Des empreintes datées de 3,6 millions d’années indiquent que les premiers humains étaient d’excellents marcheurs

Un crâne écrasé en miettes, 3,67 millions d’années d’attente, et enfin un visage. La technologie révèle ce que les os ne pouvaient plus dire, et son origine réserve une surprise de taille.

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Des empreintes datées de 3,6 millions d'années indiquent que les premiers humains étaient d'excellents marcheurs
Des empreintes datées de 3,6 millions d’années indiquent que les premiers humains étaient d’excellents marcheurs © RSE Magazine

Des scientifiques ont réussi à faire apparaître le visage de Little Foot, un ancêtre humain précoce, grâce à une technologie de reconstruction numérique avancée appliquée à son crâne fossilisé et gravement écrasé. Membre du genre Australopithecus, ce spécimen a vécu il y a environ 3,67 millions d’années.

Le squelette, intact à environ 90 %, avait longtemps résisté à toute tentative de reconstitution physique. Des millions d’années sous de lourds sédiments de grotte avaient sévèrement écrasé et déformé son crâne, rendant impossible toute reconstruction physique des os fragiles.

Pour contourner cet obstacle, les chercheurs ont eu recours à un synchrotron, une machine puissante installée à Diamond Light Source, en Angleterre. Cet appareil a scanné les os avec des rayons X brillants et non destructifs, générant des milliers d’images en haute résolution.

Le procédé a permis de séparer numériquement l’os de la roche environnante et de réaligner virtuellement les fragments dans leur position anatomique correcte. Le résultat est jugé très fiable par l’équipe de recherche, impossible à obtenir avec le spécimen physique.

La paléoanthropologue Amélie Beaudet, chercheuse au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), citée par Science News, a résumé qu’ils disposaient désormais d’une très bonne reconstruction, quelque chose qu’ils ne pouvaient pas faire avec le spécimen physique.

Une ressemblance inattendue avec l’Afrique de l’Est

L’équipe a comparé les traits du visage de Little Foot avec d’autres crânes d’Australopithecus et avec des grands singes modernes, gorilles, chimpanzés et orangs-outans. Malgré sa découverte en Afrique du Sud, son visage, en particulier ses orbites oculaires nettement larges, présente davantage de similitudes avec des fossiles d’Australopithecus trouvés en Afrique de l’Est.

Cette ressemblance suggère que Little Foot pourrait appartenir à une population plus large d’hominidés précoces répartie sur le continent africain il y a plus de 3,5 millions d’années. Une fois installés en Afrique du Sud, ses descendants auraient pu développer des traits anatomiques distincts par une évolution locale.

Selon Dominic Stratford, coauteur de l’étude et professeur associé à l’université du Witwatersrand, ces travaux plaident pour une Afrique vue comme un ensemble évolutif connecté, où des populations s’adaptaient aux pressions écologiques tout en restant liées par une ascendance commune, plutôt que pour une évolution des premiers hominidés dans des régions isolées.

Beaudet appelle toutefois à la prudence, rappelant qu’ils n’ont que peu de spécimens et qu’ils doivent donc être vraiment prudents.

L’identité taxonomique toujours débattue

L’identité exacte de Little Foot reste un mystère. Certains chercheurs classent le squelette dans l’espèce Australopithecus prometheus, d’autres y voient une variation d’Australopithecus africanus, voire un parent humain totalement inconnu. L’âge exact du fossile fait lui aussi l’objet d’un débat non tranché.

Dans un entretien accordé à CNN, le Dr Jesse Martin, professeur adjoint d’archéologie à l’université La Trobe, s’est montré sceptique face à l’attribution la plus répandue, expliquant que de nombreux chercheurs, lui y compris, sont sceptiques quant à l’attribution actuelle de Little Foot à Australopithecus prometheus, en partie parce que cette espèce est généralement considérée comme identique à Australopithecus africanus.

La reconstruction faciale permet malgré tout aux scientifiques de mieux comprendre comment Little Foot respirait, mangeait et percevait son environnement préhistorique. Ses grandes orbites oculaires montrent qu’elle dépendait d’une vision aiguë pour chercher sa nourriture et se déplacer.

L’équipe scientifique prévoit désormais de reconstruire numériquement la boîte crânienne et les dents de Little Foot. Ces travaux pourraient apporter de nouveaux indices sur la taille de son cerveau, ses capacités cognitives et ses habitudes alimentaires, et éventuellement trancher l’énigme de ses origines.

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