La start-up américaine Circ construira en Moselle une usine de recyclage textile en circuit fermé, traitant 70 000 tonnes annuellement sans rejeter aucun liquide. Le projet, attendu en 2029, incarne un modèle de RSE industrielle avec partenariats locaux et zéro impact hydrique.
En Moselle, la start-up américaine Circ s’apprête à construire une usine révolutionnaire qui ne rejettera aucun liquide en milieu naturel. Avec une capacité de traitement de 70 000 tonnes de textiles par an, le site de Carling incarnera un modèle de responsabilité sociétale industrielle inédit dans le secteur textile européen. L’investissement de 450 millions d’euros transformera une friche industrielle en pôle d’excellence de l’économie circulaire.
Un modèle de RSE industrielle : le circuit fermé sans rejet
L’innovation clé : une usine qui ne rejette aucun liquide en milieu naturel
Contrairement aux installations industrielles traditionnelles, l’usine Circ fonctionnera en circuit fermé intégral. Guillaume Thomé, directeur général de Circ France, précise que « l’usine fonctionnera en circuit fermé et évitera ainsi de rejeter chaque année un million de mètres cubes d’eau dans la nature ». Ce principe repose sur un traitement chimique des textiles en polycoton dans une « cocotte-minute géante », selon les termes employés par l’entreprise. Le procédé, déjà éprouvé dans deux usines pilotes américaines depuis quatre ans, sépare les fibres de coton des fibres synthétiques sans générer d’effluents liquides.
Un million de mètres cubes d’eau économisés annuellement
L’impact environnemental se mesure d’abord en volumes : un million de mètres cubes d’eau ne rejoindront pas les cours d’eau ou les nappes phréatiques chaque année. Pour contextualiser, ce volume équivaut à la consommation annuelle d’une ville de 15 000 habitants. L’usine ne sera pas classée Seveso, statut réservé aux installations à haut risque industriel, comme l’a confirmé France 3 Régions. L’absence de rejets liquides distingue radicalement Circ des modèles industriels classiques du textile.
Station de traitement des eaux intégrée et récupération des eaux de pluie
Une station de traitement des eaux sera intégrée au site dès la conception. L’approvisionnement en eau privilégiera la récupération des eaux de pluie, réduisant ainsi la pression sur les ressources locales. Ce système en boucle fermée répond aux exigences croissantes des entreprises en matière de gestion des ressources, une tendance observée dans tous les secteurs industriels. Comme le montre l’exemple d’Elis, les fournisseurs doivent désormais prouver leur engagement environnemental par des actes mesurables.
Transformer la filière textile : de la production linéaire au modèle circulaire
70 000 tonnes de textiles traités annuellement : créer un marché du recyclage
L’usine traitera 70 000 tonnes de textiles chaque année, soit l’équivalent d’un million de vêtements quotidiens. Guillaume Thomé souligne l’enjeu systémique : « Nous avons besoin pour ça que la filière du tri se développe et s’adapte à ce que nous proposons, nous devons impulser la mise en place d’un écosystème du recyclage qui n’existe pas encore. » En France, 833 000 tonnes de vêtements arrivent sur le marché annuellement, mais seulement 268 000 tonnes sont collectées et 188 000 tonnes triées. Le fossé entre production et recyclage reste béant.
45 000 tonnes de fibres coton et 25 000 tonnes de fibres synthétiques : la relocalisation de la production
Le site produira 45 000 tonnes de fibres de coton régénérées et 25 000 tonnes de fibres synthétiques annuellement. Cette capacité représente une fraction significative des besoins européens et répond à la nécessité de réduire la dépendance aux importations de matières premières vierges. Le polycoton, mélange dominant dans 77 % de la production textile mondiale, constitue la cible prioritaire de Circ. L’entreprise affirme que son procédé « sera le premier de son genre à recycler des textiles en polycoton » à l’échelle industrielle.
Construire l’écosystème : partenariats et formation
Collaboration avec l’IUT de Moselle-Est : former les talents de demain
Circ envisage une collaboration avec l’IUT de Moselle-Est pour créer des formations spécifiques aux métiers de l’usine. Les 200 emplois directs et indirects nécessiteront des compétences techniques pointues en chimie industrielle, gestion de process et maintenance de systèmes en circuit fermé. Cette démarche s’inscrit dans une logique d’ancrage territorial : former localement pour recruter localement. L’accueil du projet a été qualifié de « très favorable » par Guillaume Thomé, notamment en raison des perspectives d’emploi sur un territoire marqué par la désindustrialisation.
Engagement avec Atmo Grand Est : maîtriser les risques de pollution atmosphérique
Circ s’est engagée à travailler avec Atmo Grand Est, l’organisme de surveillance de la qualité de l’air, pour mesurer et contrôler les émissions atmosphériques. Si l’usine ne rejettera aucun liquide, la question des émissions gazeuses reste centrale. Ce partenariat préventif témoigne d’une approche transparente : anticiper les impacts plutôt que les corriger a posteriori. La traçabilité et la preuve documentée deviennent des impératifs dans tous les secteurs industriels.
Étude d’impact sur les transports : responsabilité logistique et réduction carbone
Une étude d’impact sur les transports a été lancée pour évaluer les flux logistiques entrants (textiles à recycler) et sortants (fibres régénérées). L’usine s’approvisionnera auprès d’industriels du bassin méditerranéen et de fabricants locaux comme Dodo, basé à Saint-Avold. Optimiser les circuits logistiques pour réduire l’empreinte carbone du transport constitue un pilier de la stratégie RSE de Circ. Le site de Carling, ancienne cokerie fermée en 2009 et actuellement en dépollution, bénéficie d’infrastructures existantes.
Répondre aux objectifs RSE nationaux et européens
90 % de recyclage chimique en 2028 : comment Circ contribue aux cibles françaises
La France s’est fixée un objectif de 90 % de recyclage chimique des textiles collectés et triés d’ici 2028. Avec 70 000 tonnes traitées annuellement, Circ couvrira une part substantielle des besoins nationaux. L’État vise également 148 000 tonnes de textiles collectés en 2027. Ces cibles ambitieuses nécessitent une montée en puissance rapide des infrastructures de recyclage, comme le souligne Fashion Network. Le projet Circ s’inscrit directement dans cette trajectoire réglementaire.
De 268 000 tonnes collectées à 70 000 tonnes traitées : combler le gap de la filière
Le décalage entre les 268 000 tonnes collectées et les 188 000 tonnes triées révèle les faiblesses actuelles de la filière. Circ pourra absorber 37 % des volumes triés une fois en fonctionnement. Toutefois, Guillaume Thomé insiste sur la nécessité de structurer l’amont : « Si on veut avoir un impact pour que cette industrie passe du linéaire au circulaire, il faut qu’on voie grand. » L’entreprise prévoit d’atteindre 50 % de textiles recyclés dans son approvisionnement cinq ans après le démarrage, complétant progressivement avec des chutes neuves.
Engagement durable et transparence : la concertation avec les parties prenantes
Deux mois de concertation préalable : dialogue avec 216 participants
À l’automne 2025, Circ a organisé une concertation préalable de deux mois, supervisée par la Commission Nationale du Débat Public. 216 personnes ont participé et 18 contributions ont été versées au dossier. La participation a été qualifiée de « modérée » par la CNDP, mais témoigne d’un processus transparent. Une demande d’autorisation environnementale sera déposée en juillet 2026 auprès de la préfecture de Moselle, avec un feu vert attendu de la Dreal en octobre 2026, comme l’a précisé ICI Lorraine. La construction débutera début 2027 pour une mise en service en 2029.
En résumé : Circ propose un modèle industriel qui réconcilie performance économique et responsabilité environnementale. Le circuit fermé, les partenariats locaux et la transparence du processus d’approbation dessinent une trajectoire crédible. Reste à construire l’écosystème de collecte et de tri capable d’alimenter durablement cette infrastructure. La réussite de Carling conditionnera l’émergence d’une véritable économie circulaire textile en Europe.
