Ces cercles de pierre au Sahara intriguent les archéologues depuis 40 ans : ils viennent enfin de comprendre qui les a construits

280 cercles de pierre vieux de 7 000 ans viennent d’être repérés depuis l’espace dans le désert d’Atbai. Une découverte qui bouleverse tout ce que l’on croyait savoir sur ces peuples nomades oubliés du Sahara.

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Ces cercles de pierre au Sahara intriguent les archéologues depuis 40 ans : ils viennent enfin de comprendre qui les a construits
Ces cercles de pierre au Sahara intriguent les archéologues depuis 40 ans : ils viennent enfin de comprendre qui les a construits © RSE Magazine

Environ 280 gigantesques cercles de pierre ont été repérés par imagerie satellite dans le désert d’Atbai, une région du Sahara oriental coincée entre l’Égypte et le Soudan. Certains de ces monuments remontent à 7 000 ans. Ils s’étendent sur plus de 960 kilomètres, et les plus imposants dépassent 82 mètres de diamètre, quand les plus modestes n’atteignent qu’environ 5 mètres.

L’étude a été publiée dans la revue African Archaeological Review et rapportée par le National Geographic. Les chercheurs y voient des sépultures monumentales, et non de simples enclos à bétail. Ces tombes auraient été réservées aux membres les plus importants de communautés nomades d’éleveurs, installées là bien avant l’Égypte des pharaons.

Un cercle fouillé en 2010, puis 280 retrouvés par satellite

Tout est parti d’un site nommé Wadi Khashab, un cercle de pierre d’environ 18 mètres de diamètre fouillé en 2010 par une mission archéologique polonaise dans la partie égyptienne du désert. Au centre, un adulte enterré. À proximité, un enfant inhumé plusieurs siècles plus tard.

Autour, des restes de moutons domestiques et de bovins. Les datations au carbone situent la construction vers 5 000 avant J.-C., avec une réutilisation du site jusque vers 2 000 avant J.-C.

Face à l’immensité de la région et à la difficulté d’y mener des fouilles, les chercheurs ont passé au crible des images satellites pour traquer des structures comparables. Résultat : 280 cercles recensés, dont la majorité n’avait jamais été répertoriée. Julien Cooper, égyptologue et nubiologue à l’université Macquarie de Sydney et auteur principal de l’étude, explique que son équipe soupçonnait leur existence, précisant qu’ils savaient qu’il y avait probablement davantage de ces sépultures à enceinte à découvrir et qu’ils soupçonnaient qu’elles pouvaient constituer un élément courant dans l’ensemble de ce désert.

La répartition de ces monuments n’a rien d’aléatoire. Beaucoup se concentrent autour d’anciens points d’eau temporaires. Dans le seul bassin supérieur du Wadi Gabgaba, 112 structures ont ainsi été recensées.

Trois jours de travail à cinquante, plutôt que 160 jours seul

Les calculs des chercheurs donnent une idée de l’ampleur du chantier que représentait l’un des plus grands monuments : plus de 160 journées de huit heures pour une personne seule, contre trois jours à peine pour une équipe de cinquante personnes. Cooper y lit la preuve d’une capacité d’organisation sociale inattendue chez ces populations, mobilisée sans doute lors d’événements funéraires.

« Cela témoigne réellement d’un niveau d’organisation sociale et d’une mise en commun des ressources qui ne sont parfois pas considérés comme caractéristiques des anciennes cultures pastorales du désert vivant loin des fleuves fertiles », détaille l’archéologue.

Maria Carmela Gatto, nubiologue à l’Académie polonaise des sciences et coauteure de l’étude, propose une explication à la pérennité de ces monuments face à la mobilité des populations qui les ont construits, expliquant que si l’on se déplace, un palais et un temple n’ont pas de sens, mais qu’un cimetière est toujours là.

Elle rappelle aussi que la discipline a longtemps regardé ailleurs, notant que depuis les débuts de l’égyptologie et de la nubiologie, la plupart des recherches archéologiques se sont concentrées le long du Nil.

Ce désert conserve par ailleurs de nombreuses gravures rupestres représentant bovins, chèvres, chiens et girafes, ainsi qu’une paroi récemment découverte montrant une flotte de bateaux. Ces images suggèrent des contacts entre les pasteurs du désert, les habitants de la vallée du Nil et des commerçants empruntant des routes maritimes. Les textes égyptiens anciens désignaient ces populations nomades sous le nom de Medjay.

Stefano Costanzo, géoarchéologue à l’université de Milan spécialiste du désert oriental égyptien, n’a pas participé à l’étude mais juge les travaux « remarquables ». Selon lui, ils révèlent l’incroyable densité des monuments funéraires dans le paysage désertique. Pour Cooper, cette découverte comble un vide sur la carte archéologique de l’Afrique du Nord-Est préhistorique.

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