Disparue depuis 60 ans, cette espèce refait surface dans le nord de l’Angleterre : le pêcheur qui l’a attrapée n’en revient toujours pas

Un thon rouge de 338 kg surgit dans le Yorkshire après 60 ans d’absence. Vendu avant même d’accoster, à 100 £ le kilo. Comment expliquer ce retour spectaculaire ?

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Disparue depuis 60 ans, cette espèce refait surface dans le nord de l'Angleterre : le pêcheur qui l'a attrapée n'en revient toujours pas
Disparue depuis 60 ans, cette espèce refait surface dans le nord de l’Angleterre : le pêcheur qui l’a attrapée n’en revient toujours pas © RSE Magazine

Un thon rouge de l’Atlantique pesant 338 kg a été capturé au large des côtes du Yorkshire, dans le nord de l’Angleterre. Le poisson a été débarqué dimanche au port de Whitby Harbour par l’équipage de cinq personnes du navire The Dominator.

Selon la BBC, il s’agit du premier thon rouge pêché et ramené à terre dans cette région depuis environ 60 ans, l’espèce ayant quasiment disparu de cette partie de la mer du Nord depuis les années 1960.

La capture a eu lieu à environ 16 kilomètres du port, alors que l’équipage rentrait après une sortie dans une zone où l’espèce migratoire avait été signalée. En repérant un groupe d’oiseaux, les marins ont ferré le poisson et ont dû le traîner sur près de 8 kilomètres avant de parvenir à le hisser à bord.

Jack Gardner, membre de l’équipage âgé de 28 ans et originaire du village de Paull, près de Hull, a raconté à la BBC que le poisson avait bondi hors de l’eau et qu’ils s’étaient tous regardés, émerveillés. Il a décrit un combat bien plus difficile qu’il ne le pensait, en raison de la puissance de l’animal.

Le lendemain, lundi, le même équipage a réitéré l’exploit avec un second thon rouge, pesant lui aussi plus de 300 kg.

Une espèce disparue depuis les années 1960

La surpêche a longtemps eu raison des populations de thons rouges dans cette partie de la mer du Nord. L’effondrement des stocks de harengs, proie principale du poisson lors de ses migrations, a achevé de le faire déserter ces eaux pendant des générations entières.

Whitby, ancien haut lieu de la pêche sportive au thon

Durant l’entre-deux-guerres, Whitby et la ville voisine de Scarborough étaient devenues des destinations mondialement connues pour la pêche sportive au gros, en raison de la taille de ces poissons, alors surnommés tunny. Le record britannique, établi à Whitby en 1933 avec un spécimen de 386 kg, tient toujours.

Des célébrités comme John Wayne et Errol Flynn fréquentaient alors le Scarborough Tunny Club, reconverti en restaurant de fish and chips. La pratique a souffert pendant la Seconde Guerre mondiale et, malgré une reprise, les stocks étaient déjà en déclin dans les années 1950 avec l’essor des technologies de pêche commerciale.

Un programme de marquage pour percer le mystère

Des chercheurs de l’université d’Exeter suivent ce retour de près, dans le cadre d’un programme de marquage lancé en 2018. Depuis, 165 thons rouges ont été équipés de balises le long de la côte atlantique de l’Angleterre, du pays de Galles et de Jersey.

Six exemplaires ont désormais été marqués au large de Whitby. Un porte-parole de l’université a précisé que les poissons trouvés dans cette zone étaient considérablement plus grands et pourraient être génétiquement distincts de ceux déjà suivis.

Pour la chercheuse Lucy Hawkes, qui dirige l’étude, « leur présence est un bon signe qui montre que les eaux locales se portent bien ». Mais l’origine des bancs reste inconnue : « Nous n’avons aucune idée d’où ils viennent, c’est pourquoi le marquage est si important », précise-t-elle.

Selon elle, le quota britannique actuel pour cette espèce reste vraiment petit par rapport aux niveaux globaux du stock. Les pêcheurs commerciaux sont autorisés à capturer 120 tonnes de thon rouge dans les eaux britanniques en 2026, réparties sur un maximum de 30 navires.

Le réchauffement des mers pousse l’espèce plus au nord

Des observations similaires se multiplient plus au nord en Europe, notamment dans le Skagerrak et l’Öresund, entre la Suède et le Danemark, où des excursions surnommées safaris au thon attirent désormais les curieux. La Fondation allemande pour la protection des océans confirme que le thon rouge est réapparu dans le Skagerrak depuis octobre 2024, après plus de 50 ans d’absence totale.

Une étude menée par Grace McNicholas, doctorante à Trinity College Dublin, montre des signes précoces que les poissons se déplacent plus au nord que prévu. Elle explique que leurs résultats indiquent que les poissons se déplacent plus au nord que ce à quoi on pourrait s’attendre, et qu’elle pense que cela est dû au réchauffement des mers.

Selon le Met Office, l’année 2025 a connu des conditions de vague de chaleur marine sur plus des trois quarts de l’année, un phénomène déjà observé en 2022 et 2023.

Katie Smith, de la Marine Biological Association, juge probable de voir davantage de thons rouges dans les eaux britanniques à mesure que les conditions deviennent plus favorables. Le professeur Matt Frost, du Plymouth Marine Laboratory, tempère cette perspective : le réchauffement des eaux peut aussi favoriser le déclin d’espèces comme la morue et permettre l’arrivée d’autres espèces, au détriment de la faune locale.

Une prise vendue avant même le retour au port

Le premier thon capturé dimanche s’était déjà vendu avant même que le Dominator ne rejoigne Whitby. L’acheteur, Lance Varrell, de l’entreprise Hook to Plate, revendra les poissons à des restaurants, des marchés à sushis et directement à des particuliers. Il a expliqué que le thon rouge est très populaire, que c’est un poisson très haut de gamme, qu’on l’appelle la Rolls Royce des mers.

Des itamaes basés à Londres seraient prêts à payer jusqu’à 100 £ par kilo « si c’est vraiment de bonne qualité ». L’an dernier, un thon rouge de 210 kg capturé au large du sud-ouest de l’Angleterre s’était vendu plus de 2 000 £ aux enchères.

Jack Gardner, embarqué sur le Dominator depuis 2018, décrit sa prise comme la meilleure sensation qu’il ait jamais ressentie.

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