Une mégastructure de 350 m² vieille d’environ 6 200 ans a été mise au jour à Stăuceni-Holm, dans le comté de Botoșani, au nord-est de la Roumanie. La datation au radiocarbone situe sa construction autour de 4 000 avant notre ère, ce qui en fait l’un des plus anciens exemples connus de ce type d’édifice pour la culture Cucuteni-Trypillia.
Selon les chercheurs, c’est seulement la sixième structure de ce genre jamais exhumée au sein de cette civilisation de fermiers-artistes, qui occupait un vaste territoire couvrant des parties de l’Ukraine, de la Moldavie et de la Roumanie actuelles.
Le bâtiment dominait l’entrée d’un village fortifié, positionné entre les fossés défensifs et la palissade qui en protégeaient l’accès, un emplacement jugé stratégique. Construit en bois et en argile, avec un plancher en chêne recouvert d’argile brûlée, il était trois à cinq fois plus grand que les maisons ordinaires du village, qui en comptait quarante-cinq autour de cette construction géante, pour environ 350 habitants.
Les relevés géomagnétiques, à l’origine de la découverte de ce rectangle de 350 m², suggèrent même que l’édifice possédait peut-être un étage, sous forme d’une terrasse ouverte sur le reste de la communauté. Seul un quart du bâtiment a été fouillé jusqu’à présent.
À l’intérieur, les archéologues ont retrouvé des poteries finement décorées, un bol orné d’une tête de taureau sculptée, une idole conique, trois louches dont une portant des motifs peints, un vase rainuré à l’ocre rouge et des outils en silex. Des graines de jusquiame, une plante aux propriétés hallucinogènes et médicinales, ont particulièrement retenu l’attention des chercheurs. La densité et la diversité de ces objets distinguent nettement le bâtiment des habitations classiques du site.
Une hiérarchie sociale plus précoce qu’imaginé
Des structures similaires avaient déjà été repérées, mais uniquement dans d’immenses cités d’Ukraine regroupant parfois des milliers d’habitants. Leur présence dans un modeste village roumain change la compréhension de l’organisation sociale de l’époque : même les petits groupes ressentaient apparemment le besoin de bâtir de tels édifices pour se réunir.
La découverte remet en cause l’image de petites tribus néolithiques vivant de manière totalement égalitaire. Elle suggère qu’une forme de hiérarchie commençait déjà à s’installer, et que des organisations politiques et sociales complexes existaient bien plus tôt qu’on ne le pensait. Un chantier de cette ampleur, planchers en chêne compris, supposait une main-d’œuvre organisée et quelqu’un pour la diriger, ce qui laisse imaginer que sont nées ici les premières formes de pouvoir politique en Europe.
Temple, mairie ou demeure d’un chef
La fonction exacte du lieu divise encore les auteurs de l’étude, publiée dans la revue PLOS ONE. Un temple, un hôtel de ville avant l’heure ou la demeure d’un chef puissant figurent parmi les pistes avancées. « Il est peut-être irréaliste de considérer la fonction du bâtiment comme un simple entrepôt ou un lieu de consommation de nourriture », écrivent-ils.
Les chercheurs envisagent aussi que la mégastructure ait pu être simplement une maison plus grande pour une famille plus grande, un bâtiment communautaire pour la prise de décision, ou un lieu de rencontre pour des habitants de haut rang.
Le site avait été repéré dès les années 1960, sans avoir fait l’objet de fouilles jusqu’à récemment. C’est une équipe germano-roumaine, associant l’université Friedrich-Alexander d’Erlangen-Nuremberg et le musée du comté de Botoșani, qui a entamé les premières campagnes en 2023. Une nouvelle session de fouilles est prévue à l’été 2026 pour dégager les trois quarts restants du bâtiment.






