Nikolas Stihl, président de STIHL, entreprise de 5,48 milliards d’euros, appelle à une semaine de 40 heures sans augmentation de salaire pour préserver la compétitivité allemande. Héritier du fondateur, il articule leadership patronal et responsabilité économique face à une crise industrielle profonde. Les négociations collectives d’octobre 2026 testeront la capacité des acteurs sociaux à concilier rentabilité et dialogue social.
Lorsqu’un leader à la tête d’une entreprise de 5,48 milliards d’euros et employant 20 246 personnes dans le monde propose publiquement une semaine de 40 heures sans augmentations salariales, ce n’est pas une simple déclaration économique. Le Dr Nikolas Stihl, président du conseil consultatif et du conseil de surveillance de STIHL, pionnier mondial des tronçonneuses depuis 1971, incarne un nouveau type de leadership en période de crise. Petit-fils du fondateur Andreas Stihl, il transforme la parole du patron en un acte de gouvernance stratégique, questionnant la responsabilité patronale, la compétitivité et le dialogue social.
Nikolas Stihl : leadership en temps de crise
Nikolas Stihl n’est pas un dirigeant ordinaire. Héritier d’une dynastie industrielle créée en 1926 par son grand-père, il représente la continuité d’une entreprise familiale devenue une référence mondiale. Basée à Waiblingen, dans le Bade-Wurtemberg, STIHL a généré 5,48 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025. Cependant, l’ambition de Nikolas Stihl va au-delà de l’entreprise familiale. En septembre 2026, il appelle à des réformes structurelles, assumant le rôle de leader d’opinion économique en Allemagne. « L’économie allemande est en crise depuis des années. Pour surmonter cette faiblesse persistante, de meilleures conditions-cadres sont nécessaires », déclare-t-il dans Euronews. Son intervention vise à influencer les négociations collectives de l’industrie métallurgique et électrotechnique, secteurs clés pour l’économie allemande, prévues en octobre 2026.
La démarche de Stihl s’inscrit dans une crise industrielle profonde. L’Allemagne a perdu environ 15 % de sa production industrielle au cours des huit dernières années, tandis que 15 000 emplois industriels disparaissent chaque mois. L’investissement net privé est presque nul, les entreprises ne remplaçant que l’équipement usé, selon IndexBox. Face à ce déclin, Nikolas Stihl utilise sa légitimité de dirigeant pour influencer le débat public. Il cherche à mobiliser les acteurs politiques et sociaux autour d’un agenda de réformes structurelles, tout en positionnant STIHL comme une entreprise engagée dans la préservation de la prospérité allemande et de l’État-providence. Pourquoi un fabricant de tronçonneuses s’intéresse-t-il aux questions macroéconomiques ? Parce que la survie de son modèle industriel dépend directement des conditions-cadres nationales.
L’urgence économique pour sauver l’État-providence
« Je plaide pour une augmentation de la durée hebdomadaire du travail à 40 heures, sans compensation salariale », affirme Nikolas Stihl. En Allemagne, les contrats de travail varient généralement entre 35 et 40 heures, avec une moyenne proche de 40 heures dans l’industrie. La proposition de Stihl n’est donc pas une augmentation drastique, mais un ajustement visant à généraliser la durée maximale sans compensation financière. Sur le plan managérial, la demande soulève des questions sur la légitimité patronale : comment justifier cette exigence auprès des salariés ? Stihl avance que les gains de productivité liés à la numérisation et à l’intelligence artificielle ne compenseront pas les effets du vieillissement démographique. Selon lui, maintenir la compétitivité nécessite un effort collectif, sans lequel l’État-providence allemand, financé par les cotisations sociales, s’effondrera. Les dirigeants doivent ainsi arbitrer entre pression économique et climat social, tout en préservant l’attractivité de l’entreprise sur le marché du travail.
STIHL n’est pas à l’abri des tensions qu’elle dénonce. Avec 20 246 employés dans le monde en 2025, l’entreprise doit concilier compétitivité internationale et préservation de sa base industrielle allemande. Les coûts du travail en Allemagne, alourdis par des cotisations sociales élevées, pèsent sur la rentabilité. Stihl propose de plafonner les coûts non salariaux à 40 % du salaire brut, contre des niveaux actuellement supérieurs. Par ailleurs, la surréglementation et les coûts administratifs freinent l’investissement privé. Le gouvernement allemand a introduit un dispositif spécial d’amortissement (Investitionsbooster) à la mi-2025, sans effet significatif. Le gouvernement du Bade-Wurtemberg travaille sur une loi pour réduire les obligations de reporting et de documentation, mais les résultats se font attendre. Pour STIHL, l’enjeu est de créer un environnement propice à l’innovation et à l’investissement.
Un équilibre à tenir entre les impératifs économiques et le dialogue social
La proposition de Stihl met en lumière un dilemme managérial : comment concilier impératifs économiques et attentes des salariés ? Les dirigeants doivent désormais intégrer la dimension sociale dans leurs décisions stratégiques, sous peine de voir se dégrader le climat social et l’attractivité de l’entreprise. La gouvernance d’entreprise doit articuler transparence, dialogue social et performance économique. Les négociations collectives prévues en octobre 2026 dans la métallurgie et l’électrotechnique constitueront un test majeur. Les syndicats allemands, traditionnellement puissants, devront arbitrer entre défense des acquis sociaux et préservation de l’emploi industriel. Les managers devront développer des compétences de négociation et de médiation, tout en maintenant la cohésion des équipes. La stratégie de communication interne devient cruciale : expliquer les enjeux économiques, valoriser les efforts collectifs, et préserver la motivation des salariés. Les Biens en Commun illustrent l’importance d’une approche collective et responsable, applicable au management des ressources humaines.
L’appel de Nikolas Stihl dépasse le cadre de son entreprise. Il questionne la capacité des grands groupes allemands et européens à s’adapter aux mutations économiques et démographiques. Les entreprises familiales, comme STIHL, bénéficient d’une légitimité historique et d’une vision long terme, mais elles doivent composer avec les contraintes du dialogue social et de la réglementation. Les grands groupes cotés, soumis à la pression des actionnaires, peuvent être tentés par des stratégies de délocalisation ou de réduction d’effectifs. La leçon de STIHL réside dans l’articulation entre leadership patronal, responsabilité sociale et pression sur les pouvoirs publics. Les dirigeants doivent assumer une parole publique forte, tout en préservant la cohésion interne. Les négociations d’octobre 2026 marqueront un tournant : soit les partenaires sociaux acceptent des mesures impopulaires pour préserver la compétitivité, soit ils privilégient le statu quo, au risque d’accélérer le déclin industriel. Pour les managers, l’enjeu est de transformer la contrainte économique en opportunité de dialogue et d’innovation managériale.
Ce qu’il faut retenir : Nikolas Stihl incarne un leadership patronal assumé, articulant responsabilité économique et pression sur les conditions de travail. Sa proposition de 40 heures sans augmentation interroge la gouvernance d’entreprise et le dialogue social en Allemagne. Les négociations collectives d’octobre 2026 testeront la capacité des acteurs sociaux à dépasser les clivages pour préserver la compétitivité industrielle et l’État-providence. Pour les managers, la leçon est claire : la rentabilité ne peut plus s’envisager sans dialogue social et transparence stratégique.

