Le 28 novembre 2024, une équipe travaillant sur la bordure sud du désert du Taklamakan a planté les derniers 100 mètres d’une ligne d’arbres en chantier depuis 46 ans. Selon les médias d’État chinois, cette plantation a permis de fermer une ceinture verte continue de 3 046 kilomètres encerclant le Taklamakan, le plus grand désert de Chine.
Les autorités présentent ce moment comme un jalon pour ce qu’elles décrivent comme le plus grand projet de plantation d’arbres de l’histoire humaine. Mesuré à l’aune du plan global, il ne représente pourtant qu’environ deux tiers de l’objectif final.
Un projet lancé en 1978, plus vaste que le précédent américain
La ceinture du Taklamakan est un élément du Three-North Shelterbelt Program, campagne connue sous le nom de Grande Muraille verte. Lancé en 1978 pour ralentir l’avancée des déserts de Gobi et du Taklamakan sur le nord de la Chine, le programme visait à faire passer la couverture forestière des trois régions nordiques d’environ 5 % à 15 %.
Environ 66 milliards d’arbres ont déjà été plantés. Les autorités chinoises prévoient d’en ajouter 34 milliards supplémentaires au cours des 25 prochaines années, pour un total visé d’environ 100 milliards d’arbres. Le programme, entré dans sa phase finale, doit se poursuivre jusqu’en 2050 environ pour former une barrière de près de 4 800 kilomètres à travers le nord du pays.
Dans les années 1930, en réponse au Dust Bowl, les États-Unis avaient planté environ 220 millions d’arbres dans un brise-vent allant de la frontière canadienne vers le Texas. L’effort chinois dépasse largement cette entreprise par son ampleur.
La désertification menace depuis longtemps fermes, villes et implantations du nord du pays. Chaque printemps, des tempêtes de sable levées sur le sol asséché emportent la couche arable, ensevelissent les terrains exposés et transportent une poussière suffocante jusqu’à Pékin. La muraille verte a été construite pour ralentir le mouvement des dunes et casser le vent.
La couverture forestière nationale, elle, est passée d’environ 10 % du territoire en 1949 à plus de 25 %, alors que la population du pays a presque triplé.
Les arbres plantés poussent plus vite, mais l’écart se réduit avec l’âge
Une étude publiée en 2026 dans la revue Geophysical Research Letters a mesuré par satellite la vitesse à laquelle les sections plantées de la forêt augmentent leur couverture foliaire, comparée aux forêts naturelles chinoises. Résultat brut : une croissance 66 % plus rapide.
Les chercheurs expliquent que la majeure partie de cet écart tient à l’âge. Les plantations sont en moyenne beaucoup plus jeunes que les forêts naturelles, et les jeunes arbres ajoutent de la surface foliaire plus vite simplement parce qu’ils sont plus tôt dans leur courbe de croissance.
Une fois l’âge et les conditions de croissance pris en compte, l’avantage se réduit à 4,6 %, un écart plus modeste mais toujours positif, atteignant son maximum lorsque les arbres ont entre 30 et 40 ans avant de s’estomper.
Cette avance s’explique par un mélange d’essences à croissance rapide, peuplier et eucalyptus notamment, et par une gestion active qui élimine la végétation concurrente. Les arbres profitent ainsi davantage de la hausse du CO2 atmosphérique. Yuhang Luo, écologue paysagiste à l’université de Pékin à Shenzhen et première auteure de l’étude, a expliqué dans un entretien à Live Science que les forêts plantées peuvent être un outil puissant à court terme pour l’absorption de carbone, mais que cet avantage est temporaire, et que pour le stockage de carbone à long terme et la résilience, les forêts naturelles restent irremplaçables.
Kevin Dsouza, qui a travaillé sur des modèles de reforestation durant son postdoctorat à l’université de Waterloo sans participer à ces travaux, juge les résultats logiques mais relativise l’indicateur retenu. Il a fait valoir que ce n’est pas un mauvais indicateur, mais qu’il ne donne pas une image complète, la canopée n’étant que le sommet de l’arbre, alors que le carbone est stocké dans toutes sortes d’endroits différents comme le bois, l’écorce, les racines et le sol.
Un puits de carbone imprévu autour du désert
Une équipe distincte, utilisant des instruments satellitaires de la NASA pour suivre le CO2 et la végétation, a rapporté dans la revue PNAS que l’anneau de verdissement autour du Taklamakan absorbe désormais plus de dioxyde de carbone que le désert n’en libère. Un paysage autrefois qualifié de vide biologique est ainsi devenu un puits net de carbone, un résultat présenté comme un bonus non planifié pour une barrière construite simplement pour retenir le sable.
Un cinquième seulement des parcelles devenues forêts après dix ans
La survie des arbres reste un problème persistant. Une analyse portant sur les quatre premières décennies du programme a établi que seulement environ un cinquième des parcelles ayant survécu à la plantation initiale étaient devenues de véritables forêts après dix ans, et un dixième seulement restaient vivantes après 40 ans.
En 2000, une épidémie a tué environ un milliard de peupliers dans la région du Ningxia, anéantissant environ deux décennies de travail dans cette province. L’épisode illustre le danger que dénoncent les critiques des monocultures à croissance rapide, peu favorables à la biodiversité et vulnérables aux nuisibles.
Des biologistes étudiant le projet notent aussi que la plantation dense en régions arides peut épuiser des nappes phréatiques que le territoire environnant ne peut se permettre de perdre.





