Des chercheurs ont ouvert un crocodile vieux de 3 000 ans. Leurs trouvailles les ont stupéfaits

Un poisson intact, un hameçon en bronze, des cailloux jamais digérés : l’estomac de ce crocodile momifié de 3 000 ans raconte ses dernières heures avec une précision troublante. Le scanner révèle tout, sans toucher au bandage.

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Des chercheurs ont ouvert un crocodile vieux de 3 000 ans. Leurs trouvailles les ont stupéfaits
Des chercheurs ont ouvert un crocodile vieux de 3 000 ans. Leurs trouvailles les ont stupéfaits © RSE Magazine

Un poisson encore entier, un hameçon en bronze planté dans sa bouche, et de petites pierres qui n’avaient pas encore atteint leur destination. C’est ce qu’ont découvert des chercheurs de l’Université de Manchester dans l’estomac d’une momie de crocodile vieille de 3 000 ans, conservée au Birmingham Museum and Art Gallery sous la référence 2005.335.

Les gastrolithes, ces pierres que les crocodiles avalent pour digérer, n’étaient pas encore descendues jusqu’à l’estomac au moment de la mort de l’animal.

Ce détail change tout. Il indique que le laps de temps entre le dernier repas du crocodile et sa mort a été très court. Pour les scientifiques, cela suggère que l’animal n’est pas mort de causes naturelles : il a probablement été capturé intentionnellement par les Égyptiens de l’Antiquité pour être sacrifié lors d’une cérémonie dédiée au dieu Sobek.

Voir sans démailloter

L’étude, publiée en septembre 2024 dans la revue Digital Applications in Archaeology and Cultural Heritage, associe des équipes de l’Université de Manchester, de l’Université de Loughborough et de la Birmingham City University. Son titre : « Seeing is believing : The application of Three-Dimensional modelling technologies to reconstruct the final hours in the life of an ancient Egyptian Crocodile ».

Longue de 7,2 pieds (2,19 m), la momie daterait d’une période comprise entre 3 000 et 2 000 ans, sans certitude absolue sur la date exacte de la mort de l’animal. Pour l’examiner sans la détériorer, l’équipe a eu recours aux rayons X et au scanner CT.

L’archéozoologue Lidija McKnight, co-autrice de l’étude, explique dans un communiqué de presse que, alors que les études antérieures privilégiaient des techniques invasives comme le démaillotage et l’autopsie, la radiographie 3D permet de voir à l’intérieur sans endommager ces artefacts importants et fascinants.

Cette approche non invasive a permis de cataloguer le contenu de l’estomac sans toucher au bandage ni aux tissus. Une donnée rendue possible par une particularité propre aux crocodiles sacrés : contrairement à la plupart des momies humaines, où les organes étaient retirés à l’exception du cœur, les animaux dédiés à Sobek conservaient leurs organes internes intacts. Une aubaine pour les chercheurs, qui disposent ainsi de données normalement inaccessibles.

À partir des images obtenues, l’équipe de McKnight a recréé virtuellement l’hameçon en bronze retrouvé dans l’estomac, avant d’en fabriquer des répliques destinées à de futures présentations muséales. Selon la chercheuse, les Égyptiens de l’Antiquité utilisaient probablement de l’argile durcie pour créer un moule, puis versaient du métal fondu au-dessus d’un feu de charbon de bois.

Elle note que, malgré le passage de plusieurs millénaires entre la production de l’hameçon antique et sa réplique moderne, le procédé de fonte reste remarquablement similaire.

En raison de sa taille imposante et des éléments retrouvés, l’animal aurait été capturé dans la nature plutôt qu’élevé en captivité à des fins rituelles, ce qui n’était pas systématique : certains crocodiles destinés au sacrifice étaient aussi reproduits directement pour ce rôle.

Les Égyptiens momifiaient régulièrement des crocodiles lors de cérémonies dédiées à Sobek, divinité à tête de crocodile qui incarnait à la fois la férocité de l’animal, prédateur dominant de la culture nilotique à l’exception des humains, et une forme de protection maternelle. Des momies de crocodiles sont souvent retrouvées accompagnées de bébés placés dans la gueule de l’adulte, reproduisant le geste par lequel une mère crocodile protège ses petits.

À Fayoum, ville égyptienne centre du culte de Sobek, des archéologues ont mis au jour des milliers de crocodiles momifiés, dont beaucoup de nouveau-nés. Sur Terre, Sobek était représenté par un crocodile apprivoisé nommé Suchus, qui vivait dans un lac à Crocodilopolis et que des prêtres nourrissaient de pain, de viande, de vin, de miel et de lait.

Les crocodiles pouvant vivre au moins 50 à 70 ans en captivité, un nouveau spécimen était choisi pour lui succéder à chaque disparition de Suchus.

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