En 2004, un seul département français hébergeait le moustique tigre : les Alpes-Maritimes, où l’insecte venait tout juste de débarquer à Menton. Vingt-deux ans plus tard, Aedes albopictus est installé dans 81 départements métropolitains, soit 84 % du territoire national, selon le dernier décompte de Santé publique France, publié le 16 mai 2025 et arrêté au 1er janvier 2025.
L’agence sanitaire recense la présence de l’insecte dans 6 574 communes sur environ 34 000 que compte le pays. Depuis Menton, il a colonisé le territoire à un rythme de deux à trois départements supplémentaires par an, remontant jusqu’à la Seine-Maritime. Quelques départements bretons, normands, des Hauts-de-France et du Grand-Est restent épargnés, tout comme la Creuse, cernée de zones déjà colonisées.
Le moustique tigre est désormais présent dans 14 pays européens, où les cartes de surveillance montrent une extension progressive vers le nord, alerte Sciencepost. L’idée d’un froid infranchissable, censé cantonner l’insecte aux rivages méditerranéens, ne résiste plus aux données de terrain.
Un degré de plus, 300 kilomètres gagnés vers le nord
Une hausse de 1 °C de la température moyenne annuelle permet au moustique tigre de s’implanter environ 300 kilomètres plus au nord. Les hivers doux de ces dernières années ont accéléré le mouvement en favorisant la survie d’œufs qui, autrefois, ne passaient pas la mauvaise saison. L’insecte gagne du terrain et sa période d’activité s’allonge : elle s’étire désormais de mars à novembre selon les régions, avec un pic entre juin et septembre.
Deux facteurs humains s’ajoutent au climat. Le transport de marchandises permet à des œufs déposés dans un pneu ou une cargaison de voyager sur des centaines de kilomètres avant d’éclore ailleurs. L’urbanisation, elle, multiplie les points d’eau stagnante, coupelles, gouttières ou bidons, qui servent de berceau aux larves.
Reconnaissable à ses rayures noires et blanches et à sa taille à peine plus grande qu’une pièce d’un centime, l’insecte pique surtout en journée, contrairement à ses cousins nocturnes. En France métropolitaine, une surveillance renforcée se déroule chaque année du printemps à l’automne, période où il est le plus actif : l’article est publié le 8 août 2026, en plein cœur de cette période de vigilance maximale.
Un premier cas autochtone de chikungunya dans le Grand Est
En 2025, un premier cas autochtone de chikungunya a été détecté dans le Grand Est, une région jusque-là considérée comme épargnée. Des territoires faiblement colonisés, comme la Bretagne ou les Hauts-de-France, pourraient connaître à l’horizon 2035 des densités comparables à celles de la Provence actuelle.
Depuis le 1er janvier 2025, les autorités sanitaires ont recensé en France métropolitaine plus de 2 000 cas de dengue et de chikungunya, deux maladies propagées par le moustique tigre : 1 100 cas de dengue et 900 cas de chikungunya. La plupart sont importés, contractés à La Réunion ou à Mayotte puis déclarés en métropole.
L’épidémie de chikungunya qui frappe La Réunion a fait 15 morts, selon un bilan communiqué par Santé publique France le 28 mai 2025, des décès concernant principalement des personnes âgées présentant des comorbidités. Plus de 160 000 personnes auraient été touchées depuis le début de l’année 2025 sur l’île. Les chiffres y sont en baisse, mais le nombre de cas importés en métropole demeure élevé.
La seule présence du moustique tigre n’entraîne pas automatiquement l’apparition de ces maladies sur le territoire métropolitain. Le mécanisme suppose un intermédiaire : un moustique sain pique une personne contaminée lors d’un séjour hors de métropole, devient porteur du virus, puis peut le transmettre à une personne n’ayant jamais quitté le territoire.
C’est cette combinaison, cas importés et essor de l’insecte, que redoutent les autorités, qui y voient le risque de voir apparaître des cas autochtones de dengue ou de chikungunya.
Face à cette progression, les autorités recommandent d’éliminer les eaux stagnantes autour de son domicile, de signaler la présence de l’insecte et de soutenir les dispositifs de surveillance qui suivent son avancée. Un site dédié permet ce signalement : signalement.moustique.anses.fr.






