Florence Laurent, maire d’Étrechet, dans l’Indre, a démissionné de ses fonctions le 15 septembre 2026, selon un communiqué. Sa décision suit une démission collective : le 10 septembre 2026, trois adjoints au maire, Bruno Deterne, Marie-Pierre Chabenat-Canals et Christian Jubard, ainsi qu’une conseillère municipale, Sylvie Gessier, avaient quitté conjointement leurs mandats, dans une lettre datée du même jour. Dans ce courrier, les quatre élus qualifient leur départ de « conjointe et mûrie ».
Cause commune à ces démissions : les désaccords autour d’un projet de centre de données porté par Google, via sa filiale Tricolore Computing, sur le territoire de la commune, un projet mené par Châteauroux Métropole.
Une présentation la veille du premier départ
Le calendrier des événements dessine un enchaînement rapide. Le 9 septembre 2026, le maire de Châteauroux et président de Châteauroux Métropole, Gil Avérous, présente des travaux relatifs au centre de données au conseil municipal d’Étrechet, selon La Nouvelle République. Le lendemain, les quatre élus démissionnent. Florence Laurent les suit.
Dans leur lettre, les démissionnaires décrivent un dossier hors-norme qui échappe totalement à toute capacité de décision de la commune, tout en faisant peser des risques cumulés lourds sur notre territoire (ressource en eau, tensions sur le réseau électrique, nuisances, opacité des calendriers administratifs).
Ils précisent aussi ne pas s’opposer par principe à tout projet industriel : « Nous constatons qu’un dossier de cette ampleur avance sans que la commune la plus directement concernée dispose d’aucun moyen réel d’en infléchir le cours, ni d’en garantir la transparence. C’est ce constat, et lui seul, qui motive notre décision. »
Un projet de 212 hectares porté par une filiale de Google
En juin 2025, le conseil communautaire de Châteauroux Métropole a voté la vente de 195 hectares, sur la zone d’activité d’Ozans, à Tricolore Computing. Le projet prévoit la construction de huit à dix bâtiments, en deux phases, d’après la Commission nationale du débat public.
- La première, entre 2028 et 2029, doit voir la mise en service du premier bâtiment et un raccordement au réseau de 225 000 volts assuré par RTE.
- La seconde, à partir de 2031, prévoit la mise en service progressive de sept à neuf bâtiments supplémentaires.
L’emprise totale atteint 212 hectares, pour une puissance électrique visée à terme de 500 mégawatts, un niveau que peu d’infrastructures industrielles atteignent en France. RTE prévoit d’ériger une nouvelle ligne à très haute tension de 400 000 volts pour alimenter le complexe.
Le site doit aussi accueillir une unité de biométhanisation, via le projet Lénéo, un procédé qui dégrade des matières organiques privées d’oxygène pour produire du biogaz réinjecté dans le réseau. Ce dispositif prévoit un prélèvement annuel estimé à 100 000 mètres cubes d’eau dans la nappe phréatique.
Bruit, chaleur et polluants éternels
Les riverains redoutent un bruit permanent pouvant grimper jusqu’à 80 décibels et la formation d’un îlot de chaleur local. S’y ajoutent des craintes sur les PFAS, ces polluants toxiques dits éternels, liées à la gestion du refroidissement. Aucune étude indépendante n’existe sur le sujet : les seules analyses disponibles sont financées par les porteurs du projet eux-mêmes. La création d’emplois annoncée est par ailleurs jugée dérisoire au regard de l’ampleur du site.
Marie-Pierre Chabenat-Canals résume la situation dans un entretien à France 3 : « Nous avons le sentiment d’être dans une réserve indienne sur laquelle on va monter des projets, mais où les habitants n’ont pas leur mot à dire. Ils ne sont bons qu’à supporter les nuisances, le bruit, l’impact visuel, les pollutions, le prélèvement des ressources. »
Dans son communiqué, Florence Laurent évoque des éléments qui méritaient selon elle « un engagement précis de la part des porteurs de projets : nuisances visuelles, PFAS, dévalorisation des habitations, trafic routier ».
Aucun moyen juridique pour bloquer le projet
Depuis le transfert de l’urbanisme à Châteauroux Métropole, la municipalité d’Étrechet ne dispose d’aucun moyen juridique pour bloquer les décisions de l’agglomération. Gil Avérous a réagi par communiqué à la démission de la maire, la remerciant pour son implication tout en rappelant que les projets envisagés sur Ozans avaient pourtant toujours reçu l’approbation de la commune d’Étrechet et de toutes les autres communes de l’agglomération à chaque fois qu’ils avaient été débattus en conférence des Maires et en conseil communautaire. Interrogé par France 3, il a également indiqué que même le monde agricole ne s’opposait pas frontalement au projet.

