Computer History d’OpenAI : vers un risque de dérive contre les salariés

OpenAI lance Computer History, une fonctionnalité ChatGPT qui enregistre clics, frappes et changements d’applications sur Mac. Réservée aux abonnés Pro, Business et Enterprise, elle soulève des risques majeurs de surveillance.

Publié le
Lecture : 3 min
OpenAI a-t-il fait des compromis sur l'éthique dans sa nouvelle déclaration des principes ?
Computer History d’OpenAI : vers un risque de dérive contre les salariés © RSE Magazine

OpenAI vient de lancer Computer History, une fonctionnalité intégrée à ChatGPT pour macOS qui enregistre les clics, frappes au clavier et changements d’applications. Réservée aux abonnés Pro, Business et Enterprise, elle promet d’améliorer la productivité en contextualisant les réponses de l’IA. Pourtant, derrière l’innovation se profile un risque managérial : transformer l’assistant virtuel en dispositif de surveillance des employés.

Computer History : comment une fonctionnalité IA peut devenir un outil de surveillance

Computer History utilise le framework d’accessibilité macOS pour capturer chaque interaction : raccourcis clavier, changements d’application, frappes. Les fichiers de mémoire sont stockés localement en texte brut Markdown sans chiffrement, ce qui expose les données à toute application tierce ayant accès au système de fichiers. Les fichiers temporaires d’événements restent sur la machine pendant 48 heures avant suppression automatique.

Pour les entreprises, la tentation est réelle : activer Computer History permettrait de reconstituer l’activité quotidienne d’un collaborateur, ses pauses, ses recherches, ses échanges. Une dérive que les syndicats et experts en droit du travail redoutent, notamment dans les secteurs soumis à forte pression productive. Selon Dominik Kundel, membre de l’équipe Developer Experiences d’OpenAI, la fonction vise à « suggérer des automatisations » en analysant les habitudes de travail. Mais cette promesse de productivité cache un potentiel de contrôle managérial sans précédent.

Comptes Business et Enterprise : activation administrative et contrôle managérial

Sur les comptes Business et Enterprise, Computer History requiert une activation administrative. Autrement dit, ce n’est plus le salarié qui décide, mais l’employeur. Un futur outil pour surveiller les faits et gestes d’un salarié, s’interroge BFM TV. La question du consentement devient alors centrale : comment garantir qu’un employé accepte librement d’être tracé, quand l’activation dépend de son supérieur hiérarchique ?

OpenAI affirme que les fichiers de mémoire ne servent pas à entraîner ses modèles. Toutefois, les contenus des conversations ultérieures utilisant ces mémoires pourraient, eux, être exploités. Pour un responsable RH, activer Computer History sans cadre éthique strict revient à installer un keylogger sous couvert d’assistance IA. Le risque juridique est majeur, notamment en France où le Code du travail impose transparence et proportionnalité dans la surveillance des salariés.

Les risques éthiques et légaux pour l’entreprise

La fonctionnalité n’est pas disponible dans l’Espace économique européen, en Suisse et au Royaume-Uni. OpenAI bloque sa fonction d’enregistrement pour des raisons de conformité réglementaire, notamment le RGPD. En Europe, toute collecte de données personnelles requiert consentement explicite, finalité claire et mesures de sécurité robustes. Computer History échoue sur ces trois critères : activation administrative (pas de consentement libre), finalité floue (productivité ou surveillance ?) et stockage non chiffré.

Le droit à la déconnexion, inscrit dans la loi française depuis 2017, interdit aux employeurs de surveiller les salariés en dehors des heures de travail. Or, Computer History fonctionne en continu si activée. Un salarié utilisant son Mac professionnel le soir ou le week-end verrait ses actions enregistrées, créant un flou juridique dangereux. Les entreprises françaises qui déploieraient cet outil s’exposent à des sanctions de la CNIL et à des contentieux prud’homaux.

Consentement explicite : quand l’activation administrative remplace la transparence

OpenAI reconnaît un risque majeur : l’injection de prompts malveillants. « Computer History augmente le risque d’injection de prompt. Une page web ou une application pourrait contenir des instructions malveillantes susceptibles d’être reprises dans une mémoire puis suivies par ChatGPT ou Codex », prévient la documentation officielle. Concrètement, un site web pourrait insérer des instructions cachées dans son code, capturées par Computer History puis exécutées par l’IA lors d’une requête ultérieure.

Pour les responsables cybersécurité, ce scénario transforme chaque collaborateur en vecteur d’attaque. Un salarié visitant un site compromis pourrait, sans le savoir, permettre à un acteur malveillant d’injecter des commandes dans le système d’IA de l’entreprise. Le stockage en texte brut aggrave le problème : toute application ayant accès aux fichiers peut lire, modifier ou exfiltrer les mémoires.

RSE et éthique : Computer History est-elle compatible avec les valeurs d’entreprise ?

Les entreprises engagées en RSE affichent des valeurs de transparence, respect et équité. Computer History entre en contradiction frontale avec ces principes. Comment justifier un enregistrement permanent des actions salariées dans une charte éthique prônant l’autonomie et la confiance ? OpenAI répond à Recall avec Computer History, mais reproduit les mêmes travers : collecte invasive, stockage vulnérable, consentement ambigu.

Les directions RSE doivent poser une question simple : cette technologie renforce-t-elle la qualité de vie au travail ou la détériore-t-elle ? Les indicateurs de bien-être (absentéisme, satisfaction, turnover) fourniront la réponse dans les mois suivant un éventuel déploiement. Les entreprises pionnières qui ont testé des outils similaires (Microsoft Workplace Analytics, Hubstaff) ont souvent dû faire marche arrière face à la résistance interne et aux alertes syndicales.

Laisser un commentaire