Biodiversité : l’ONU alerte sur des financements toujours massivement orientés vers la destruction de la nature

Le monde consacre près de 30 fois plus de financements aux activités qui dégradent la nature qu’à sa protection, alerte la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique. Un déséquilibre particulièrement lourd de conséquences pour l’Afrique, où les populations dépendent fortement des ressources naturelles.

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Biodiversité : l’ONU alerte sur des financements toujours massivement orientés vers la destruction de la nature © RSE Magazine

Les flux financiers mondiaux continuent de soutenir davantage la destruction de la biodiversité que sa préservation. Selon l’Organisation des Nations Unies, près de 30 fois plus de financements sont consacrés à des activités nuisibles à la nature qu’aux actions destinées à la protéger. Cette situation a été dénoncée par Astrid Schomaker, Secrétaire exécutive de la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique, à l’occasion de réunions scientifiques et techniques organisées à Nairobi, au Kenya. La responsable onusienne appelle les États, les institutions financières et les acteurs économiques à accélérer la transformation des engagements internationaux en mesures concrètes.

L’alerte concerne particulièrement l’Afrique. Le continent abrite près d’un quart de la biodiversité mondiale, mais aurait déjà perdu environ 24 % de ses espèces depuis l’ère préindustrielle, selon une étude citée par l’ONU.

Des conséquences directes sur les populations

Pour des millions de personnes, la disparition progressive des espèces et la dégradation des écosystèmes ne constituent pas seulement un enjeu environnemental. Elles affectent directement l’accès à l’alimentation, à l’eau, à l’emploi et aux revenus.

La baisse des rendements agricoles, la raréfaction des poissons dans les zones côtières ou encore la dégradation des ressources en eau fragilisent notamment les communautés rurales et littorales. Une part importante de la population africaine dépend directement des terres, des forêts, des cours d’eau et des ressources marines pour assurer sa subsistance. « Grâce à la biodiversité, nous avons de la nourriture. La biodiversité nous procure de l’eau propre. Elle nous aide à lutter contre le changement climatique. Elle renforce notre résilience », a rappelé Astrid Schomaker.

Selon la responsable de la Convention, le changement climatique constitue le principal moteur de la perte de biodiversité en Afrique. La hausse des températures s’ajoute à d’autres facteurs de pression, parmi lesquels la pollution, la surexploitation des terres et des ressources marines, ainsi que la progression des espèces envahissantes.

Les subventions et investissements nuisibles mis en cause

L’ONU pointe également la responsabilité des mécanismes de financement publics et privés. Les subventions accordées aux combustibles fossiles, comme les investissements dirigés vers des activités dommageables pour l’environnement, continuent d’alimenter la destruction de la nature à un rythme supérieur aux efforts engagés pour la restaurer.

Pour les acteurs de la RSE et de la finance durable, cette alerte pose directement la question de l’alignement des politiques d’investissement avec les objectifs internationaux en matière de biodiversité. Elle souligne également la nécessité de mieux identifier les dépendances et les impacts des entreprises à l’égard des écosystèmes, notamment dans leurs chaînes d’approvisionnement.

Les secteurs agricoles, alimentaires, miniers, énergétiques, forestiers ou encore touristiques sont particulièrement concernés. La dégradation des ressources naturelles peut y entraîner des risques opérationnels, économiques et sociaux : baisse de la disponibilité des matières premières, hausse des coûts, perturbation des activités ou aggravation de la vulnérabilité des populations locales.

Transformer les connaissances en décisions

Les discussions conduites à Nairobi doivent précisément permettre de passer du diagnostic à l’action. Après les travaux de l’organe scientifique et technique de la Convention, les négociations se poursuivent jusqu’au 12 août au sein de l’organe chargé de l’application des décisions. Les participants travaillent notamment à une meilleure intégration de la biodiversité dans les politiques nationales, à la mobilisation des institutions financières et à la réduction du déficit de financement qui limite les actions de conservation.

« Nous avons une compréhension très solide de la situation actuelle », a estimé Astrid Schomaker. L’enjeu consiste désormais, selon elle, à utiliser ces connaissances pour formuler des recommandations capables d’accélérer les progrès. La responsable onusienne relève néanmoins des signes de mobilisation. Au total, 125 pays ont transmis des rapports au Programme des Nations Unies pour l’environnement faisant état de leurs actions pour freiner l’érosion de la biodiversité.

Les recommandations adoptées à Nairobi doivent alimenter les négociations de la COP17 sur la biodiversité, qui s’ouvrira le 19 octobre à Erevan, en Arménie. Les États y examineront les avancées réalisées dans la mise en œuvre du Cadre mondial de Kunming-Montréal, adopté en 2022 avec l’objectif de stopper et d’inverser la perte de biodiversité. Pour l’ONU, le principal défi reste de modifier les décisions publiques, financières et économiques qui continuent de favoriser la dégradation des écosystèmes. « Détruire la biodiversité revient, au fond, à détruire le socle même de nos vies », a averti Astrid Schomaker.

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