Un crâne a roulé sur une pente de carrière en 1955. Ce cimetière de l’âge du fer pourrait maintenant être le troisième plus vaste au monde

Un crâne qui roule dans une carrière en 1955, puis 70 ans de silence. Ossements mélangés, rituels venus du Rhin, ADN surprenant : ce cimetière antique livre enfin ses secrets.

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Un crâne a roulé sur une pente de carrière en 1955. Ce cimetière de l'âge du fer pourrait maintenant être le troisième plus vaste au monde
Un crâne a roulé sur une pente de carrière en 1955. Ce cimetière de l’âge du fer pourrait maintenant être le troisième plus vaste au monde © RSE Magazine

Le site funéraire de Highsted, dans le Kent, a été utilisé de la fin de l’âge du fer jusqu’au début de la période romaine. C’est la conclusion d’une nouvelle analyse scientifique menée par Michael Legge et publiée dans l’Oxford Journal of Archaeology. Selon cette étude, le cimetière pourrait être le troisième plus grand de son genre, dit Deal-rite, jamais recensé en Grande-Bretagne.

L’histoire du site remonte à 1955. Des ouvriers d’une carrière de craie, près de Rodmersham Green, à proximité de Sittingbourne, voient un jour un crâne rouler depuis le bord d’une fosse. Ce crâne n’est que le premier d’une longue série : au total, le cimetière comptera environ 26 sépultures.

Une fouille de sauvetage suit dans la foulée. Elle met au jour 20 squelettes, des poteries, une broche et six crémations humaines potentielles. Des photographies sont prises, des notes rédigées, et le journal local tient ses lecteurs au courant de l’avancée des travaux.

Des archives dispersées entre musées et caves humides

C’est après la fin de cette fouille que tout se complique. Les poteries finissent dans des collections privées, les notes disparaissent, les ossements sont déplacés puis finalement oubliés. Le site est déclaré perdu.

Les versions divergent sur ce qui s’est réellement passé. L’un des fouilleurs a affirmé que les découvertes avaient été envoyées aux musées de Maidstone et de Milton Regis Court Hall, avec un rapport complet rédigé par la Kent Archaeological Society, mais jamais publié.

D’autres sources évoquent plutôt un vol, ou une restitution pure et simple aux propriétaires de la carrière. Les ossements, eux, avaient été entreposés dans des sacs en papier au fond d’un sous-sol humide : les sacs se sont détériorés avec le temps, répandant leur contenu et mélangeant les restes de plusieurs individus.

C’est dans ce contexte qu’intervient Michael Legge. En 2018, dans le cadre de ses études doctorales, il commence à identifier les ossements restants conservés au Maidstone Museum. Il a raconté que le processus s’apparentait beaucoup à une histoire de détective, consistant à retrouver des artefacts, parler à des habitants et des conservateurs de musée, dépouiller des coupures de journaux, et reconstituer l’histoire de la fouille. Au fil de ce travail, quatre poteries et les restes de 16 personnes ont été retrouvés et comptabilisés.

Les ossements étaient trop mélangés pour reconstituer des squelettes individuels, mais l’équipe a tout de même identifié au moins 17 personnes, hommes, femmes et au moins un enfant. Beaucoup d’entre elles avaient perdu leurs molaires bien avant leur mort, et un crâne porte un enfoncement qui pourrait résulter d’un coup porté à la tête.

La datation au radiocarbone confirme que le cimetière est resté en usage de la fin de l’âge du fer jusqu’après l’invasion romaine de la Grande-Bretagne. L’ADN de six individus montre des similitudes génétiques avec les populations britanniques du sud à cette époque, mais au moins une personne pourrait avoir une ascendance française ou suisse.

Les analyses isotopiques, elles, suggèrent un régime alimentaire assez homogène entre les individus, plus proche des pratiques romaines, alors même que cette population avait grandi localement.

Des traces de rituels venus du Rhin et du Danube

Certaines des prétendues crémations ont été rapportées comme des squelettes brûlés, l’un d’eux entouré de bois calciné. Ces indices suggèrent qu’il pourrait s’agir de sépultures de type bustum, où un bûcher est construit directement au-dessus d’une tombe ouverte et où le corps tombe dans la fosse à mesure que le feu brûle. Cette tradition serait probablement originaire de la région du Rhin et du Danube, et était rare en Grande-Bretagne.

Michael Legge a estimé que si les crémations de Highsted étaient effectivement des sépultures de type bustum, elles seraient très significatives. Selon lui, la population de Highsted était majoritairement locale, mais l’adoption de telles traditions funéraires continentales suggère une synthèse culturelle sophistiquée.

Pour le chercheur, l’intérêt principal de cette découverte tient dans ce qu’un ensemble de données longtemps négligé peut encore révéler plus de 70 ans après les faits. Il a confié qu’ils espéraient avoir pu reconstituer une partie de leurs histoires, ainsi que celle de la fouille elle-même.

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