Les tunnels d’Erdstall forment un réseau souterrain fascinant et plein de mystère qui s’étend sous une large part de l’Europe, surtout en Allemagne et en France. Leur ancienneté et le manque de documents historiques font naître bien des interrogations sur leur origine et leur usage, captivant chercheurs et amateurs d’histoire.
Un réseau souterrain original
Le nom d’Erdstall vient des mots allemands « erde » (terre) et « stelle » (lieu). On recense plus de 2000 tunnels qui se distinguent par leur faible hauteur et leur étroitesse, souvent en forme ovale. Leur longueur se situe généralement entre 20 et 50 mètres. On y trouve aussi des « schlupf », ces petites ouvertures d’environ 30 cm de large qui permettent de passer d’un niveau à l’autre. Dans certains réseaux, plusieurs niveaux sont reliés par ces passages étroits.
En Autriche, certains tunnels se démarquent par leurs sept chambres réparties sur trois niveaux distincts. Fait intéressant, chaque tunnel ne possède qu’un seul point d’entrée et de sortie, attisant ainsi le mystère sur leur véritable fonction.
D’où viennent-ils et à quoi servaient-ils ?
Même si les traces historiques sont rares, la plupart des spécialistes s’accordent à dire que ces tunnels datent du Moyen Âge ou juste avant. Les théories abondent sur leur usage : certains imaginent une vocation religieuse ou spirituelle, tandis que d’autres vont jusqu’à suggérer des idées bien farfelues, comme l’œuvre d’extraterrestres. Luc Stevens adopte une approche plus terre-à-terre en pensant que ces galeries auraient pu servir de greniers ou d’abris temporaires pour échapper au froid ou aux attaques extérieures.
Raimund Edlinger explique d’ailleurs : « Vous pouvez imaginer qu’en hiver, les gens habitant dans des maisons en bois à la surface se réfugieraient dans les souterrains dès qu’il faisait très froid dehors. »
Exploration moderne des erdstall
L’exploration récente de ces tunnels a été menée par Raimund Edlinger, expert en robotique à l’Université des sciences appliquées de Haute-Autriche, et Kurt Niel, professeur de vision par ordinateur dans la même institution. Ils ont utilisé un appareil portatif innovant, équipé d’une caméra RVB, d’un gyroscope, d’un accéléromètre et de capteurs à haute résolution, pour cartographier ces espaces confinés qui résistaient aux techniques classiques.
Leurs investigations ont mis au jour certains espaces dotés de portes et d’un système de piliers, ce qui laisse penser qu’ils auraient pu être occupés temporairement lors de conditions extrêmes. On imagine que le réseau a été creusé à partir d’un trou central, avec des pièces reliées entre elles après extraction du matériau environnant.
Partage de la découverte et idées pour demain
Pour faire découvrir ces trouvailles, Kurt Niel a partagé une vidéo captivante de l’expédition sur YouTube. Avec Raimund Edlinger, ils envisagent aujourd’hui de créer une réplique accessible au public, afin que chacun puisse ressentir l’expérience immersive des explorations souterraines.
Edlinger espère aussi scanner davantage de tunnels erdstall à l’avenir pour approfondir notre connaissance collective : « Peut-être pourrons-nous trouver un lien entre les installations erdstall une fois qu’on en saura plus sur leur construction. »
Une quête qui continue pour percer le passé
Les recherches sur ces tunnels n’en sont qu’à leurs balbutiements. Luc Stevens confie : « Je n’ai pas de preuve solide, mais je pense que quand les gens se retrouvent face au même type de problème dans des conditions identiques, ils réagissent de façon assez prévisible. » Cette remarque pourrait bien nous aider à mieux comprendre non seulement le passé médiéval européen, mais aussi les comportements humains face à des situations difficiles.




