Le requin-lutin, surnommé « l’alien des abîmes », a été filmé pour la première fois dans son milieu naturel. Une équipe de l’Université d’Australie-Occidentale a mené l’observation et l’a publiée dans le Journal of Fish Biology. L’espèce, rarissime, existe depuis plus de 125 millions d’années, bien avant l’apparition des dinosaures.
Un coup d’œil sur l’invisible
Le requin-lutin, dont le nom scientifique est Mitsukurina owstoni, est le seul survivant de sa famille. À ce titre, il aide les chercheurs à comprendre l’évolution des requins. Jusqu’ici, on ne le croisait presque que lorsque des pêches profondes le remontaient par accident, et l’animal mourait souvent peu après.
La donne a changé. Des caméras restées en marche plus de 50 jours ont capté l’animal dans l’océan Pacifique, entre 800 m et 10 800 m de profondeur. Elles ont filmé le requin-lutin vivant à deux reprises : une première fois en 2019, près de Hawaï, une seconde en août 2024, au sud-est des Fidji, à 700 m de profondeur, une valeur un peu surprenante qui intrigue les chercheurs.
Des images inédites pour la science
Les vidéos publiées ne durent que 20 secondes, mais elles apportent des données utiles aux chercheurs. « Il est assez impressionnant. Il n’est pas hideux, il est beau », a commenté Mark McGrouther, responsable des collections de poissons à l’Australian Museum.
Ces images permettent d’étudier pour la première fois son comportement, son alimentation et ses déplacements. Le requin-lutin a un museau long et aplati, et une mâchoire qui se projette jusqu’à 3 m/s pour saisir ses proies : petits poissons, calmars et crabes. Avec sa silhouette et sa couleur gris rosé, il ne ressemble à aucun autre requin.
Pour mieux le protéger
Capturer un requin-lutin reste rare : on ne le connaît guère que par des prises accidentelles près d’Eden, en Australie. Les données tirées de ces observations pourraient aider à limiter ces captures. En repérant ses zones de vie, on pourra proposer des restrictions sur la pêche en eaux profondes, par exemple en réduisant les filets dans ces secteurs, au bénéfice de la conservation marine.
La découverte sert aussi la conservation, alors que plus de 95 % des fonds océaniques restent inexplorés. « La vraie question, c’est : si on n’a exploré que 0,001 % des abysses, qu’est-ce qui se cache encore là-dessous ? » De quoi relancer l’exploration des profondeurs marines, en apprendre davantage sur ces milieux encore mal connus et appuyer la préservation de la biodiversité marine.






