Pourquoi des milliers de Romains ont enterré leur or sans jamais revenir le chercher : des archéologues pensent enfin avoir la réponse

7,5 millions de pièces, 18 000 trésors enfouis, jamais réclamés. Que sont devenus leurs propriétaires ? Guerres, éruptions, invasions… Ces cachettes racontent une histoire bien plus sombre que de simples économies oubliées.

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Pourquoi des milliers de Romains ont enterré leur or sans jamais revenir le chercher : des archéologues pensent enfin avoir la réponse
Pourquoi des milliers de Romains ont enterré leur or sans jamais revenir le chercher : des archéologues pensent enfin avoir la réponse © RSE Magazine

Une étude publiée dans le Journal of Ancient History and Archaeology apporte une explication à un mystère archéologique vieux de plusieurs siècles : celui des trésors de pièces romaines enfouis en masse et jamais récupérés dans l’Empire romain. Intitulée « Why Did They Not Recover the Hoards? Insecurity in the Roman Empire », elle avance une thèse centrale.

Nombre de ces trésors monétaires ont été enterrés lors de périodes de bouleversements politiques, de guerres ou de catastrophes, ce qui explique que leur récupération n’était pas toujours possible, ni même envisageable, pour leurs propriétaires.

L’étude est signée par Adrian-Daniel Stan et Cristian Gǎzda, chercheurs à l’université Babeş-Bolyai. Pour la mener, les deux hommes se sont appuyés sur l’une des plus grandes bases de données mondiales consacrées aux trésors monétaires romains, le projet Coin Hoards of the Roman Empire (CHRE), géré par l’Ashmolean Museum et l’université d’Oxford. Cette base recense plus de 18 000 trésors documentés et des données sur plus de 7,5 millions de pièces.

Deux causes distinctes derrière les trésors abandonnés

Plutôt que de s’interroger sur les raisons habituelles de l’enterrement, Stan et Gǎzda ont choisi d’étudier ce qui a empêché leur récupération. Leurs analyses spatiales et chronologiques de la base CHRE révèlent que les concentrations de trésors non récupérés coïncident fréquemment avec des bouleversements majeurs déjà connus par les sources historiques : guerres, invasions, catastrophes naturelles.

Certains indices montrent que ces cachettes avaient été pensées comme temporaires. Pièces glissées dans des récipients en céramique ou des pochettes en cuir, dissimulées sous le sol des habitations ou près des foyers, des endroits où l’on pouvait s’attendre à ce que leurs propriétaires reviennent les chercher. Le fait qu’elles soient restées enfouies signifie, selon les chercheurs, que quelque chose a mal tourné.

Les auteurs distinguent deux logiques différentes derrière ces trésors jamais récupérés. La première tient à une préoccupation pratique : protéger sa richesse et échapper à l’imposition. La seconde relève de circonstances plus tragiques, la mort, le déplacement forcé, l’invasion ou une catastrophe naturelle.

L’exemple le plus parlant reste la bataille de la forêt de Teutobourg, en l’an 9 après J.-C., lorsque trois légions romaines furent anéanties par des tribus germaniques. Plusieurs trésors ont été mis au jour autour du champ de bataille de Kalkriese ainsi qu’à proximité du fort romain de Haltern, un schéma qui suggère que soldats et civils ont enterré leurs biens avant l’affrontement sans jamais avoir eu l’occasion de les récupérer.

D’autres concentrations similaires apparaissent en Bretagne, où elles correspondent à des périodes de guerres tribales et au début de la conquête romaine en 43 après J.-C., ou encore autour du Vésuve, juste après l’éruption de 79 après J.-C. qui a enseveli Pompéi sous les cendres.

Le long de la frontière du Danube, des trésors ont aussi été retrouvés en lien avec les guerres daciques et les invasions qui ont marqué la crise traversée par l’Empire romain au IIIe siècle.

Pour Stan et Gǎzda, ces fortunes abandonnées forment un registre archéologique à part, qui vient compléter et vérifier les sources écrites sur les périodes de troubles de l’Antiquité. Elles éclairent, selon eux, la façon dont les hommes de l’époque affrontaient l’insécurité et tentaient de survivre dans un monde en perpétuel changement.

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