuité du service public, protection de la santé des salariés et maintien de leurs droits lorsque des événements exceptionnels rendent le travail matériellement impossible.

Laisser un commentaire