Cet insecte ressemble trait pour trait à un bourdon, mais n’en est pas un : repéré près de Paris pour la première fois en 150 ans, les entomologistes n’en reviennent pas

Disparu depuis 150 ans, un faux-bourdon ressurgit près de Paris. Où se cachait-il tout ce temps ? Derrière cette énigme, un chiffre vertigineux : 86 % des espèces terrestres restent encore à découvrir.

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Cet insecte ressemble trait pour trait à un bourdon, mais n'en est pas un : repéré près de Paris pour la première fois en 150 ans, les entomologistes n'en reviennent pas
Cet insecte ressemble trait pour trait à un bourdon, mais n’en est pas un : repéré près de Paris pour la première fois en 150 ans, les entomologistes n’en reviennent pas © RSE Magazine

Un insecte rare qui ressemble à s’y méprendre à un bourdon a été repéré en région parisienne en 2025. Il s’agit en réalité d’un syrphe, le Pocota personata, surnommé faux-bourdon pour sa capacité à imiter l’apparence de l’hyménoptère. Ce signalement est le premier enregistré en France depuis 150 ans.

Les scientifiques pensaient l’espèce partie pour de bon du territoire. Sa réapparition relance une question restée sans réponse : où se trouvait l’insecte pendant tout ce temps ? A-t-il quitté la France avant d’y revenir, ou s’est-il maintenu sans jamais être repéré ? L’information est rapportée par l’AFP et reprise par le site Phys.org.

Dynabiod, un projet pour combler les trous dans les données

Le Muséum national d’Histoire naturelle et le CNRS ont lancé en juin 2026 un programme de recherche baptisé Dynabiod. Son but : construire la base de données la plus complète sur les plantes et les invertébrés de France, deux groupes qui forment la plus grande part de la biodiversité mais restent parmi les moins bien documentés.

Le programme est dirigé par Rodolphe Rougerie. Les équipes collectent des insectes sur des sites répartis dans toute la France et analysent leur ADN pour identifier les espèces, y compris celles que l’on croyait disparues. Elles s’appuient aussi sur les observations transmises par des naturalistes amateurs.

86 % des espèces terrestres restent à décrire

Une étude publiée en 2011 estimait que 86 % des espèces terrestres et 91 % des espèces océaniques restaient à décrire. En 2025, la Liste rouge de l’UICN n’avait évalué le risque d’extinction que d’environ 8 % des espèces identifiées.

Repérer un grand mammifère ou un oiseau reste relativement simple sur le terrain. Les insectes, les champignons ou les organismes microscopiques sont bien plus difficiles à suivre, tout comme les espèces dont la présence même reste ignorée. L’identification génétique dépend de bases de référence suffisamment fournies, et un prélèvement d’ADN dans l’eau ou le sol ne permet de détecter qu’un passage, sans identification précise sans expertise complémentaire.

Chaque semaine, Fanny Kratz, chercheuse au Muséum national d’Histoire naturelle, relève des pièges à insectes installés sous de grandes tentes blanches, au Jardin des Plantes à Paris et sur 16 autres sites. Chaque piège peut contenir jusqu’à 261 types d’ADN différents, qui ne correspondent pas toujours à des espèces distinctes.

Le travail d’identification est, selon elle, très très longue et très très compliquée, même si parfois c’est très proche. Il reste toujours, ajoute-t-elle, quelques « inconnus », c’est-à-dire des ADN absents de toute base de données existante.

La chercheuse explique que la difficulté sur la biodiversité, c’est d’avoir des bases de référence suffisamment riches pour que le travail de terrain ou l’identification génétique puissent être réellement effectifs, et que si on n’a pas la base de référence, on est coincé.

Sans ces repères, poursuit-elle, « on ne peut pas savoir ce qui se passe […], ce qu’on capture ou ce qui disparait ou pas […], et donc comment combattre un éventuel déclin ou protéger telle ou telle espèce ».

Rodolphe Rougerie pointe une autre difficulté : les protocoles de collecte varient d’une zone géographique à l’autre, ce qui complique les comparaisons. Deux études portant sur la même espèce peuvent ainsi aboutir à des conclusions opposées sur son évolution, des divergences qui alimentent des discours relativisant le déclin de la biodiversité. Le nombre d’experts capables d’identifier précisément les espèces reste, selon lui, extrêmement réduit.

Rougerie a déclaré à l’AFP que l’on sait qu’il y a un déclin de la biodiversité, mais que l’on est parfois assez dépourvu pour le quantifier, en raison d’un manque critique de données sur le suivi actuel, mais aussi passé, des espèces.

Ces lacunes pourraient peser sur les discussions de la COP17, qui se tient à Erevan, en Arménie, et doit évaluer les progrès des pays en matière de protection de la nature.

Le Pocota personata n’a peut-être jamais quitté le territoire français. Il est possible qu’il soit simplement resté caché, sans jamais croiser le regard d’un naturaliste pendant un siècle et demi.

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